Letarouilly, 2^ vuUiuil', pi. 1L
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Ca Grande (de 1532); les églises de San Fanlino et de San Francesco délia Vigna à \'enise, et de Saint-Jean des Florentins à Rome, et plusieurs autres monuments remarquables, mais laissés inachevés à sa mort.
Une nouvelle phase d'art fut ouverte par Michel Ange Buonarotti (né en Iklk et mort en 1563), dont il n'est question ici, bien entendu, que sous le rapport, de l'architecture. L'impétuosité de son génie, l'activité inquiète et incessante de son esprit, l'indomptable originalité de sa faculté de conception, firent dégénérer ses créations architecturales et y introduisirent des formes arbitraires, répudiées par les architectes de l'antiquité et par les architectes ses prédécesseurs et contemporains, dont le goût s'était maintenu dans une plus grande sobriété. Les formes excentriques créées par Michel-Ange n'accusent par elles-mêmes ni nécessité ni but, et on a dit avec raison qu'il avait plus en vue d'étonner que de commander l'admiration. C'est en toute justice que Winckelmann lui fait le reproche d'avoir frayé la voie aux corrupteurs du goût, en laissant envahir trop de place aux décorations'. En 1529, il éleva la chapelle des Médicisou sacristie neuve, si célèbre par les statues de Julien et de Laurent de Médicis, de la Nuit et du Jour, de l'Aurore et du Crépuscule du soir. A Kome il décora, en 1525, la cour du palais Farnèse, dont l'étage supérieur extérieur est aussi son ouvrage. C'est sur ses dessins que fut construite la Porta Pia de 1559 à 1561, qui est d'un mauvais goût. Les escaliers et les deux palais latéraux du Capilole- à Rome sont encore dus à la conception de Michel-Ange; les escaliers datent de 1536, époque de l'entrée de Charles V à Rome, où l'on abattit aussi une partie du temple de la Paix « pour luy faire la voye plus large et droicte », comme le rapporte G. du Bellay'. Les deux palais latéraux seuls sont de Michel- Ange ; le troisième, celui de face, est de Giacomo délia Porta , architecte milanais. Mais ce fut à Saint-Pierre de Rome qu'il déploya le plus largement son talent. C'est en 1546 qu'il entreprit la direction de l'œuvre commencée par Bramante, continuée par Raphaël, B. Peruzzi et San-Gallo. Il retourna à la forme de la croix grecque, idée de Bramante, et la fit précéder d'un portique d'entrée. Cette disposition laissait apercevoir la coupole dans toute son élévation. Michel- Ange ne monta le tambour de la coupole que jusqu'.à l'entablement supérieur. Vignole, Giacomo délia Porta, Domenico Fontana conti-
1. /îe»i(in/iiM sur l' archileclure des anciens. — 2. l.ct;iroiiilly. '.i' vuluiiir, pi. 3ô>. 3. Mémoires, Collection Michaud, l" série, tome A', page 304.
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puèrent les travaux. Ce dernier éleva la coupole dans l'espace de vingt-deux mois, sous le pontilicat de Sixte V (1585 à 1590) ; enfin le 18 novembre de l'année 1626, Urbain Vlll consacra la nouvelle basilique. Dès 1605, Paul V avait modifié le plan de Michel-Ange : il donna la forme d'une croix latine au Saint-Pierre actuel : l'addition des trois travées qui forment la nef actuelle, ainsi que la façade (de 1608), sont de Carlo Maderno. Toutes les parties de ce vaste édifice (qui a 185 mètres de longueur dans œuvre, dont la nef a 27"" 47 de largeur et 46'" 25 de hauteur, et dont la coupole a 123'" 37 d'élévation du sol à la lanterne et /|2'"30 de diamètre) sont de mauvais goût, et, pour l'honneur de Bramante, il n'est rien resté de sa conception ni dans l'ensemble ni dans les détails. Dès 1680, la coupole se lézarda : au commencement du pontificat de Benoît XIV, vers 1743 d'autres signes de ruine se manifestèrent : on posa autour de la coupole, indépendaaunent des deux énormes cercles en fer placés dès l'origine, deux autres cercles : en 1744, on fut obligé de la cercler de trois cercles nouveaux. En 1747, on remplaça un des cercles posés sous Sixte V, ce qui fait, qu'en somme, les chaînes qui empêchent le dôme de s'écarter, forment un poids de 38 mille kilogrammes! Selon le relevé de Charles Fontana, Saint-Pierre aurait coûté, vers la fin du xvii'^ siècle,- 46,800,498 scudi romains, ou 250,850,669 francs! C'est dix fois ce qu'il vaut. Mais quelque défectueux que soit ce monument sous le rapport de l'art, il produit un grand effet sur le spectateur, effet qui est du à ses dimensions colossales. La façade a 112"° 60 de longueur, sur 45'" 2U d'élévation ; ses colonnes ont 2'" 68 de diamètre et 28"" 14 de hauteur, base et chapiteau compris. Du sol de l'église au sommet de la croix, il y a 132"" 47*. Saint-Pierre a 21,092 mètres carrés de superficie, taudis que le dôme de Milan n'en a que 11,690, Saint-Paul de Londres, 10,826; Sainte-Sophie de Constantinople; 9,586 ; la cathédrale de Cologne, 8,900 ; la cathédrale d'Amiens, 8,000; celles de Florence (le Dôme) 7,870, deBeims, 6,650, de Bourges 6,200, de Paris, 5,500. (Un des plus grands temples de l'antiquité, celui de ZeusOlympien à Agrigente, avait 7,537 mètres de superficie). La superficie du Panthéon de Paris est de 5,594 mètres.
