‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 53 sur 309 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DEPUIS L'ANNÉE 69 JUSOu'a L'aNNÉE 191 DE L'ÈRE VlILGAtRr. DEPUIS VITELLIUS JUSgU'A PERTINAX. LES FLAVIENb ET LES ANTONINS.

Depuis le règne pacifique d'Auguste (l'an 31 avant l'ère vulgaire jusqu'à l'an H après cette ère), il n'y eut pour les arts aucune époque aussi heureuse que celle qui connnençia avec l'empereur Nerva et qui se prolongea jusqu'à Commode (depuis l'année 96 à l'année 180).- L'empereur Coccéius Nerva déjà âgé, régna trop peu de temps pour pouvoir laisser à la postérité de grands monuments d'architecture : il lit achever cependant le magnifique forum Palladium ou Transitorium, conmiencé par Domitien, et lui donna son nom.

Les empereurs Trajan et Adrien semblent avoir été des protecteurs plus magnifiques des arts que les Flaviens eux-mêmes. Ils élevèrent ime quantité prodigieuse de monuments, et ils rappelèrent à la vie les beaux-arts presque anéantis à Rome. Incapables, à la vérité, d'affranchir l'architecture des défauts qu'elle montrait et qui augmentèrent même en nombre et en caractère sous ces deux règnes , ces grands hommes relevèrent néanmoins l'art de bâtir et le maintinrent à une certaine hauteur pendant quelque temps. L'architecture, dans ses détails, dégénéra en minuties, mais son ensemble offrait cependant un aspect imposant. Trajan établit à Rome un forum; il agrandit, en l'année 99, le grand cirque; il bâtit des thermes, un odéon dont Apollodore, né à Damas, fut l'architecte ; une basilique nommée, d'après le nom de famille de l'empereur, Basilica Ulpia, des bibliothèques, et enfin la fameuse colonne Trajane, en l'année 113. Cette colonne a W"13 d'élévation; à sa base, le fût a S^ô? de diamètre.

et sous le chapiteau, 3"" 24; elle est composée d'assises cylindriques m marbre blanc ; l'escalier a 184 marches à l'intérieur, et est éclairé par Z|3 petites fenêtres. La largeur du bas-relief qui entoure le fût en spirale devient plus forte à mesure qu'elle s'élève, ce qui semble diminuer sa hauteur réelle. Sur son sommet était placée la statue de l'empereur. En 1588, Sixte V fit poser sur cette colonne, après l'avoir fait restaurer par Fontana, la statue de saint Pierre, modelée par Thomas délia Porta et fondue en bronze par Torresani.

IS s 3 là m Q B

'.MT. — Basilique Ulpia h lîomc.

A. Kntroc principale, lî. Entrée côté de la rue.

C Colonne Trajniie.

DD. Bibliothbqnc grecque et latine, E, Tribune des juges.

Après l'année 104, ïi'njan jeta sur le Danube le grand pont qui se composait de vingt |)iles a\ant plus de 48 mètres d'élévation sans les fondations cl 10 mètres de largeur. L'espace entre les piles réunies entre elles par de grands arcs était de 55 mètres. A Rome, le sénat fit élever un arc de iiioinphe à Trajan. Bénévent et Ancône siii-

MONUMENTS D'AU ni EN. G/|9

viren( l'e\pni])lc ilo la cajjilak'. La corrospondanco de rpiiipproiir avec Pline le Jeune, si pleine d'intérêt, prouve les connaissances de ce prince et l'intérêt cju'il prenait aux monuments élevés dans les provinces. A Prusa, en Bithynic, il éleva des thermes, à Nicée un théâtre et un gymnase, à Claudiopolis des bains, à Éphèse un gyumase, un aqueduc à Nicomédie, ainsi qu'un forum nouveau, à Sinope un autre aqueduc; dans la ville d'Amatrie il fit construire une voûte au dessus d'une fontaine , et à Mcomédie enfin il établit une communication entre un lac et la mer. C'est sous l'empereur Trajan que Pline fit construire le temple des Empereurs à Tifornium , son Tuscum et son Laurentium.

