EPOQUE OGIVALE
pu XIII* AU X Y* SIECLE.
Le pc'lit-fils de Frédéric l" continua les desseins de ce prince qui consistaient à rétablir l'indépendance de la couronne impériale, à rcconsliluer, tel que Cliarlemagne l'avait établi, le pouvoir temporel que la faiblesse de ses successeurs et la hardiesse des papes avaient ruiné. L'Italie, étant le siège et le foyer du pouvoir spirituel, fut'le point de mire de l'empereur, et les Italiens, en se déclarant guelfes, c'est-à-dire pour le pape, se préparaient, dès le xni" siècle, six cents ans de tyrannie et de malheurs. L'immortel Dante', lui-même guelfe, fut exilé de Florence l'impériale en 1302, et ce ne fut que pendant son exil qu'il devint gibelin. Or, c'est à l'initiative de Florence qu'est due en grande partie à cette époque la protestation contre le moyen âge, ses mœurs , ses lois, ses arts et sa littérature. Florence comprit qu'il était plus rationnel d'être avec l'empereur, roi d'Italie, qu'avec le pape.
Frédéric 11, petit-fils de Barberousse, né le 26 décembre de l'année 1194, à Jesi dans la Marche d'Ancône, fut empereur de 1215 à 1250. C'était un prince d'une grande intelligence, ferme, brave, hardi et animé des plus nobles sentiments. Son esprit était très-cul-
1. Pénétré que l'unité de l'Italie, brisée et empêL-hée par les idées démocratiques de la cour de Uonie^ ne pouvait être rétablie qu'avec le concours de l'empereur, Dante composa son livre De la Monnrcltie eu faveur du pouvoir temporel de Henri VII d'AlleiDajjfiie,
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tivé ; il parlait grec, arabe, français, allemand, latin-et italien. Ayant secoué les entraves et les préjugés qui enlaçaient ses contemporains, il était arrivé à une grande clarté de jugement, avec laquelle il eut le courage de plonger dans les ténèbres de l'ignorance et de la superstilion. Homme d'un goût élevé, animé du sentiment du beau, Frédéric II distinguait les artistes de mérite : il attira à sa cour Nicolas de Pise, le gi'and sculpteur, le promoteur de la renaissance de l'étude de la statuaire antique, et Barthélemi de Pise, architecte et statuaire qui entra au service de l'empereur vers 1223. Frédéric II fut un des premiers à collectionner des œuvres d'art et de littérature de l'antiquité qu'il fit déposer à Capoue et à Naples : il fit faire des fouilles en plusieurs lieux; il utilisa ses rapports avec les princes orientaux pour introduire dans ses États des animaux destinés à servir à l'étude de l'histoire naturelle. 11 avait auprès de ses palais des ménageries dans lesquelles on conservait des chameaux, des léopards, des tigres, des lions, des girafes, etc., etc. Il fit traduire par Michel Scott plusieurs ouvrages d'.\ristote, entre autres son Histoire naturelle des animaux et l'Almageste de Ptoléniée. Il composa lui-même des poésies en italien; on a de lui des lettres curieuses en latin, un traité de la chasse au faucon et un autre sur l'éducation du cheval. Frédéric II était religieux, mais non point dans le sens que le pape le désirait : il n'était ni crédule, ni superstitieux, ni fanatique. Comme son grand-père, il était l'ennemi juré des empiétements du pouvoir spirituel. C'est sous ce prince distingué que la poésie allemande atteignit son plus haut développement comme sa plus complète perfection dans le mojen âge, et ce fut encore ce Hohenstaufen qui fonda en 1224 une université à Naples. Il est aisé de comprendre que, sous un tel prince, les arts devaient prendre un essor nouveau et puissant; Frédéric II peut passer, en effet, pour avoir contribué fortement à la renaissance de l'antiquité , longtemps avant que les Grecs de Constantinoi>le en eussent vulgarisé- les chefs-d'œuvre en Occident. Au milieu des tourmentes et des malheurs de toute sorte, pendant le xiu" siècle, l'art sut trouver, en paix, les moyens de créer, des œuvres délicates et élevées. Au lieu du cri de « Dieu le veult 1) du siècle de Henri IV et de Grégoire VII, qui ébranla d'une manière si terrible c-t si désastreuse k's pays chrétiens ce fut l'accent harmonieux di; la poésie en langue nationale qui vibra avec douceur et espérance à travers les violences amenées surtout par l'anarchie dans l'oi'dre politique, (|ui' le cliristiaiiisiiic avait