L'exemple de Michel -Ange avait ouvert la voie à l'arbitraire, au fantastique plat, au bizarre laid. 11 eut des imitateurs qui, sans toujours
1. Voyez sur Saint-Pierre les remarques de J. Woods, Lellers o( an Archilecl. I" volume, p. 3fi0 et suivantes, et l'ouvrage de Platuer, Bunsen, etc., cité p. 600 (II' volume, 1«32, p. 50 à 229.)
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avoir sa puissance, rencliérirenl sur ses défauts et ses exceutrirités. Au nombre de ces derniers, est en première ligne Giacomo Barozzi, né à Vignole, dans le Modenais, en 1507, et mort en 1573. Comme Vitruve, il chercha à donner des proportions absolues aux détails qui composent un ensemble architectonique : son ornementation est capricieuse et de mauvais goût, et la preuve que sa méthode et ses principes ne sont pas toujours vrais, ni les éléments qu'il donne, capables de faire atteindre au beau idéal en architecture, ce sont tous les monuments postérieurs à la publication de ses Re<jole délie cinque ordine d'architettura, Rome, 1563, ouvrage regardé connue l'Évangile des architectes, jusqu'à ce que l'étude des monuments grecs de l'antiquité le fît oublier. Vers le milieu du xvi" siècle, Vignole construisit le palais de Caprarola S entre Rome et Viterbe. Le plan en forme un pentagone qui inscrit une cour circulaire de SO", 15 de diamètre; le rez-de-chaussée a des arcades ouvertes, l'étage supérieur est décoré de pilastres; le pentagone est flanqué dans le bas de cinq bastions. La masse de ce palais est élégante, mais il n'en est point ainsi des détails. C'est sur les projets de Vignole que fut commencée en 1568 l'église de Jésus {des Jésuites) à'Rome, dont la façade et la coupole sont de G. Délia Porta. Mais ce ne fut pas sur ses dessins qu'on construisit l'Escurial. Giorgio Vasari, né en 1512 et mort en 1574, bâtit en 1571 la bibliothèque Laurentienne de Florence d'après les dessins de Michel-Ange; avec Vignole il bâtit de 1550 à 1555 la villa de Jules 111, non loin de Rome. A Pise, Vasari construisit, en 1565, l'église San Stefano di Cavalieri : la façade a été ajoutée au xvii^ siècle.
Les Génois excellèrent dans la composition des palais- : comme les rues de Gênes sont étroites, on négligea les façades, mais on déploya un grand art et une grande richesse dans les vestibules, les cours et les escaliers. Nous citerons les palais d'André Doria de 1527, de Giustiniani, de G. Alessi, le palais ducal avec son célèbre escalier de' Rocco Pennone, élevé après 1550; ensuite les palais Lercari, Spinola, Sauli, tous d'Âlessi (né en 1500, mort en 1572) élève de Michel-Ange; de lui est aussi la Loggia de' Banchi, élevée vers 1570, ainsi que la villa Cambroso, bâtie vers 1557 sur les dessins de Michel-Ange. Alessi est aussi l'auteur de l'église de Sainte-Marie de Carignan (1552), dont le
1. ChdteatiT, Palais et Résidences de Souverai»Sj par Percier et Fontaine, Pari^, 1833, in-fol.
2. (iauthicr, Les plus beaux édifices de la ville de Gènes, Taris, 1818.
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|)Iaii représente celui que Michel-Ange avait projeté pour Saint-I'iorre dp Mome. Le palais Doria Tursi, construit pondant la Renaissance par l'archileclo liocco Lurago, mérite l'attention de l'arciiitecte. Le phare de Gênes est de 15!|7.
