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PETITS OBJETS

Dans une vitrine spéciale, on verra une série d'objets et de fragments portant des textes cassites. Cette petite collection, jointe aux nombreux koudourrous que nous possédons, compose la série la plus importante connue des restes de ces envahisseurs de la Ghaldée (du xu* au x« s. av. J.-C.)-

Statuettes canéphores en bronze du roi Doungi (vers 2.500 av. J.-G.) et tablettes de pierre au nom du même souverain. Ces objets avaient été placés dans des niches ménagées sous les fondations du temple de Chouchinak.

Vase de cuivre repoussé poridini au registre supérieur des taureaux couchés, au registre inférieur des onagres (?) marchant. Ce vase est remarquable par la composition des sujets qui l'qrnent et par son exécution au repoussé.

Des vitrines plates spéciales ont été consacrées aux offrandes de fondation du temple de Chouchinak, tous ces objets sont élamites et remontent au moins au xii® s. av. J.-C. Ce sont des masses d'armes, une hache de pierre, des statuettes de bronze, et une foule d'ornements du même métal, des cachets, cylindres, anneaux de bronze et d'argent, etc., etc., des feuilles de bronze qui, jadis, lors de la « pose de la première pierre », composaient des rameaux et des palmes. Cet ensemble est très curieux parce qu'il est d'une époque certaine et qu'il constitue une collection très homogène.

Bas-relief de la fileuse. — Ce fragment d'une

grande finesse faisait partie d'un monument beaucoup plus important sculpté dans un calcaire bitumineux ; je l'attribue au x* siècle environ av. J.-G.

Statuette (Twoire de la femme d'un patési ou tout au moins d'une femme de l'époque des patésis, objet remontant au xxx® siècle, av. J.-G. environ.

Tablettes proto-élamites. — Cette curieuse collection a été trouvée dans des chambres de terre cuite, à quinze mètres environ de profondeur. Les textes que portent ces tablettes, ont dans maints détails, résisté auxefiforts des linguistes ; ils sontécrits en caractères spéciaux idéographiques, qui semblent être de même origine que les cunéiformes, mais d'une phase moins avancée, caractères dont, d'ailleurs, j'ai déjà parlé.

Tablettes contemporaines de la //* dynastie des rois d*Our (vers 2500 av. J.-G.), très abondantes en Ghaldée, où elles se rencontrent parfois en amas de 30 à 40.000. Ges tablettes sont relativement rares à Suse, ou pour mieux dire nous n'avons pas encore découvert leur gisement.

Tablettes contemporaines des Sargonides (vers le viiT* siècle av. J.-G.), rédigées en langue sémitique : ces documents renferment un grand nombre des noms propres anzanites, et, à ce titre sont précieux.

Briques inscrites. — Quatre vitrines verticales sont réservées aux briques de construction portant des textes écrits à la main. G'est à l'aide de ces matériaux qu'il a été possible de reconstituer l'histoire de TElam. Les plus anciennes, celles des patésis portent toutes leurs textes écrits en colonnes verticales; dans la suite l'écriture est gêné-

ralement horizontale et doit être lue de gauche à droite.

Toutes ces inscriptions ont trait à des fondations pieuses, mais elles fournissent le nom du souverain constructeur et celui de son père; souvent même, lorsqu'il ne s'agit que d'une restauration, elles reprennent les noms du fondateur de l'édifice et de son père, en sorte que cette série d'inscriptions renferme, dans leur entier, les annales élamites.

Nous avons fait un choix judicieux des textes, afin de ne pas sacrifier à ces documents importants plus d'espace qu'il ne convenait. Les doubles sont en grand nombre, ils iront enrichir les musées de province.

En 1902, lorsque nous rapportions de Suse nos collections pour les exposer au Grand Palais des Champs-Elysées, un plaisant, déclarait que nous n'avions rapporté que des briques. Le propos n'était pas juste, car les briques ne sont pas la partie la plus considérable (comme nombre), de nos collections, mais eût-il été fondé, que certes nous n'aurions pas eu à nous en plaindre, car ces modestes briques ne sont autre que « les pages de rhistoire d'Elam ».

On remarquera dans la vitrine renfermant les briques les plus anciennes une série de cônes et de barillets de fondation aux noms des premiers patésis de Suse.

