Pointes de diamants
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aperçoit dans les chapiteaux, sur les tailloirs, dans les cordons, et quelquefois comme médaillons isolés. Avec le xi^ siècle paraissent les clefs de voûte, d'abord simples, ensuite ornées.
L'architecture romane des \' et xi« siècles qui a encore une apparence écrasée, lourde et massive, quoique déjà en progrès, se développe au xu'= siècle : elle devient plus majestueuse cl plus élancée, plus élégante, plus proportionnée dans les diverses parties qui la composent, plus harmonieuse dans son ensemble, et enfin plus légère et plus délicate. Le plan des monuments offre moins de massifs de maçonnerie , les vides se multiplient et s'agrandissent. Dans les élévations, les parties horizontales, telles que les soubassements, les corniches, les cordons, les frises, diminuent et disparaissent de plus en plus. Elles commencent à être coupées par des avant-corps peu saillants et des retraites peu profondes. La ligne perpendiculaire commence à prédominer et à attirer l'attention. Les portes se haussent, les nefs s'élèvent, les fenêtres, encore sans meneaux ou subdivisions géométriques, s'élancent; nous voyons apparaître des clochers d'une grande hauteur, mais la pyramide polygonale qui les surmonte reste encore peu élevée ; elle se ressent toujours de l'influence antique du système horizontal.
La première croisade, décidée au concile de Clermont en 1095, avait eu lieu. Au retour des croisés, l'Occident acquit une connaissance plus étendue de l'Orient. Parmi les Francs qui visitèrent la Grèce et l'Asie Mineure, quelques-uns apprirent à connaître dans les couvents les trésors de la littérature grecque et les monuments de l'Architecture antique. Le xii^ siècle fut témoin d'un grand mouvement intellectuel en Occident , auquel trois hommes remarquables contribuèrent particulièrement. Le premier est d'abord Pierre Abailard, né en 1079 à Palais en Bretagne, patrie du célèbre Pelasge, coniradicteur d'Augustin. Abailard fut le défenseur de la science: il avait pourprincipe qu'il ne fallait croire que ce que l'on avait compris. Le second, Bernard de Clairvaux, était né en Bourgogne en 1091 ; défenseur fanatique et passionné du despotisme sacerdotal, il soutenait, d'accord avec l'Église, qu'il fallait la foi pour pouvoir comprendre; il voulait en outre qu'on écartât d'ime manière ab.solue la compréhension du domaine de la religion. Le troisième de ces hommes, enfin, fut Suger, né en 1081 dans les environs de Saint-Omcr. Esprit universel, homme d'État, plein de sagesse et de jugement, ami sincère de la monarchie, actif" défenseur des institutions politiques tradition-
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nelles, promoteur de nouvelles lois lout en introduisant des dispositions qui devaient affermir et limiter ces institutions, Suger était de plus un ami et un appréciateur éclairé du vrai et du beau autant que son époque le permettait. 11 est vrai que Suger fit prêter rajipiii du roi son maître à Bernard de Clairvaux dans sa lutte contre .Vbailard ; mais d'un autre côté, toutes les fois qu'il s'est agi des droits essenliel.s de la monarchie et des prérogatives de la couronne, Suger et Louis \ 11 surent résister à Bernard et même au pape.
L'action de ces trois hommes, les contrastes de leurs idées, les enseignements d'Abailard surtout, mirent en ébullition et en travail les esprits de l'époque et amenèrent de nouvelles idées dans la société occidentale. Parallèlement à un courant où dominaient les idées creuses et abstraites, roulait un autre courant intellectuel en opposition au premier. L"a raison des races arianes reprenait lentement son empire; bientôt s'établit de part et d'autre une lutte puissante, active, qui finit par amener une réaction contre les doctrines qui s'étaient superposées à la raison. De cette lutte, de cette opposition s'éleva aussi, à l'aide des idées nouvelles rapportées de la croisade, une révolution silencieuse dans l'art, commencée par Suger, acceptée et développée ensuite par les membres des corporations laïques, mais conservant ce caractère mystique , mêlé de cette tristesse dont le christianisme a empreint toutes ses créations.
Sous les règnes de Louis M, dit le Gros (1108-1137), de Louis VII, dit le ieune (1137-1180), et de Philippe -Auguste (1180-1223), les arts furent protégés; un grand nombre de monuments d'architecture datent de cette époque. Louis VI fut un des meilleurs rois que la France ait eus : brave, actif, il aimait le peuple, l'ordre, la justice et les arts; sous un tel ])rince l'architecture et les autres arts devaient s'épanouir et fleurir. En 1113, il fonda l'abbaye de Saint- Victor à Paris ; en 1136, une année avant sa mort, celle de Chàlis ', diocèse de Senlis, dédiée à la Vierge; en 1128 fut élevé le prieuré de Saint-Gabriel, près de Creully, au nord et entre Caen et Bayeux. On voit encore le chœur de ce monument, qui mérite toute l'attention de l'archéologue et de l'artiste. L'église de Fontevrault, près Chinon, dont l'extérieur est resté intact, a été commencée par Foulques, cinquième comte d'Anjou, en 1125 ; cette église, de 90 mètres de longueur a des transsepts et cinq absides à l'orient; elle a