MONUMENTS AU DEHORS DE NINIVE
On a découvert à Arban, sur le Khabour, au sud-ouest de Mossoul, des taureaux ailés à tête humaine, mais de petite dimension. Le dessin et l'exécution, dit M. Layard', en sont hardis et anguleux, et d'un sentiment archaïque qui fait pressentir une haute antiquité. Ils ont avec les sculptures plus élégamment terminées et plus ornementées de Nimroud le rapport qui existe entre les plus anciens vestiges de l'art grec et les monuments exquis de Phidias et de Praxitèles. 11 y a lieu de croire que ces sculptures ont appartenu au palais d'un roi dont le nom n'a encore été découvert sur aucun autre édifice. On a trouvé aussi à Arban un beau lion, d'un style animé et grandiose^. M. Layard pense que les sculptures d' Arban sont plus anciennes que toutes celles trouvées jusqu'à présent en Assyrie. Arban est peut-être l'emplacement d'une ville qui était située sur la route des grandes caravanes de l'Inde en Asie Mineure, dont l'existence était antérieure à Ninive.
Au nord-est de Khorsabad, on a découvert les sculptures les plus importantes de l'Assyrie : celles de Bavian sur le Gomel, qui sont tai lées dans le roc^ et du temps de Sanacharib. Dans les inscriptions qui les accompagnent, il est question des grands travaux hydrauliques entrepris par Sanacharib, de sa conquête de Babylone, ainsi que de la reprise des images des Jieux d'Assyrie enlevées quatre cent dixhuit ans auparavant par un roi de la Mésopotamie. Sanacharib remit ces
1. Discoveries in the Ruinsof Nineveh and Babylon, 1853, p. 266.
2. Id. \a. pgure, p. 278. Les taureaux ailés, figures, p. 276, 284.
3. Voy. Monuments of Nineveh^ par Layard, 2" série, 1853, pi. 51.
images à leur place. La nature et le nombre des monuments de Bavian font présumer que là était un lieu sacré, destiné à des cérémonies religieuses et à des sacrifices nationaux. Il se trouve encore des vestiges d'une digue-chaussée à travers la plaine qui conduisait de Bavian à Ninive, en passant au nord-est du Djébel-Makloub.
L'Architecture d'un peuple quelconque est en partie déterminée par la nature des matériaux qu'offre le pays qu'il habite et du ])ut donné aux monuments qu'il élève. L'Assyrie était presque entièrement un sol d'alluvion, arrosé par l'Euphrate et le Tigre. C'est sur les rives de ces deux fleuves qui fertilisaient le pays et qui facilitaient les communications entre les provinces éloignées les unes des autres, que les Assyriens fondèrent leurs cités primitives. Ils trouvèrent dans toutes les directions de vastes plaines non interrompues par la moindre éminence, et ces plaines s'étendaient jusqu'au pied des montagnes d'Arménie au nord. Pour bâtir leurs demeures et asseoir les habitations de leurs sujets, les chefs assyriens élevèrent des monticules artificiels : telle est l'origine de ces vastes terrasses dominant les plaines de l'Assyrie et qui ont défié le temps et la main destructrice des hommes, et surtout des Arabes. Bérose, cité par Eusèbe, dit que les fondateurs des villes d'Assyrie, Xisuthros et ses successeurs, venaient de l'Arménie, c'est-à-dire du nord. La contrée, située entre le Tigre et le grand Zab, offrait un site tel que le demandait l'établissement d'une ville destinée à devenir la capitale de l'Asie occidentale.
Dans cette contrée , dénuée de pierre et de granit , on faisait des briques avec de la terre, on y mêlait de la paille hachée pour leur donner plus de consistance et de solidité, puis on les cuisait au soleil. Ces matériaux primitifs sont encore employés aujourd'hui dans les mêmes régions.
Les murs existants des palais de ÎNinive sont bâtis en briques séchées au soleil: ils ont de 1'" 50 à h"^ 60 d'épaisseur. Afin de retracer les exploits des rois ou la figure des divinités, les Assyriens se servaient de dalles ou de panneaux d'albâtre, ou de gypse, matières qu'offraient aussi bien les plaines de la Mésopotamie que celles qui sont situées entre le Tigre et les montagnes du nord. Ces panneaux, plus hauts que longs, revêtaient les murs. On avait soin de graver sur le dos, c'est-à-dire sur la face appliquée contre le mur, une inscription contenant le nom, le titre et la généalogie du prince qui entreprenait l'édification du monument. Ces dalles, ou panneaux, étaient