Émaux et briques émaillées, — A partir de l'époque du roi Chilhah in Chouchinak (vers le x* siècle av. J.-G.)i nous voyons apparaître dans l'architecture, l'émail comme élément décoratif, il se présente sous forme de briques, de fragments, de

bas-reliefs, de plaques, de pommeaux, d'animaux : tantôt il est polychrome, tantôt il est simplement bleu ou vert. Les monuments émaillés retrouvés à Ninive, à Babylone et à Suse même (achéménides) sont de beaucoup postérieurs aux émaux anzanites.

Il n'a pas été possible jusqu'ici de fixer Tusage des pommeaux et des figurines animales, Téiatdes ruines ne Ta pas permis.

CERAMIQUE .

Céramique archaïque. — Une vitrine spéciale a été consacrée aux résultats des fouilles de J.-E. Gautier, dans la plaine de Tepeh-Moucian à trois jours de Suse.

Cette vitrine, est en partie occupée par des vases couverts de peintures primitives fort curieuses, rappelant la céramique « pré-mycénienne » des amateurs de grec, et la poterie préhistorique de rÉgypte. Ces vases appartiennent à la période la plus ancienne retrouvée jusqu'à ce jour en Élam. Suse, en a également fourni un bon nombre. Ils sont contemporains de la transition entre l'usage de la pierre polie et celui des métaux. Il est impossible de leur assigner une antiquité, mais sûrement leur âge est antérieur au l* siècle av. J.-C.

Cet art primitif, n'est pas mort avec l'apparition des métaux; il s'est conservé, s'altérantpeu à peu, comme on le voit dans les vases élamites de Tépoque historique.

Céramique achéménides grecque et sassanide. —

A la fin de l'époque élamite, la céramique avait déjà perdu ses caractères de l'origine, mais la transformation fut radicale au jour où les Perses s'emparèrent de la Susiane; ils rapportèrent de leurs lointaines expédition^ les formes les plus diverses, voire même des objets fabriqués et peints en Grèce et en Egypte. C'est à cette époque, que nous voyons apparaître dans les vases la terre émaillée ; l'usage s'en perpétua jusqu'à nos jours.

Dans la plupart des cas il est impossible d'assigner une date précise aux poteries émaillées ; par leur forme, par leur technique elles ne diffèrent pas et peuvent aussi bien être attribuées au vi« siècle avant notre ère qu'au vu* après J.-C. Nous possédons de ^ette série quelques exemplaires très remarquables par leur coloration.

Céramique arabe. — Après la conquête musulmane, bien que les villes de Dizfoul et de Ghouster se fussent développées au détriment de l'ancienne capitale, Suse ne fut pas abandonnée. Les Arabes rhabitèrent jusqu'au xvi« siècle, peut-être même plus tard ; nous retrouvons les traces de cette occupation dans les plats polychromes etv les divers objets que nos fouilles rencontrent à la surface du sol.

OBJETS d'albâtre

L'albâtre était une matière très répandue dans la haute antiquité. En Egypte, en Phénicie, en As* Syrie et à Suse on en recontre de nombreux fragments. On voit, dans nos vitrines, quelques spéci-

mens remontant jusqu'à l'époque de la céramique peinte. L'albâtre était alors employé pour les vases, les statues, les statuettes etc. Il en fut de même pendant toute la durée de TElam historique, les textes que portent les fragments en sont la preuve.

Sous les Achéménides, les formes se modifièrent peu mais les alabastrons portent alors des textes trilingues ou quatrilingues (perse, assyrien, néoanzanite et égyptien) au nom des souverains Xerxes, Artaxerxes etc..

Avec la conquête macédonienne l'usage de Talbâtre semble s'être éteint.

Dolmens du nord de la Perse. — La vitrine située à droite en entrant dans la salle est réservée aux objets découverts par la Délégation dans les nécropoles du Tâlyche et du Ghilan. Vases, armes et bijoux de bronze et de fer, colliers de pâte^et de verre.

Il est difficile d'assigner une date précise à ces objets. L'existence de trois périodes du bronze et d'une du fer a été reconnue, la plus ancienne pouvant être attribuée au xv"* siècle environ av. J.-C, et l'âge du fer au y° ou vi® siècle avant notre ère. Ces évaluations ne sont d'ailleurs que des hypothèses.

