‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 51 sur 298 · Sarcophage de Mykéiinos, 3e Pyramide de Gizeh · texte numérisé non relu

Sarcophage de Mykéiinos, 3e Pyramide de Gizeh

série d'années de pratique. Ce qui étonne surtout, c'est comment ces blocs immenses de pierre et de granit ont pu être transportés, posés et montés. Vers l'époque de la construction de ces pyramides , la puissance des rois d'Egypte s'étendait même au delà de la vallée du Nil ; les mines de cuivre de Ouady-Magara, dans la péninsule du Sinaï, étaient déjà exploitées : on y retrouve des hiéroglyphes du roi Choufou et un monument où il est représenté faisant décapiter des ennemis.

Vers ce temps (/|,900 ans avant l'ère vulgaire), Memphis fut habitée par les rois , afin de pouvoir résister plus efficacement aux attaques et aux incursions des .Arabes, qui convoitaient toujours les richesses de la vallée du JNil.

Maintenant que nous avons tracé la description des pyramides et

mis sous les yeux du lecteur les vues, plans, coupes et détails de ces monuments remarquables, nous allons en déduire la signification, en nous aidant de la théologie égyptienne et de l'histoire du peuple le plus anciennement civilisé de la terre.

Les pyramides sont des monuments très-anciens, mais non primitifs, dans l'acception imparfaite donnée à ce mot : ils sont primitifs, dans le sens que l'Egypte n'en possède pas qui leur soient antérieurs. 11 ne faut pas croire que ces immenses constructions ne manifestent rien de supérieur en fait d'art et de science : on s'aperçoit du contraire en les étudiant avec attention, et on voit facilement que leur conception, leur symbolisme, ainsi que leur exécution, supposent une civilisation ancienne et très-avancée. Beaucoup d'égyptophiles ne font hommage qu'à la xviii^ dynastie de la naissance réelle de l'art égyptien; le mot de renaissance serait plus exact et plus vrai. Cette renaissance devait naturellement s'opérer après l'expulsion des Hyksos, de ces Sémites barbares, ennemis du travail, des sciences et des arts. Les hypogées de Météharra , de la vi^ dynastie , et ceux de Beni- Hassan, de la xn", prouvent surabondamment, par leurs élégants piliers et leurs gracieuses colonnes à faisceau, qu'à ces époques reculées l'Architecture était déjà entrée dans un développement sur])renant. Or, les pyramides, et surtout celles de Memphis, dans leur genre, prouvent de leur côté un développement tout aussi avancé dès leur édification.

Toutes les pyramides d'Egypte sont situées sur la rive gauche ou occidentale du INil : il n'y en a pas une seule sur la rive opposée. Tous les obélisques égyptiens, au contraire, sont érigés, par couples, sur la rive droite ou orientale du fleuve ; on n'en trouve pas un seul de l'autre côté du Nil. La situation topographique de ces deux sortes de monuments n'est assurément pas fortuite; elle est raisonnée, elle a un but. Nous partageons l'opinion que nous a exprimée M. Prisse : les obélisques sont consacrés au soleil, le représentant du principe actif, mâle ou générateur ' ; ils saluaient son lever sur la rive orientale du Nil. Les pyramides, de leur côté, représentaient le principe passif ou femelle : elles sont situées sur la rive occidentale du fleuve, où s'abaisse et se couche le soleil au déclin du jour, quand cessent ses rayons vivificateurs. Alors aussi la terre, cette grande et bonne mère,

1. Pline, Hist. nat., l. xxxvi, ch. XV, rapporte que le fils de Sesosis consacra un obélisque au soleil.

se repose pour puiser de nouvelles forces clans le sommeil qui enveloppe la nature pendant l'absence du soleil, le père. Les deux genres de monuments en question étaient donc destinés à représenter et à enseigner ce travail du soleil et de la terre, travail réel de la nature établi par Dieu, prouvé par la science des Égj^ptiens, et retrouvé, expliqué et démontré de nouveau par les découvertes de la science moderne, mais ignoré par les races sémitiques et par le moyen âge.