Parmi les grands architectes du xvi"= siècle, il faut encore ranger André Palladio, né à Vicence en 1518, mort en 1580'. Ses œuvres ont une rare élégance, une grâce accomplie et ime finesse de goût reniarquahle. 11 devina pour ainsi dire la perfection grecque à travers les monuments romains, et il eut une préférence marquée pour l'ordre ionique, ce qui témoigne déjà fortement de son goût élevé. Il abusa cependant de l'accouplement des colonnes engagées et d'un emploi défectu(Hix de l'ordre dorique (romain). Ses palais n'ont d'ordinaire qu'un rez-de-chaussée, d'un style rustique surmonté d'un ordre formant le premier étage. A Vicence il éleva les palais Chiericato, Tiene, Porto, Barbaran, Valmarana, Trissino dal Vello d'Oro, le théâtre Olympique : il y restaura la basilique qui datait du moyen âge. A \'enise il bâtit l'église du Rédempteur vers 1579, la façade de San Francesco délia Vigna, en 1556 l'église San Giorgio Maggiore avec son cloître et son réfectoire, l'église Sainte-Lucie. 11 a laissé des œuvres à Feltre, lidine, Padoue ; à Mestre le palais Barbaro, et près de Padoue, la villa Capra '.
La dégénérescence de l'architecture était accélérée par les imitateurs de Michel-Ange, qui avaient ses défauts sans posséder ses qualités. Jean Laurent Bernin, né en 1598, mort en 1680, fut un des plus grands corrupteurs du goût. Ses œuvres manifestent l'emploi inintelligent, arbitraire et fantastique des formes architectoniques, le mépris de toutes les lois du beau et du vrai, le dédain des chefs-d'œuvre du passé, les combinaisons les plus extraordinaires et les plus aventureuses. Bernin est l'auteur du baldaquin ou confession de Saint- Pierre, espèce de dais de 30 mètres de hauteur, supporté par quatre colonnes torses, chargé de figures et d'ornements en bronze, d'un goCit baroque. Les frais de ce baldaquin se sont élevés à trois cent
1. Le Traité d'Architecture de Palladio parut à Venise en 1570. — R. F. Chambrai le traduisit en français, Paris, 16.50, in-fol. La meilleure édition du Traité est de Vicence, 1776-83, 4 volumes in-fol. Tommaso Temanza a publié la vie de Palladio. Venise, 1762, in-4''. — Les OKuvres complètes de Palladio, -par Chapuy et Bensiiot, Paris, 1827 à 1842, 2 vol. in-fol.
onze mille francs; sa dorure à deux cent quatorze raille. 11 est railleur des fontaines de la place Barberini et de la place Navona, du campanile de Saint-Pierre, des colonnades de la place Saint-Pierre, des palais Barberini, Monte -Citorio, Odelscalchi, de la rotonde de la Riccia, du Noviciat des Jésuites à Monte Cavallo, de la Scala Regia du Vatican, de la restauration de Santa Bibiana à Rome, de la chaire de Saint-Pierre, etc. Dans la voie du Bernin entrèrent Carlo Maderno, mort en 1629, auteur de la façade de Saint-Pierre (de 1608), des palais Mattei (de 1615) sur l'emplacement du cirque Flaminien, et Rospigliosi; François Borromini, mort en 1667, auteur de la façade de Santa Agnese in piazza Navona, des piliers et des arcades dans Saint- Jean-de-Latran, du palais Falconieri, de l'extravagante église de San Carlino aile Quattro Fontane, de 1640; Borromini bannit la ligne droite qu'il remplaça par des lignes courbes et sinueuses ou en colimaçon; il aimait le mélange ou plutôt la confusion d'angles droits, concaves et convexes : il plaçait colonnes sur colonnes de diamètres différents, il entassait des fenêtres, des niches et des sculptures dans des espaces où ils n'avaient que faire. A sa suite, nous nommerons Pierre Berrettini, mort en 1669, qui éleva en 1662 la façade de Santa Maria in Via Lata, Santa Maria Martina, près de l'arc de Septime Sévère, la façade de Santa Maria délia Pace; Alexandre Algardi, mort en 165/i, auteur de la villa Doria Pamlili, près de la porte de Saint Pancrace de Rome; Joseph Sardi qui, avec Longhena, éleva la façade de San Salvatore de Venise; Camille Guarini, mort en 1685, qui bâtit la chapelle di San Suario dans la cathédrale de Turin et le palais Carignan dans la même ville. Pendant lex\iu« siècle, l'ordre, mais non le goût, renaît dans l'architecture italienne; elle devient toutefois froide, monotone. Au nombre des architectes les plus célèbres de cette époque furent Philippe Ivara ou Juvara (Giuvara) né à Messine en 1685, mort en 1735 ; on a de lui la coupole de la cathédrale de Côme, celle de Saint-André de Mantoue, la façade occidentale du palais Madama à Turin, les palais Birago de Borgaro et du duc d'.\oste à Turin ; dans la même ville l'église de la Superga de 1706, et près de Turin le palais de plaisance dit la Veneria ; Louis Vanvitelli, d'origine hollandaise, né à Rome en 1700, mort en 1773; il éleva un arc de triomphe à Ancône en l'honneur de Clément \ll, le palais royal de Caserte en 1752, l'aqueduc Ponte Maddaloni non loin de cette ville, l'église de l'Annunziata à Naples; il fit aussi des restaurations à Santa Maria degli Angeli à Rome; Joseph Picrmarini bâtil en 1778 le grand théâtre de