L'ouvrage dont nous parlons a pour titre
Architecture franroisc ou recueil des plans, élévations, coupes et profils des églises, maisons royales, palais, hôtels et édifices les plus considérables de Pai'is, ainsi que les châteaux et maisons de plaisance situés aux environs de cette ville, ou en d'autres endroits de la France, bâtis par les plus célèbres architectes et mesui'és exactement sur les lieux. Avec la description de ces édifices
Nous pensons qu'il n'est pas sans qucl({ue utilité de reproduire les préceptes sur la composition architecturale des façades que J.-F. Blondel a publiés dans son Coins crarddtecture civile. On y trouvera des observations qui peuvent encore de nos jours guider les jeunes architectes dans la composition des bâtiments divers c{u'ils seront appelés à élever plus tard dans l'exercice de leur profession. A la vérité, les temps sont changés depuis cent ans : mais il existe certains principes qui ne vieillissent pas.
Voici les préceptes de J.-F. Blondel :
« Les hôtels sont des bâtiments élevés dans les villes capitales, et oîi les grands seigneurs font habituellement leur résidence : le caractère de leur décoration exige une beauté assortie à la naissance des personnes titrées qui doivent les habiter. De la diversité des rangs et de la dignité des sujets du prince doivent naître nécessairement les différents caractères qu'il convient de donner à chacun de ces édifices. Le rang du propriétaire est donc la source où l'architecte doit puiser le genre de sa décoration. Par exemple, la résidence destinée à l'un des héritiers du trône, celle d'un premier ministre, celle d'un chancelier de France, peuvent s'annoncer difteremment; elles doivent comporter un certain degré de magnificence, qui, comparé avec les décorations de la demeure des lieutenants généraux, des dignitaires ecclésiastiques et des présidents en cour souveraine, doit offrir aux yeux des étrangers et des citoyens l'image des différents ordres d'un État policé.
Les premières de ces habitations doivent tenir de la dignité des palais de la deuxième classe, et les deuxièmes être moins somptueuses. On doit remarquer dans la disposition générale de celles-là à peu près le caractère que nous avons désigné pour la demeure des souverains; dans celles-ci un style plus simple, mais toujours noble, toujours intéressant. Lorsqu'il s'agira de la demeure d'un des chefs des armées du prince, on devra affecter, dans les dehors, un caractère
et des dissertations utiles et iitléressantes sur chaque espèce de bâtiment. Par Jacques-François Blondel. Paris, 1752 à 1756, 4 volumes in-folio.
J.-F. Blondel était né en 1705, il est mort en 1774. Cet architecte a encore publié en 1771 un Cours d'architecture civile, en 9 volumes in-8°, qui mérite d'être consulté. Il avait été choisi pour écrire l'article Architecture dans V Encyclopédie.
Quant aux monuments du seizième siècle, du Cerceau nous en a conservé bon nombre dans son inestimable livre : Les plus excellens bastimens de France, en deux volumes, le premier de 1576, le second de 1579. In-folio.
martial, indiqué par des corps rectilignes, par des pleins égaux aux vides, et par une ordonnance qui, puisée dans l'ordre dorique, rapjDelle au spectateur la valeur du héros qui doit l'habiter. Pour la demeure du prélat, on peut faire choix de l'ordre ionique qui, moins sévère que le dorique, n'en annonce pas moins la décence qui doit présider dans la demeure des principaux ministres de l'Église. Enfin pour l'habitation d'un premier magistrat, on pourrait saisir, dans l'ordonnance composite, sa double application, moyenne et délicate, assez jaropre, selon nous, à indiquer les différentes fonctions relatives à ce genre de dignité. Ce n'est pas que l'ordre dorique ne puisse convenir également à ces diverses habitations; mais indépendamment que l'architecte est obligé de varier ses productions, il faut aussi que l'esprit de convenance se trouve assorti aux différents motifs qui lui font mettre la main à l'œuvre. Il convient surtout, dans ces derniers hôtels, qu'il se garde d'imiter l'opulence fastueuse, qui n'est admissible que dans les palais des rois : l'intérieur des appartements des hôtels dont nous parlons devant être moins vaste, la hauteur de leurs planchers doit nécessairement aussi produire dans les dehors beaucoup moins d'élévation ; il suit de là que, si l'on voulait, pour éviter une architecture d'un trop petit module, qui distinguerait chaque étage, employer un ordre colossal qui en embrasserait plusieurs, on risquerait peut-être de faire parade de l'abus de l'art, au lieu de ses préceptes, par la raison que la décoration extérieure doit annoncer l'usage et la destination des dedans du bâtiment. Il faut aussi prendre garde, dans ces demeures, de faire un trop fréquent usage de la peinture, de la sculpture, de la dorure, etc., les ornements, comme nous l'avons remarqué plus haut, ne devant jamais caractériser seuls l'ordonnance des bâtiments, mais seulement embellir et symboliser l'architecture.