Le symbolisme des pyramides est profond et significatif; il révèle la science des Égyptiens et son application à leur théologie qui les éleva au monothéisme le plus pur, le plus vrai et le plus ancien, et qui prouve en outre qu'ils étaient en possession de la connaissance de la synthèse de l'univers.

Dans les pages qui vont suivre sur la signification des pyramides, il n'y a point d'idéologie, nous laisserons parler ces monuments euxmêmes : ce sont leurs surfaces , leur solide et leurs proportions qui révéleront leur signification et leur but. C'est le moyen le plus sur d'arriver à la vérité ; procéder autrement, ce n'est qu'échafauder de vaines hypothèses ou de spécieux systèmes.

La forme de la pyramide n'est point non plus accidentelle ni arbitraire. Sa base est un carré, ses côtés sont des triangles. La loi des nombres enseigne que la progression triple donne la loi des voix, des sons, de la conception des êtres et de la production des espèces; — que la progression double et quadruple donne l'argile, les matrices, les formes plastiques et les corps. Les nombres donnent donc les éléments de toute production, et ils en déterminent la proportion et l'harmonie.

Les représentants de ces progressions sont le triangle et le carré, qui se rencontrent effectivement dans la pyramide d'Egypte. Si la pyramide devait représenter la fonction de la femelle, figurer le moule de toute production, aucune autre forme que celle de sa base horizontale, le carré, ne répondait mieux à ce but. Le carré représentait donc la terre, la matière, la mère destinée à recevoir les effets du soleil, le père; car le carré est 2 x 2; c'est le double ajouté à luimême, et la femelle, qui représente la nature, est double et symbolisée ou rendue par le nombre deux : ce carré est une surface et une surface horizontale , sans hauteur, tandis que le triangle , qui s'élève sur la base carrée, est représenté par le nombre impair trois, qui symbolise ou exprime le principe mâle ou positif; il est impair, parce qu'il contient l'unité, principe de toutes choses, ou l'esprit.

ajouté à deux ou au double. C'est pour cela que le principe positif ou le principe mâle est multiple et maître; c'est en lui qu'est l'autorité, parce qu'il ne s'absorbe point dans la production qu'il émet et ne reçoit pas. C'est le contraire de la femelle, qui reçoit et ne donne pas, ce qui la rend dépendante et subordonnée.

Au-dessus du carré horizontal de la base des pyramides s'élèvent quatre triangles isocèles*, réunis à leur sommet sur un seul et même point. C'est identiquement le même couronnement que celui des obélisques. Le soleil levant pouvait éclairer les trois faces sud , est et nord; dans la journée, il éclairait également la face occidentale : à un certain moment de l'année et de la journée, il pouvait même éclairer les quatre faces simultanément. La pyramide est le corps solide le plus apte à être entièrement enveloppé à la l'ois par les rayons vivificateurs du soleil sans y laisser une seule ombre. C'est aussi l'effet que subit la terre, qui, elle, comme sphère, image de l'architecture divine, et devant se mouvoir, tourne sur son axe pour laisser alternativement échauffer ses lianes.

Nous avons indiqué quatre triangles isocèles, car les quatre triangles de la grande pyramide de Gizeh, dite de Chéops, que nous prenons pour exemple, sont effectivement de cette espèce et non équilatèraux. L'emploi de cette apparence n'est assurément point due au hasard ni au caprice; il avait un but, car la base est à la hauteur oblique comme quatre est à cinq, et la base est à la hauteur verticale de la grande pyramide de Chéops, comme huit est à cinq, nombres sacrés et harmonieux, Voctave et la quinte.

