‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 104 sur 182 · LASSOCIATIOXISME. HARTLEY ET STUART MILL · texte numérisé non relu

LASSOCIATIOXISME. HARTLEY ET STUART MILL

ressés ou simultanénieat, ou successivement. Celle hypothèse scientifique est légitime, à la condition de ne pas confondre une corrélation avec une identité. C'est au surplus, ce que n'a point fait Hartlev qui. le premier a rapporté les sensations aux vibrations des nerfs sous l'action d'un lluide éthéré. Hartley ne répudiait pas les substances, comme Hume, son contemporain : il ne définissait pas des genres particuliers d'association, il ne prétendait nullement expliquer par des associations les jugements principaux de l'esprit. « La doctrine des vibrations n'est pas. dit-il. opposée à l'immatérialité de l'àme >•: il se réfère au livre de r Homme de Descartes, et va jusqu'à penser que ce philosophe aurait « \Taisemblablement exécuté son propre plan ^^son plan à lui, Hartley , s'il avait été aussi bien informé que lui en anatomie, physiologie, pathologie et philosophie en général ». H compare enfin sa doctrine des vibrations à »< celles de l'harmonie préétablie de Leibniz, et des causes occasionnelles de Malebranche. qui sont toutes deux atTranchies de la grande difficulté de supposer, d'accord avec le système scolastique, que l'âme, substance immatérielle, exerce sur le corps et subit de la part du corps, substance matérielle, une inlluence physique. La présente hypothèse est, dit-il, dans le même cas, elle admet simplement le fait de la connexion entre l'àme et le corps à l'égard de la sensation ». Toutefois, en ces derniers mots. Hartlev exprime, il faut le dire, une intention que sa théorie n'a pas remplie. La preuve en est Texplication radicalement empirisle qu'il a donnée de l'origine et de la formation des idées.

Hartley distingue, il est vrai, entre les idées sensibles elles idées intellectuelles; mais celles-ci, suivant lui. se forment de celles-là par des associations dans lesquelles l'esprit est passif, et celles-là, étant origi-

naircs dos impressions reçues, dépendent du corps et de la manière dont il est alTecté à travers les organes des sens, « dans la substance blanche médullaire du cerveau, dans la moelle épinière et dans les nerfs qui en viennent ». Des plus simples aux plus complexes, les idées procèdent toutes dune seule substance, la corporelle, cause première pour l'homme ; l'autre a ses modes déterminés en conséquence. Cette opinion ne demandait aucun sacrifice aux croyances religieuses de Hartley, partisan d'un rigoureux déterminisme divin, pour le bien, comme pour le mal, et de la doctrine de Dieu agent unique ; mais, chez un psychologue qui ne se serait pas accordé la ressource de placer l'action de Dieu derrière les excitants physiques, c'eût été le parfait matérialisme posé en fondement de la psychologie. Les vues de Hartley, en religion, tranchaient singulièrement avec ce matérialisme. Il pensait, dislingvumt l'âme du corps, sans la croire entièrement séparable des organes, que la mort est suivie d'un état d'inactivité, ou môme d'insensibilité pour l'âme, jusqu'au jour de la résurrection, laquelle s'opérerait en vertu de lois de la nature. L'intervalle immense de la mort et de la résurrection étant nul pour l'âme qui a cessé de penser, attendu que le temps est une simple relation, «les deux moments seront contigus pour elle, pensait-il, et riidmme entrera directement dans le ciel ou dans l'enfer aussitôt qu'il sortira de ce monde, ce qui est la considération la plus alarmante » [On man^ etc., t. 11, prop. 90). En dépit de la menace renfermée dans ces derniers mots, Hartley croyait à une fm dernière universelle de bonheur pour les créatures. Sa théorie de la mort et de la résurrection a cela de remarquable qu'elle se concilie avec celle qui convient à une monadologie, sauf, bien entendu, à définir comme il faut les éléments de la matière et des organes.

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Ce psychologue n'a point visé, comme les ussociationistes ses successeurs, à remplacer les fonctions et, s'il se pouvait, l'esprit lui-même, par des associations passives d'itlées. Son ouvrage est une étude de Vassocia/ion. dans un sens psychologique et moral plus commun de celle loi, c'est-à-dire du pouvoir exercé sur l'individu et sur son caractère, par l'iuihilude, la coutume, l'autorité, l'éducation, etc., à la suite des idées qui se lixent les premières, pour l'imagination et dans la mémoire. L'objet qu'il se propose est de nous apprendre à former et à diriger nous-môme nos associations. « Nous avdus, dit-il, le pouvoir d'adapter notre constitution mentale aux circonstances, de corriger ce qui est mal et de perfectionner ce qui est bien. Notre bonheur ultime paraît être de nature spirituelle, et non corporelle, en sorte que la mort, ou le débarras de la partie grossière de notre corps, ne saurait arrêter notre progrès, mais doit plutôt nous avancer dans la poursuite de notre véritable fin. L'association tend à nous rendre tous finalement semblables; de façon que, si l'un est heureux, tous doivent l'être. On peut montrer qu'elle agit pour les conduire tous à l'ultime et pur bonheur spirituel. ))

Il y a lieu de rapprocher cette pensée de Harlley de l'opinion de Mill relative à notre pouvoir sur notre propre caractère, nonobstant le déterminisme, qu'il professait, lui aussi, et de ses vues également optimistes d'avenir humanitaire. Celles-ci se rattachaient à l'association dans le sens du système social de Robert Owen. tout entier fondé sur la formation du caractère humain par l'éducation. C'est seulement sur les traces de Hume, et par l'œuvre de James Mill, plus particulièrement, que l'école empiristc s'est appliquée à démontrer que la pensée avec toutes ses lois, sans demander à l'esprit autre chose qu'une suite d'impressions sensibles, est le

simple produit de la formation des associations par l'expérience. Nous avons vu que, pour Stuart Mill, la difficulté s'était révélée clairement, de joindre les deux bouts, suivant cette méthode, cest-à-dire de faire retrouver dans le résultat de la formation prétendue, ce qu(i chacun appelle Vesprit, en sa connaissance de soi, toujours supposée par l'associationiste, et supposée sans (Hre expliquée. Et Stuart iMill n'avait point trouvé que ce problème fut résoluble (XLIV).

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