‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 51 sur 311 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

le vainqueur de Zurich , le défenseur de Gènes pour général en chef, et Tintègre Pétiet pour administrateur.

Il y fit plus et mieux encore. A la paix extérieure, conquise par ses armes, il ajouta les premières semences d'une autre paix aussi importante. Rappelons^ nous en ce moment la mort, dans Valence, de Pie VI, prisonnier du Directoire, suivie, dans Venise, de la fatigante longueur d*un Conclave inhabilement conduit par la Cour de Vienne. C'était alors que les favorables impressions laissées en ItaUe, en 1796, par la modération généreuse et le respect religieux du général Bonaparte, et plus récemment par les honneurs funèbres qu'il venait de faire rendre à Valence aux restes du Pape, enfin par sa protection accordée aux prêtres français et à leurs églises , avaient inspiré le cardinal Consalvi. Ce cardinal s'était décidé à diriger l'élection du nouveau Pape dans le but de rallier la France à la religion romaine. Il venait d'y réussir. Il savait que, en 1796, le caractère à la fois persévérant et conciliant, l'esprit fin, modéré, et les modestes vertus du cardinal Chiaramonti, avaient charmé le vainqueur de l'Italie. Il avait donc jugé que l'élection du cardinal plairait au Premier Consul , et, prévoyant son retour victorieux dans la Péninsule , il avait , à l'aide du cardinal Maury, enfrainé dans cette heureuse voie ses collègues italiens. L'exaltation de Chiaramonti , sous le nom de Pie VII, le i3 mars 1800, avait, en dépit de Vienne , couronné son œuvre !

Depuis ce moment le nouveau Pape , échappé de VenLse et réfugié à Âncône , y attendait son entrée à Rome, où Naples régnait et ne se pressait nullement

de raccueillir. Cette situation ne pouvait échapper, dans Milan 9 au regard vif et pénétrant du Premier Consul. Occupé à y recueillir tous les fruits de sa victoire, son premier, son plus cher espoir était la réconcilia* tien avec TEurope entière de la France victorieuse et régénérée sous sa main puissante. Le retour à une religion commune à tous devait en être le premier gage. Cest pourquoi, saisissant Toccasion, il chargea le cardinal Martiniani, ami du Saint-Père, de lui annoncer : ce Qu'il était résolu de rattacher les Français au Saint- « Siège, pourvu qu'on Ty aidât , en comprenant bien ce la situation actuelle de la France. »

C'est ici que , sentant toute la difficulté de son entreprise, mais décidé, il brave, comme il l'écrit au Second Consul , a les propos des athées de Paris ! » et joint à ses paroles secrètes au Saint-Siège un acte public. Les détails en sont ignorés encore; ils méritent d'être recueillis à un double titre. Dès son arrivée à Milan, où Vignolles, l'un de ses plus anciens officiers, commandait, il l'a envoyé prévenir l'archevêque qu'il ira le lendemain dans la cathédrale , rendre grâces à Dieu de sa victoire. Sur quoi ce prélat, élevant les mains au ciel , s'est écrié : « Grand Dieu, quelle joie vous « m'apportez ! La France, depuis dix ans sans religion,

ce va donc enfin rentrer dans le sein de notre Eglise ! » Puis, conmie il demande à ce général avec quels honneurs le Premier Consul veut être accueilli , Vignolles étant revenu soumettre cette question à Bonaparte : a Hé quoi , repart rudement Napoléon , vous avez ce eu besoin de moi pour lui répondre ! Allez , ditesc lui qu'il me reçoive comme il aurait reçu son sou-

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