Mais il y a encore un autre symbolisme dans la forme de la pyramide. Elle représente la divinité comme l'unité primitive, le grand Tout, se décomposant dans le quaternaire des éléments, qui, absorbant l'idée du Tout, retourne au sein de l'unité. Ces quatre éléments étaient : la terre, l'eau, le feu et l'air. Vue d'en haut, la pyramide, de son sommet, s'étend de quatre côtés en partant de l'unité, et vue du bas, les quatre faces vont se perdre dans l'unité à son sommet. La pyramide à quatre faces (il n'en existe pas d'autres en Egypte), représente non-seulement le grand et auguste procédé de la vie de la divinité et de l'univers, mais en même temps la manière de procéder de toute naissance et de tout anéantissement des divers êtres isolé-

1. Ils ne sont nullement équilatéraux, comme le dit M. Fergusson, Hisl. de l Architecture, t. I, p. 218.

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incnl , dont la ronmih! égyptienne était : concentration du quaiiTiiairc dans l'unité, et expansion de l'unité dans le quaternaire'.

Il y a donc, dans la combinaison d(>s proportions de ces monuments, luie hai'monie musicale empruntée à la synthèse ou aux lois de synthèse du monde, proportions et harmonie qu'on ne peut nier, puisqu'elles s'expliquent par les nombres que nous venons de rapporter. Dans une civilisation ordonnée et réglée par les lois qui sont le résultat de la connaissance et de l'observation des phénomènes naturels du monde , toutes choses sont disposées et réglées selon ces phénomènes et les rapports plus ou moins directs qu'ils ont entre eux. 11 en était essentiellement ainsi dans l'anliciuité, et surtout en Egypte. On y voit dans l'ordre social une hai'monie, une homogénéité, un ensemble proportionné et imité du rapport de nombres, des proportions géométriques que la vraie science trouve dans la nature entière. Il est curieux de découvrir chaque jour dans les pyramides, dans les formes que ces monuments affectent, des divisions, des proportions et des mesures qui sont tout à fait harmoniques ou musicales, chose qu'on n'avait pas soupçonnée pendant longtemps. Ces édifices étaient consacrés au culte religieux et à la science; ils étaient conçus par des sacerdotes possesseurs et conservateurs de la théologie la plus savante et la plus auguste, la mère de toutes les religions des peuples arians de l'occident. Tout ce qui ne choque pas la raison dans les religions sémitiques est un emprunt fait à la théologie savante et pratique des Égyptiens.

Rapprochons maintenant les proportions de la pyramide et ses mesures en mètres d'un passage remarquable d'un auteur ancien , dont on n'a su tirer aucun parti. Dans le traité sur Isis et Osins-, Plutarque dit que les Égyptiens se sont représenté la nature de l'univers sous la figure du plus beau triangle. Le côté perpendiculaire de ce triangle aurait été de trois parties, la base de quatre et l'hypoténuse de cinq. Le carré élevé sur le côté vertical sera égal à neuf, dit-il, celui sur la base à seize ; neuf et seize font vingt-cinq.- Le carré élevé sur l'hypoténuse (de cinq parties) sera égal à vingt-cinq. Par consé-

1. Ang. Gladiseh, Emiwdokles et les Egyptiens, Leipzig, 1858, in-S" (en allemand.)

2. Cli. 56. — UsiriS;, époux d'Isis, pratique l'agriculture dans l'ile Taurique. Eustacli. adDionys., 307. — " Écoute moi, toi qui de la courbe immense et éternelle que tu décris autour des sphères célestes, lances obliquement tes rayons , brillant Jupiter, Dionysos, père de la mer, père de la terre, soleil auteur du monde, tout aux mille couleurs, astre à la lumière dorée. « Vers d'Orphée, Macrobe, Saturn., 1. i, eh. xxiii.

quent, le carré élevé sur l'hypoténuse sera, égal à la somme des carrés élevés sur les deux autres côtés, a On peut comparer la ligne verticale, continue Plutarque, a.u principe mâle, la ligne horizontale au principe femelle, et l'hypoténuse à Veffet ou le fruit de l'un et de l'autre, — Osiris comme l'oiigine, Isis comme la conception, et Horus comme la naissance. Car trois est le premier nomhre impair et parfait ; le quatre est le carré du côté pair deux ; le cinq résulte de l'un et de l'autre; il procède du père et de la mère, parce que ce nombre est composé du nombre trois et du nombre deux. Enfin le carré du nombre cinq produit un nombre égal (25) à celui des lettres égyptiennes. » Voilà ce que dit Plutarque.

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