‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 187 sur 309 · LK .\V« SIECLE · texte numérisé non relu

LK .\V« SIECLE

Au xv" siècle la France est décliirée de la manière la plus douloureuse et la plus sanglante : d'une part, par la conduite impie et les débordements de la cour et de la noblesse ; de l'autre, par les victoires et la domination de la soldatesque anglaise. Ce siècle était frivole et d'une grande dissolution de mœurs, à laquelle se laissèrent entraîner toutes les classes de la société, princes, nobles, prêtres et bourgeois. Le sentiment du vrai et du beau disparaît ou s'alïaiblit fortement, le commun et le vulgaire dominent en toutes choses. Les principes de l'arcliiiecture ogivale, fondés sur certaines règles géométriques, sont de plus en plus méconnus. On ne cherche plus la simplicité et l'élégance des lignes; on surcharge les parois des monuments d'ornements capricieux et d'un goût plat, quelquefois même grossier. Les profils des moulures sont altérés, corrompus, extravagants : ils sont conçus par l'arbitraire et le caprice, par une imagination désordonnée et avide d'inngver. On s'aperçoit qu'une renaissance était en travail, car la dissolution était complète. La ligne courbe, sinueuse, contournée, semble seule préoccuper l'artiste et déterminer la forme des détails. C'est le système né de la ligne sinueuse, qu'on a nommé avec justesse le style (lamhoyanl, qu'on peut étudier surtout dans la combinaison des meneaux des fenêtres et des balustrades. L'çeil cherche en vain un point de repos sur les surfaces verticales extérieures, elles sont couvertes de détails sans' raison d'être, peines, tortueux, dans lesquels abonde l'inutilité d'une imagination fiévreuse. C'est que, tournant toujours depuis des siècles dans un cercle vicieux et extrêmement restreint, II. 20

l'imagination s'était épuisée. La statuaire elle-même , qui plaçait les saints dans les niches des édifices, était également rabaissée et en pleine décadence; ces saints ne sont plus que de gros bourgeois vul-

Fenêlre de l'éplise Saint-Aignan, il Orléans.

oîtô. — Fenêtre des chapelles de la cathédrale d'Évrcux

gaires bien nourris et bien joufflus, et les statues de Vierges étaient les portraits en pied des femmes mondaines qui ornaient les fêtes extravagantes de l'époque. L'ornementation ne consistait plus dans la copie do la végétation des forèls : on n'imitait plus que le chou, le

gros chou frisé des potagers, le chardon rustique et commun à feuilles pointues. Tout cela est accroché aux parois des monuments avec confusion et désordre. A peu d'exceptions près, les édifices du xv" siècle ne satisfont en aucune manière l'esjirit et le goût. On les regarde a\ec curiosité, mais ils ne font concevoir aucune émotion agréable. Pourquoi? C'est ipie l'àmt^ qui avait donné naissance à l'origine de ce style n'existait plus dans les édifices de sa complète décadence qui eux-mêmes n'étaient que des créations mortes, vides de sens.

Pendant le règne de Charles VI, de 1380 à Ih--, cetle décadence ne se fait point encore trop sentir; mais sous Charles Vil, de 1422 à

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