‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 133 sur 309 · MIT 1)1' XI" SIECLE · texte numérisé non relu

MIT 1)1' XI" SIECLE

aux formes anciennes et traditionnelles un caractère assorti à ce génie. Mais quelque temps après le démembrement de l'empire de Charlemagne il se forma de nouveaux États, qui s'isolèrent et (|ui conslituèrent un ensemble complet et indépendant, différant entre eux par degrés, selon le plus ou moins de mélange d'éléments étrangers, soit germains et romains, ou d'éléments entre lesquels il y avait quelque affinité, d'éléments germains purs. Le génie du peuple germanique avait atteint le degré nécessaire de développement pour pouvoir dominer sans contrainte les formes que la pensée faisait naître ; il était en outre assez développé encore pour commencer à exercer une influence sensible sur les apparences créées i)ar les beauxarts. Au XI* siècle nous voyons une tendance nouvelle de l'art, résultant des préliminaires de cette autre phase de l'ordre social des peuples chrétiens £t constituée par les rapports sociaux et populaires établis alors. On reprit en sous-œuvre, pour ainsi dire, et avec une nouvelle énergie, les formes qu'offrait l'art chrétien primitif; on les tranforma en un organisme plus vivant et plus élevé. La pensée cherchait une expression plus riche et plus convenable; le sentiment, une expression plus noble et plus digne, et surtout une manifestation plus indépendante et plus active dans ses résultats. Pour atteindre son but, chaque peuple s'y est pris d'une manière différente, selon les éléments divers dont il était composé, et selon les degrés de son intelligence et de ses sentiments intimes. Mais, malgré les nuances variées et nombreuses que nous remarquons chez les peuples des siècles dont nous parlons, nous rencontrons dans leurs arts des traits généraux et caractéristiques qui nous forcent de reconnaître que l'art occidental a été universel , progressif et simultané dans tous les pays où il fut exercé.

Il semblerait que l'art chrétien du temps de Charlemagne et du siècle qui l'a suivi, et même encore du commencement du xt" siècle, n'a pu d'une manière complète s'affranchir des formes antiques corrompues. Le génie de la nouvelle société germanique ne pouvait encore manifester son existence que d'une manière à moitié barbare, mêlée d'expressions plus ou moins fantastiques. Vers la fin du xi" siècle cependant, l'architecture romane, ou à plein cintre, commença à se développer et à s'élever à une certaine originalité; elle s'est affranchie des formes anciennes, mais elle est encore sévère, massive, lourde, timide dans l'expression du sentiment de l'artiste. Au xii* siècle elle arrive à être insensiblement plus indépendante et plus précise; elle

826 LIVUE SECOND.

exprime dans ses œuvres une existence plus active et moins monotone de la société : souvent même elle s'est frayé avec une grande puissance une voie brillante et majestueuse.

^'architecture romane conserve le plan de l'ancienne basilique, un parallélogramme trùs-oblong. L'abside centrale à l'orient est constamment circulaire, ;iinsi (|ue les deux autres absides latérales placées à l'extrémité orientale des collatéraux, et appuyées sur le mur de l'est des transsepts. 11 y a toujours trois nefs principales, rarement cinq. Le cœur est plus élevé que le reste de l'église; et en dessous, il existe ordinairement une crypte ou chapelle souterraine. Au lieu du plafond et de la couverture de la basilique, on voit la voûte, formée de la moitié du cylindre, placée horizontalement au-dessus des nefs et du chœur.

Dans l'architecture romane, des piliers carrés, élevés jusqu'à la naissance de la voûte, remplacent les colonnes de la basilique. Ces piliers sont quelquefois simples, quelquefois ornés de moulures ou de colonnettes aux angles. Le centre des faces est orné aussi de demicolonnes couronnées, dans l'épaisseur d'une nef à l'autre, d'un chapiteau supportant les arcades qui séparent la nef principale des collatéraux. La demi-colonne, dans le collatéral, soutient un côté de l'arc-doubleau de la voûte du bas côté. La demi-colonne, dans la nef, s'élève jusqu'à la naissance de la voûte principale, et soutient l'arcdoubleau qui divise la couveriure voûtée de la nef centrale en plusieurs et en autant de travées qu'il y en a dans le vaisseau principal. L'architecture l'omane a deux systèmes de voûtes : celle en berceau, formée par la moitié du cercle et qui repose sur deux murs parallèles placés vis-à-vis l'un de l'autre; et celle en arête, formée de deux ellip.ses se croisant au centre et donnant naissance à quatre arêtes qui produisent une croix. Cette voûte a pour culées quatre points, dont deux sur chaqur luui' parallèle. Sur l'interseriinn du cluriii' et de la nef avec les Iranssepts s'élève, comme dans les moniunents byzantins, une coupole presque toujours circulaire, mais quehpiefois polygonale. La coupole, assise sur une partie carrée, est soutenue dans les angles par un encorbellement nommé /jr^f/oin/. Ce pendentif, souvent creux, a la figure d'une niche ; on en voit de beaux exemples à Sainl-.Michel dePavie, à Saint-.\mbroise de Milan, à l'église de .\Ionza, aux cathédrales de Parme et de Pi.se, à Notre-Dame d'Avignon et à Notre-Dame-de-Grâce, à Arles. Cette .sorle de pendentif ne ressemble nullement au pendentif byzantin, qui n'est qu'une porlion de calotte