Les Tâlyche et le Ghilan furent toujours en dehors des grands mouvements politiques de la Perse : ils subissaient les maîtres du pays mais n'avaient pas à intervenir autrement. Les peuples de cette région ne surent jamais écrire.

Monnaies antiques. — Quelques médailles séleucides sont exposées dans la vitrine des bijoux, mais ce n'est pas au Louvre que nos trouvailles de monnaies sont conservées. Je les remets au Cabi-^

net des médailles où, se trouvant à la disposition des spécialistes, elles sont à même de rendre plus de services qu'au musée du Louvre. Deux séries importantes ont été déjà remises ; Tune des rois locaux d'Elymaïde sous les Arsacides, l'autre composée ^d'une trouvaille de monnaies d'argent du souverain sassanide Chosroès II.

Moulages. — Il existe en Perse un grand nombre de monuments rupestres qui ne peuvent être transportés. J'avais pensé à compléter les séries de la Délégation en rapportant les moulages d'après nature des principaux documents. J'ai fait connaître mon projet alors qu'il était en partie réalisé. On peut voir dans la salle un bas-relief sassanide de Taghè Bostan etdes chapiteaux de la même provenance, les inscriptions trilingues de l'Elvend, quelques-unes de celles de Persépolis,la stèle vannique de Kèl-i-Chin au Kurdistan, les stèles et inscriptions d'Anou Banini à Zohab et de Hourîn Cheikh Khan d'autres moulages très importants ont dû être relégués dans les magasins faute d'espace pour les exposer.

Publications de la Délégation.

Les trésors scientifiques accumulés dans les musées sont, il est vrai, une richesse inestimable et font grand honneur au pays qui les possède; mais ces documents sont surtout précieux par les travaux dont ils sont l'objet, par la contribution qu'ils apportent à l'histoire de l'humanité, à Tétude de ses progrès dans les diverses branches de la culture intellectuelle.

L'utilité des musées archéologiques réside en ce que, grâce à leurs galeries, les documents originaux sont conservés sous les yeux de tous comme garants de la véracité des écrits des savants, permettant d'établir des faits généraux, de baser des théories, des suppositions, offrant le moyen d'en contrôler la valeur, de les discuter, de les combattre.

A ce titre, le monument découvert au cours de recherches scientifiquement conduites^ présente bien plus d'intérêt que celui qui, ayant pris une valeur vénale par un passage de mains en mains, a perdu ses caractères d'authenticité absolue, pour devenir l'objet curieux que recherchent les collectionneurs.

Cette valeur scientifique du document recueilli dans des conditions normales a besoin, pour être complète, de reposer sur un procès verbal de la

découverte, certifié paroles personnes d'une indiscutable honnêteté scientifique, et d'être accompagné de toutes les informations sur sa nature, sa provenance, sur le milieu dans lequel il se trouvait au moment de son invention.

Il ne suffit pas d'affirmer les conditions d'une découverte, il faut donner une description complète du monument afin de le faire connaître des nombreux savants mal placés pour consulter l'original. 11 est nécessaire aussi de donner la traduction des textes qu'il fournit, afin de les mettre à la portée de ceux qui, sans être épigraphistes, en attendent des renseignements utiles pour leurs études.

Ce but, je ne l'ai jamais perdu de vue; car, en acceptant la direction des travaux en Perse, je me rendais dans ce pays non pas dans l'intention, secondaire à mes yeux, d'y recueillir des collections de valeur, mais pour retrouver l'histoire de son passé. Tel était l'objectif principal de ma mission.

Notre devoir était, dans cette pensée, de publier, le plus rapidement et le plus complètement qu'il était en notre pouvoir, les documents fournis par les fouilles.

Responsable devant le monde savant et devant les générations futures de la valeur des écrits de la Délégation, je me suis entouré de collaborateurs éminents, dont, au besoin, j'accroîtrais le nombre, si je jugeais qu'il en soit besoin. Livrer des documents inexpliqués ou publier incomplètement, serait manquer à ma mission et ne pas satisfaire à ce qu'on est en droit d'attendre de mes efforts.

