‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 37 sur 148 · L'ATOMISME ÉPICURIEN · texte numérisé non relu

L'ATOMISME ÉPICURIEN

l'indépendance morale de l'homme à l'égard de l'univers, il fallait un système du monde qui fit de la personne humaine un simple accident. Épicure fut certainement frappé de la facilité qu'entre toutes les doctrines physiques de l'époque antésocratique, celle de Démocrite offrait pour son plan, en expliquant la constitution du corps par un assemblage d'éléments bruts qui viennent à se rencontrer. Il fallait seulement conjurer le spectre de Vanankè, et donner à la tuchè l'empire entier des atomes, pour leur propre affranchissement. Démocrite avait enchaîné les phénomènes en attribuant leur production à la pesanteur et aux impulsions atomiques, forces nécessaires (IV). Épicure, indifférent aux lois mécaniques, se figura la pesanteur comme un mouvement éternel des atomes portés de l'infini à l'infini dans le vide, en un même sens. C'était là, mathématiquement, ce mouvement étant commun à toutes les particules des corps, et uniforme, établir sans y songer la même chose que la parfaite stabilité. Mais, en ajoutant que chaque atome, à tout instant, était susceptible d'une déviation légère, sans règle ni raison, de leur direction générale, — c'est le clinamen atomique, — Épicure leur ouvrait à tous les chances de s'accrocher à la faveur de leurs différentes figures, et de former, par leur union, des corps plus ou moins stables, produits ou détruits au hasard des rencontres. Il devenait inutile de chercher Fexplication des phénomènes par les lois du mouvement, tout comme par les qualités des éléments; il n'y avait qu'à prendre les choses pour ce qu'elles paraissent, à constater leur production les unes par les autres, et, à juger de la nature des combinaisons soustraites à l'observation: l'âme et l'esprit, par des analogies.

Cet atomisme absolument empirique, éloigné du caractère rationnel de son origine, resta fidèle au transformisme mécanique des images émanées des corps et

100 PYRRHON. STOÏCIENS. lil'lCURIENS, ACADÉMICIENS

portées en de certaines autres combinaisons atomiques, dans les organes. Là sengendre la double propriété du percevoir oX de Vètre perçu, suivant la vainc imagination lamiiif'ie à la grande classe des esprits que le puissant réalisme matérialiste trouve plus accessibles que ne fait la théorie idéaliste de la projection intuitive des repicsentatious mentales. Et pourtant, de ces deux choses : l'existence de latome, et sa repiéscnlalion objective, ou idée, il n'y en a qu'une, c'est celte dernière, qui soit indéniable ; la supposition de la première en dépend,

sans réciprocité.

L-aberralion logique qui consiste à renverser 1 ordre suivant lequel s'Impliquent les phénomènes est commune aux diiïérentes formes du matérialisme, c'est-adire aux différentes délini lions de la matière en tant que sujet indépendant de l'esprit ; mais c'est dans la forme mécanique dont l'épicurisme a fourni le i-atron qu'elle s'est le mieux accusée. La subordination de la conscience et, par suite, de la notion de personne à l'idée générale du monde considéré comme chose, est donc la plus complète possible, dans la physique épicurienne. L'atomisme peut, il est vrai, subsister sans avoir cette conséquence, mais seulement dans une physique où s'opère une sorte de retournement de la méthode, c'est-à-dire dans laquelle la science de l'univers matériel ait pour objet la construction théorique des rapports généraux de ligure et de mouvement inhérents a la représentation du monde dans l'espace, abstraction faite des autres rapports constitutifs de l'ordre universel. La prééminence est alors rendue à 1 esprit cons-

Iructciir.

Épicure, en introduisant le cUnamen des atomes dans le système mécanique de Démocritc, ruinait l'intérêt scientifique de la théorie. Il croyait par là donner la liberté à rhomme, mais ne faisait qu'introduire dans

Page 1