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CHAPITRE IX

le célèbre historien Jean de Mûller, en a consigné le souvenir. « Jamais, a-t-il écrit, depuis ses entretiens « avec le Grand Frédéric, il n'avait entendu de con- « versa tiort aussi variée, aussi ferme, aussi énergique ! » Quant à la profondeur et à l'étendue des idées, il donne l'avantage sur le grand Roi à l'Empereur. Du reste, et dans la séduisante expression de leur bouche, il a, dit-il, trouvé le même attrait, la même douceur! Mûller ajoute de curieux détails sur les soins que Napoléon prit pour le séduire : tels que l'insistance exclusive de son entretien avec cet historien le plus renommé de l'Allemagne au milieu •d'un grand nombre de hauts personnages , et l'attention délicate de lui faire entendre , dans le concert de cette soirée, les airs nationaux de son pays.

Ainsi Napoléon et Frédéric courtisèrent, dans l'historien de leur temps, l'une des cent voix de cette renommée pour laquelle ils faisaient tant de sacrifices. Et cependant ces deux grands hommes, dit-on, méprisaient l'espèce humaine. Singulière contradiction entre tant de dédain et tant d'efforts ; entre ce mépris des hommes et tant de prix qu'ils attachent à leur estime, à leurs louanges, à obtenir leur admiration et à se survivre dans leur mémoire ! Mais tout grand homme vit d'encens , et ce qu'il méprise en détail , il le prise en masse !

Quoi qu'il en soit, en cette occasion l'Empereur atteignit son but, car Mûller termine en déclarant : « Que cette conversation, du 19 novembre, a fait de « ce jour-là le plus remarquable de sa vie ! et que la

fS LIVRE VINGT ET UNIÈME.

« bonté naturelle et le génie de Napoléon ont fait « aussi sa conquête! »

Une députation du Sénat finançais vint alors lui rendre hommage. Ce Corps était son instrument favori, celui sur lequel il comptait le plus pour légaliser sa dictature. Il lui rendit honneurs pour honneurs; il voulut que les trois cent quarante drapeaux conquis et les insignes du Grand Frédéric fussent confiés à ces Sénateurs, et qu'ainsi leur retour en France fût triomphal! Quant à la multitude de nos prisonniers prussiens, il les envoya à leur suite dans l'intérieur : il offrait leurs bras désarmés, auxquels un modique salaire suffirait, à nos manufacturiers et à nos cultivateurs, pour tenir lieu de nos conscrits, dont l'absence, déjà, se faisait sentir.

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