Le disciple de Plularqiie, Adrien, ne se contentait pas d'être un grand amateur des beaux-arts : il les regardait non-seulement comme indispensables pour donner de l'éclat à son règne, mais il les pratiquait lui-même, il avait un vif amour pour l'architecture. 11 ne fut cependant pas maître d'étouffer sa jalousie contre Apollodore, qui avait élevé les plus beaux monuments sous Trajan, et qu'il fit exiler de la cour. Dans la suite cependant il envoya à cet architecte les projets qu'il avait faits du double temple de \'énus et de Rome, afin d'avoir son opinion sur ces dessins. Apollodore ne put donner sa sanction entière aux projets de l'empereur, et on dit que le monarque outré fit tuer plus tard l'artiste consciencieux et sincère'. Adrien éleva un temple en l'honneur de Trajan, un autre consacré à la Dca bona, et un athénée. Il restaura en outre beaucoup de monuments anciens. Mais le plus grand ouvrage de cet empereur est le tombeau qu'il éleva pour lui-même, ainsi que le pont sur le Tibre qui y conduisait. Sur un soubassement carré s'élève une énorme construction cylindrique de plus de 63 mètres de diamètre. Les Gotlis endommagèrent considérablement ce mausolée. Au w" siècle Crescentius s'y réfugia; il en fut chassé par l'empereur Othon III. Au xiv" siècle, Boaiface IX le fit transformer en forteresse, sur les projets de Nicolo di Pietro Aretino. En l'année 593, ce monument avait déjà i-eçu, sous Grégoire le Grand, le nom de Castrum Sancti Angeli qu'il a conservé encore aujourd'hui. Vers la fin du xv siècle, Alexandre VI y fit construire la tour carrée qui surmonte le donjon, ainsi que la galerie couverte qui unit ce château fort au palais du Vatican. L'historien Spartien fait une longue énumération des monuments élevés par Adrien : à Tibur,

1. Dion CassiiiSj t. i.xiii, cli. in-i\'. — .F.lius Spartianiis, Vie d'A'hifn.

il bâtit' une villa dans laquelle il imita tous les édifices grecs et égyptietis; on y voyait un lycée, une académie, un prytanée, un canopus, un pœcile, un labyrinthe, etc. Tout cela se trouve aujourd'hui sur une superficie de ruines de 7 milles ou 1 myriamètre. Comme bienfaiteur des villes grecques, Adrien fit terminer le temple de Jupiter Olympien à Athènes-. A Mégare il éleva un temple à Apollon, à Corinlhe des bains et un aqueduc, à Mantinée un temple à Antinous, et en son honneur une salle magnifique dans le gymnase.

Sous Antonin le Pieux, l'architecture continua l'essor heureux qu'elle avait pris sous les deux princes précédents. Le règne de cet empereur est un des plus calmes et des plus pacifiques que Rome eut sous l'empire. 11 suivit le style en usage sous ses prédécesseurs, mais l'exécution des monuments fut négligée de plus en plus. On voit paraître sous son règne une certaine dureté dans la manière de traiter les ornements, qui se manifeste également dans les monnaies de son temps. Antonin restaura beaucoup de monuments de ses prédécesseurs ; il éleva un temple en l'honneur d'Adrien, un autre à sa femme Faustine : c'est un temple d'ordre corinthien, prostyle, hexastyle, ayant encore à chaque extrémité du portique deux autres colonnes, ces dix colonnes réunies formant le portique", qui seul s'est conservé et qu'on voit contre l'église de San Lorenzo in Miranda : la corniche mérite surtout l'attention de l'artiste. Il existe encore huit colonnes en marbre blanc du temple que le sénat érigea à Antonin après sa mort; elles sont corinthiennes et cannelées, leur hauteur, y compris la base et le chapiteau, est de 10 diamètres; leur base est attique. Antonin bâtit une villa à Lanuvium (aujourd'hui Cività Lavinia), à Lorium, sur la via Aurélia, à 12 milles de Rome; et, sur le chemin de Cività Vecchia, il éleva un palais. Jules Capitolin, un des six écrivains de l'Histoire Auguste, énumère les monuments élevés par Antonin'.

Le règne de Marc-Aurèle n'est point riche en monuments, quoique ce prince fût un grand restaurateur des arts et des sciences. Sous

1. P. Ligorio et F. C'ontini, Pianta delta t<iUa TiburI, lii Adriano. Ronia, 1751, in-f'.

2. Pausanias, 1. i, eli. xviii. — Dion Cassius, 1. I.xix, ch. xvi. — Spartien, Vie d'Adrien, cli. xiii. — Philostrates, Vies des Sophistes, 1. 1, p. 532.

3. Desgodets, ch. vjii. — S. î. iEcinUc^, Sticfc ukc Sicm. Dresde. 1782-1786, 3 vol. iii-4», vol. II, p. 46.

4. J. Capitolin, traduit en fran(;ais par T. liaudemcnt. Paris, 1845, 1 vol. in-8.

REGNE DE M A RC-AII RELE.

Gf)!

cet empereur et sous son prédécesseur, fut élevé le grand lenipliî de Baal à Héliopolis (Baalbeck) en Syrie; périptèrc décastyle, de 91 mètres de longueur sur 50™ 35 de largeur'. 11 y avait à Héliopolis un autre temple de la même époque, mais plus petit, périplrre, hexastylo; au dessus du naos s'élevait le thnlamos, le clHinir, sorte de tliolus, ou dôme extraordinaire. A Thadmor, fondée par Salomon, nommée par les Grecs Palmyre, aujourd'hui Tadmor, il y avait un grand temple d'Hélios (Baal), situé dans la partie orientale de la ville. 11 était octastyle, pseudodiptère, avec quinze colonnes sur ses faces longitudinales, 60 mètres de longueur sur 31" 50 de largeur. A l'est il existait un autre temple moins grand, prostyle, hexastyle '-.

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