Tous mes collaborateurs ne sont pas forcément

mes attachés, car j'entends par attachés ceux qui prennent part aux travaux sur le terrain. Les autres travaillent en Europe sur des documents que nous leur confions et dont nous leur certifions la provenance etTauthenticité.

La série des Mémoires de la Délégation débuta en 1900, après trois campagnes de fouilles, alors que nous possédions déjà un assez grand nombre de documents pour ouvrir cette publication et en assurer Tavenir. Depuis ce temps nous n'avons cessé de donner au public chaque année, un ou plusieurs volumes. Parfois, bien que rarerement, nous sommes quelque peu retardés par des dilficultés matérielles.

Autant que possible nous reproduisons les monuments et les textes par des procédés photographiques, afin de donner à nos planches une authenticité incontestable. La lecture des inscriptions publiées parce procédé est certainement plus difficile que celle de caractères typographiques ; mais, d'une part, le matériel d'imprimerie ne peut être employé sans des interprétations toujours dangereuses; d^autre part, nous n'avons pas charge d'apprendre Tépigraphie à ceux qui ne la connaissent pas.

Dans tout service scientifique, comme d'ailleurs dans toute administration, on n'obtient des résultats satisfaisants qu'en rendant responsables les chefs des diverses sections et en leur donnant, en même temps, pleins pouvoirs dans leur département. C'est ainsi que j'ai réglé les travaux scientifiques dans ma mission. Il en résulte une grande unité dans l'esprit des publications et une extrême promptitude dans l'exécution.

Un savant, placé à la tête de Tune des brandies de nos études est libre de s'adjoindre autant d'assistants qu'il le juge utile, de les choisir et de les renvoyer à son gré. Ces assistants je n'ai pas à les connaître, ils restent sous ses ordres. Toutefois, si leur travail était de nature à exposer la Délégation à de justes reproches, j'interviendrais afin qu'il fit un autre choix.

Jusqu'à ce jour, je n'ai créé que quatre départements spéciaux en archéologie. L'Epigraphie chaldéo-élamite, remise à V. Scheil, professeur à TÉcole des Hautes-Études, attaché à la Délégation ; l'hellénisme à M. HaussouUier, professeur à l'Ecole des Hautes-Etudes ; la Numismatique, spécialisée entre les mains de M. AUotte de la Fuije, et l'Art arabe confié à M. H. Saladin, architecte, qui s'est adjoint MM. Houdon et van Berchem pour l'Épigrapbie arabe, M. Huart pour l'Épigraphie persane, M. Cl. Migeon pour les arts industriels autres que ceux se rattachant directement à l'architecture. Les autres mémoires archéologiques sont restés, je puis dire, indivis entre mes attachés et moi ; nous nous partageons le travail, choisissant les sujets suivant nos goûts personnels et plus spécialement nos connaissances spéciales.

Pour r Histoire naturelle, dont tous les mémoires sont encore en préparation, je n'ai qu'un attaché qui soit un spécialiste, R. deMecquenem. Faisant lui-même les recherches, il choisit parmi ses découvertes le sujet de ses travaux. La Paléontologie des Vertébrés appartient à M. Boule, professeur au Muséum, celle des Invertébrés à M. H. Douville, ingénieur en chef des Mines, professeur à l'Ecole supérieure des Mines. La Paléobotanique

à M. R. Zeiiler, membre de l'Académie des Sciences, inspecteur général des Mines, professeur à TEcole supérieure des Mines. La Pétrographie à M, Lacroix, professeur au Muséum, TEntomologie à M. Bouvier, membre de l'Académie des Sciences, professeur au Muséum, etc. Je me suis réservé la Conchyliologie, ayant déjà publié dans cette branche.

Chacun étant maître absolu dans son département, nous n'avons qu'à fournir les collections et à donner les notes y ayant trait. Je me repose en toute sécurité sur la grande valeur des savants qui veulent bien prêter leur concours à nos publications.

Les mémoires archéologiques et épigraphiques sont les seuls qui, jusqu'ici, aient vu le jour. Voici le compte-rendu sommaire des huit volumes composant la série des Mémoires de la Délégation en Perse du Ministère de V Instruction publique.

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