Passons aux bâtiments particuliers, sous le nom desquels on comprend différentes habitations élevées dans les cités, les unes pour les riches particuliers, les autres pour la résidence des négociants, et les dernières enfin, bâties pour les commerçants et où. ilstiennent leurs manufactures, leurs magasins, leurs ateliers, etc.
DES BATIMENTS A l'uSAGE DES RICHES PARTICULIERS.
La décoration des bâtiments des riclies particuliers doit avoir un caractère qui ne tienne ni de la Leauté des hôtels, ni de la simplicité qu'on doit observer dans les maisons subalternes; nous croyons c{ue les ordres d'architecture ne devraient jamais y être employés; ordinairement ils n'y occasionnent que de petites parties et ne servent qu'à faire disparaître le vrai genre de la beauté de leur aspect extérieur.
Le bâtiment de M. Janvry, rue de Varennes, faubourg Saint- Germain, celui qui fut anciennement bâti, rue des Bons-Enfants, pour M. Argenson, alors chancelier de M. le duc d'Orléans et restauré aujourd'hui avec peut-être trop de faste pour son étendue; celui que fit élever M. Perrin de Moras, près les Invalides, à présent la résidence de M. le maréchal de Biron ; enfin les hôtels de Feuquières et de Montbason, faubourg Saint-Honoré, habités actuellement par des personnes de la plus haute finance, n'ont point d'ordres dans leurs façades et ne ])assent pas moins pour de belles habitations exécutées sur les dessins des plus célèbres architectes de nos jours. Il est vrai que depuis trente ans on a employé les ordres à quantité d'autres maisons du même genre ; mais qu'on y réfléchisse, celles-ci ont-elles l'avantage sur celles-là? Et quelles sont celles qui doivent paraître le mieux assorties un motif qui les a fait ériger? Qu'on examine dans l'architecture françoise la décoration des bâtiments que nous venons d'applaudir, avec la plus grande partie de ceux que nous hésitons de citer : dans les premiers, on observera une certaine simplicité louable à beaucoup d'égards; dans les autres, on aperçoit à la vérité plusieurs petits ordres, colonnes ou pilastres de 18 ou 20 pouces de diamètre, mais qui n'offrent guère que des pénétrations, des mutilations et de trop petits objets, qu'on cherche à la vérité à éviter de nos jours : mais on tombe peut-être dans un autre excès, en employant partout les ordres et en leur donnant un air colossal qui anéantit le plus souvent le reste de l'ordonnance : excès, nous le répétons, dont on reviendra vraisemblablement, lorsqu'une fois nos jeunes architectes seront bien persuadés que le premier mérite de l'art est la convenance qu'on doit observer dans chaque espèce de production et que le seul moyen de l'appliquer à toute rigueur est
d'assigner à chaque édifice le véritable caractère qui lui convient. Nous estimons que le style le plus convenable pour la décoration extérieure des bâtiments dont nous parlons doit être puisé dans l'expression composite et, qu'une fois choisie, elle doit être communiquée à la proportion, cà la forme et à la richesse des portes, des croisées, des trumeaux, des encoignures, des écoinçons et généralement à tous les membres d'architecture, aussi bien qu'aux ornements de sculpture lorsque la nécessité le requiert, ce qui peut arriver quelquefois quoique, selon nous, il ne s'agisse pas, dans l'ordonnance de ces sortes de façades, d'employer les colonnes ou pilastres composites proprement dits, mais seulement l'expression du caractère moyen et délicat attribué à cet ordre.