‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 89 sur 148 · LES NOUMÈNES DE KANT. L^IDÉALISME DE KANT · texte numérisé non relu

LES NOUMÈNES DE KANT. L^IDÉALISME DE KANT

Les noumènes sont des êtres que Kant suppose exister en soi, hors de toute relation, indéfinissables, par conséquent, mais qui ne reçoivent pas moins de lui les fonctions capitales de cause et de substance. Les posant comme causes, il réclame d'eux un double service : 1° donnant au principe de causalité : Tout phénomhie a une cause, le sens de déterminisme universel et absolu qu'il a toujours admis sans le justifier : Toute cause est l'effet d'une cause antécédente, il profite de ce que les noumènes sont par définition hors du temps et de l'es-

pace, pour rejeter avec eux hors du temps et de l'espace le fondement réel du monde phénoménal. Il échappe ainsi à la contradiction qui résulterait de l'infinité actuelle de ce monde, en alléguant que ce monde n'est pas le monde réel, et que, du monde réel, on ne peut dire ni qu'il est fini, ni qu'il est infini. 2° Obligé de refuser toute place dans le monde phénoménal à l'action du libre arbitre, parce que le cours des phénomènes est invariable en vertu de ce même principe de causalité, Kant rapporte le fond réel de la liberté humaine à des noumènes. A quels noumènes, on ne peut savoir, puisqu'on ne peut les définir; mais comme ils sont hors du temps, il n'y a nulle difficulté à leur rapporter sans contradiction, comme libres, des actes qui, dans la chaîne du temps, sont nécessaires. Seulement, les agents dans le temps sont mis en demeure de penser que leurs actes propres n'ont pas, en la représentation qui leur en est donnée, un sujet réel sous une apparence vraie, — à moins qu'ils n'aiment mieux croire la théorie fausse que tenir le temps pour une pure imagination.

La première, en fondement, de ces abstractions pures est celle que Kant appelle l'Inconditionné. « Si, dit-il, le Conditionné est donné, avec lui est aussi donnée la série entière des conditions, et, par conséquent, l'Inconditionné lui-même ». C'est là, selon Kant, un jugement synthétique a priori, en sorte qu'il se croit dispensé de le démontrer. Mais il ne réfléchit pas que le Conditionné est un terme général, et que l'existence des sujets conditionnés implique, à la vérité, celle de leurs conditions, et celle des sujets où ces conditions ont leur origine, mais non point l'existence de V Inconditionné, comme de quelque chose de conçu sans conditions. L'Inconditionné est logiquement le terme corrélatif du Conditionné, mais l'un et l'autre sont des termes abstraits.

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La question subsiste de savoir si la sm> entière des conditions est finie ou infinie, et dans quel sujet définissable elle obtient son unité.

Sous les noms de Relatif et d'Absolu, H. Spencer a reproduit Fargumentation fallacieuse de Kant : « Le Relatif étant le corrélatif de l'Absolu l'implique ». Mais c'est précisément parce qu'il en est le corrélatif abstrait, qu'il n'énonce qu'un rapport, et ne signifie rien quant à l'existence. Il y a des choses relatives, mais le Relatif n'est qu'un terme général. Si, par ce terme, on entend la totalité des choses relatives, alors et en ce sens, il n'a point de corrélatif et n'implique pas plus l'existence de quelque chose appelée l'Absolu, que l'Etre, dans le sens de l'ensemble des êtres, n'implique l'existence du

Non être.

A l'égard des noumènes comme substances, Kant exprime l'opinion que le sujet transcendantal des phénomènes externes, et le sujet transcendantal du sens interne, ne diffèrent peut-être pas entre eux par les mêmes attributs que diffèrent les uns des autres les phénomènes externes et les phénomènes internes. 11 en donne cette raison, que l'espace, dans lequel sont situés les premiers, et le temps, sous lequel tombent les seconds sont de simples formes de l'Intuition, et non des attributs de choses subsistant par soi. Rien donc n'empêche, dit-il, que l'on regarde ces sujets comme semblables entre eux. Cette conjecture ne serait pas tout à fait à rejeter, suivant laquelle cela qui nous paraît être un corps serait doué d'un sens interne, et s'apparaîtrait à lui-même comme une âme {Crit. d. l. R. P., 1" édition). La pensée de Kant est restée obscure, si ce n'est indéterminée, touchant l'unité ou le nombre, l'identité ou la diversité de nature des noumènes, considérés comme substrats de phénomènes. L'incertitude se comprend trop bien quand il s'agit de substances plus que

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