LE CHAPITEAU CUBIOLK. 827

spliérique, coupée hors de la sphère, et dont le diamètre est égal à la diagonale de l'espace qui doit être recouvert. Le pendentif byzantin se voit à Saint-Marc de Venise, à Saint-Antoine de Padoue, à Santa- Maria délia Pieve d'Arezzo et à Trente. Dans l'architecture romane la couverture de l'extrémité circulaire à l'orient de l'abside est le plus ordinairement composée d'une moitié de calotte sphérique. La voûte de la nef est presque toujours plus élevée que celle du chœur, et celui-ci plus élevé que l'abside.

L'architecture romane s'est servie des colonnes indépendamment des piliers. Leur fut est toujours droit ; il n'a jamais d'entasis. Ces colonnes ont diverses apparences : tantôt allongées et minces, tant(M courtes et épaisses. Le chapiteau roman mérite une attention toute particulière. Quelques auteurs prétendent que les chapiteaux cubiques doivent leur origine aux chapiteaux byzantins ', tels qu'on les voit à Saint-Vital de Ravenne par exemple. Mais Saint-Vital est d'une époque de décadence ; le chapiteau mathématique, qu'on nomme cubique, apparaît au contraire dans un temps de renaissance où l'architecture parut basée sur des règles géométriques, et où toutes les parties du monument semblent n'être que l'expression d'un raisonnement mûri par la réflexion et 282. - cimpiteau

* cubique.

par les lois éternelles de la nature , représentées au moyen des dimensions et des nombres. Nous ne pouvons admettre l'origine byzantine du chapiteau cubique. Nous ne nions pas qu'il y ait une grande analogie entre les chapiteaux de Saint-Vital de Ravenne et ceux du chœur de Sainte-Marie du Capitole à Cologne par exemple. Mais là nous ne voyons encore qu'une de ces rencontres fortuites de formes semblables si fréquentes dans les arts, et qu'on ne peut déduire les unes des autres qu'avec une extrême complaisance. Le chapiteau cubique se trouve trop en famille (qu'on nous permette l'expression) au milieu des diverses parties des monuments à plein cintre, pour que son inveution ne soit pas due également au système général d'architecture enfanté par le génie naissant, mais puissant et inventif des races du Nord.

Le chapiteau cubique ne règne cependant pas exclusivement dans l'Architecture des x'^, xi'' et xu" siècles. Une réminiscence antique perpétue le chapiteau corinthien romain, d'abord mutilé, ensuite transformé,

1. L'exemple que nous donnons ici est tiré de la crypte de l;i calliédrale de Strasbours:.

pour plus tard se métamorphoser dans une apparence plus légère et très-élégante. Il y a des chapiteaux romans en forme de cône renversé, tronqué sur ses quatre faces, ornés de cannelures, de fuseaux et de feuillages. D'autres offrent de gracieux enroulements', d'où pénètrent des têtes humaines ou grotesques, des animaux, tels que des serpents, des dragons, des chimères, des lions, des oiseaux. Les feuillages de ces chapiteaux représentent le plus souvent la feuille d'acanthe. On y remarque aussi une variété de plantes exotiques , de plantes grasses, dont le caractère pourrait les faire attribuer à des artistes venus du Levant. Mais le règne végétal dans rorncmentation des monuments romans est transformé et combiné de mille manières diverses par l'imagination brillante et fantastique des races germaniques. La fraîcheur du génie de ces peuples devait chercher la forme la plus propre à exprimer clairement la pensée de l'artiste. De là cette grande variété dans sa manifestation extérieure , différente selon la nationalité des divers peuples ; aussi est-elle tout autre dans le Nord que dans le Midi, en France qu'en Angleterre, en Allemagne qu'en Suède et en Norvège, pays offrant des traits caractéristiques de l'architecture et de la sculpture, qui prouvent qu'un même esprit animait les hommes habitant les bords du Fyrissn, de l'Elbe, de la Tamise, du Riiin, de la Loire et du Danube.

Page 1