L'ATHÉISME CHEZ DIDEROT ET D'HOLBACH
quable que son inventeur, Ch. Darwin, n'ait pas tout d'abord élevé ses vues jusqu'à Forigine de l'organisation. Il a travaillé, il est vrai, à étendre à la psychologie animale les hypothèses du transformisme et de la continuité, mais n'a pas dépassé au surplus les bornes de l'histoire naturelle des espèces.
En dehors de la science, Diderot doit à ses grandes facultés d'imagination et de style d'être encore aujourd'hui le maître vanté et l'homme représentatif de ces purs artistes de lettres qu'on peut caractériser comme les matérialistes et les athées du genre sentimental, admirateurs en tout de la forme et du geste, du spectacle curieux de tous les beaux dessus de la nature, et indifTérents à ses dessous, La morale de Diderot est la subordination de la justice à la passion, l'identification de la bienfaisance et de la vertu, la négation du devoir, en somme, chacun étant juge de ses sentiments et du droit qu'il a de les satisfaire en vue de ce qu'il estime être le bien. Et cette morale est dominée par la doctrine de la nécessité absolue, justifiant la conduite de chacun quelle qu'elle puisse être ; car la conduite est Feffet de Faction, ou de la réaction, que sa constitution particulière détermine en chaque organisme, à raison de ses relations. Si j'agis d'une manière, dit Diderot, « celui qui peut agir autrement n'est plus moi ».
La doctrine athée de d'Holbach (le Système de la nature) peut passer, si on la compare aux fantaisies de Diderot, pour une expression sérieuse de Fesprit exclusivement naturaliste, moral, utilitaire, scientifique et socialement progressiviste qui régnait sur de nombreux esprits vers la fin du xvm^ siècle. D'Holbach avait surtout foi dans le progrès de la culture humaine, à l'inverse des jugements pessimistes de Rousseau sur la civilisation. Il croyait à la possibilité de substituer la science et la morale aux religions, ou encore de donner
à la religion le caractère d'une prédication du Dieu de la nature. Ce Dieu, qu'on peut aussi bien appeler Nature tout court, être unique, éternel, mu et moteur sans distinction de lactif et du passif, est le tout universel des phénomènes éternellement enchaînés. Il
reçoit aussi la qualilication de somme des forces inconnues qui animent f univers, et ne laisse pas pour cela d'être personnihé dans le discours.
Les phénomènes commencèrent par des générations spontanées, et se développent par des affinités ou des répulsions d'éléments spécifiques. Les sensations et les passions sont les fonctions actives d'où naissent les opérations intellectuelles, avec un sens interne, auquel se rapportent les comparaisons et les jugements qui s'appliquent aux impressions; mais Fàme et l'organisation ne sont pas choses distinctes, et la nature ne donne naissance à aucune individualité qui ne soit périssable.
C'est au progrès des sciences que nous devons demander de nous instruire du comment de toutes ces choses. D'Holbach énonce sur ce point des idées fort rapprochées de celles qui devaient, au siècle suivant, caractériser le positivisme; il voudrait interdire les recherches sur les sujets qui lui semblent passer la mesure des connaissances que l'homme est capable d'atteindre. II ne s'aperçoit pas qu'il tranche lui-même les plus grands de tous les sujets qui devraient, à ce point de vue, lui paraître incompréhensibles. Mais le positivisme plus tard ne fit pas autrement.
En morale, partant de la donnée empirique de l'amour propre et de la poursuite individuelle du bonheur, d'Holbach tourne son observation du côté de l'utilité raisonnée, et de la qualité et du choix des plaisirs. Il pose en fait l'accord entre les réels intérêts des hommes. Ce fait est la source, dit-il, de la nécessite' où nous