‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 158 sur 367 · SA I NT-GERMAIN-D ES-PRÉS · texte numérisé non relu

SA I NT-GERMAIN-D ES-PRÉS

surtout remarquables à cause de leurs façades ornées avec une richesse extraordinaire. Notre-Dame de Poitiers offre encore le plein cintre dominant la timide ogive. 11 en est de môme au portail de l'église de Civray. L'ogive s'y voit au rez-de-chaussée, comme à Notre-Dame de Poitiers, et le plein cintre la couronne.

Parmi les plus anciens monuments de Paris, il faut ranger l'église Saint-Germain -des- Prés Comme église abbatiale, Saint-Germain n'a point de portail occidental. Ce monument a la forme de la croix : sa terminaison orientale est circulaire et autour rayonnent cinq chapelles également circulaires. Les transsepts, qui sont fort courts, datent du xnr* siècle. Les piliers de la nef sont carrés et flanqués sur chaque face d'une demi-colonne ; ils sont liés par des arcs plein cintre ornés sur l'arête d'un élégant boudin. Les chapiteaux sont encore barbares, et représentent des figures entières, des monstres et des feuillages exotiques. Cette partie est la plus ancienne de l'église, mais elle ne date pas, comme on le prétend, du temps de l'abbé Morard, qui mourut en 101 4. La nef et le clocher sont du con>mencement du xn* siècle, tout au plus de la fin du xie. Le chœur est plus moderne. La consécration de l'église n'eut lieu qu'en 1163. Dans la partie orientale on Voit tous les signes caractéristiques de l'art du règne de Louis VII, le Jeune. Les tailloirs des chapiteaux, les bases des colonnes, les moulures et les cordons sont fins et élégants. L'ornementation est gracieuse, hardie et ferme. Les fenêtres de la claire-voie sont à ogive, ainsi que la voûte du chœur. Ce qu'il y a de remarquable dans ce chœur, c'est la petite galerie du premier étage. Les colonnes ne sont point surmontées par l'ogive ou le plein cintre. Un entablement horizontal couronne les baies de cette galerie. Les colonnes du rond-point supportent des ogives, tandis que les autres arcades du chœur, vers l'occident, présentent des pleins cintres.

Là l'ogive, pense Whittington, est une conséquence de la disposition des piliers, qui sont plus rapprochés en cet endroit circulaire qu'ailleurs, où la colonnade continue en droite ligne; les arcs' qui naissent sur ces piliers, menés à une égale hauteur avec ceux à plein cintre, deviennent nécessairement aigus (à ogive), et ceci est parmi

de* monument» de la Vienne et de la Vendée. Paris, 1823. In folio. — Vue générale de Notre-Dame de Poitiera, Moyen âge pittoresque, pl. 22; Détails, pl. 35.

1. Woods, Letier$ of an Architect, t. I , p. 36. — Moyen âge pittoresque, pl. 77 Chapiteaux. — J. Bouillait, //Moire de Saint-Germain-des-Prèt. In-folio, 1724.

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une foule d'exemples, celui ou l'arc pointu a été employé par hasard et par nécessité, avant que l'usage de s'en servir ne devînt un objet de goût *. Nous répétons ici ce que nous avons dit ailleurs : le hasard n'est pour rien dans la découverte des formes employées dans l'architecture. Si les ogives du rond-point de l'église Saint-Germaindes-Prés sont nées du hasard , c'est certes un plus grand hasard encore qu'elles ne soient point nées plus tôt. Comment se fait-il que cette combinaison ne se soit pas Rencontrée un ou deux siècles auparavant? C'est le génie de l'époque qui enfante les idées nouvelles : * c'est le génie qui crée aussi l'expression de ces

idées. Nous verrons dans le chapitre suivant comment se développa plus tard le système timide de l'emploi de l'ogive au xue siècle.

Une grande partie de l'église collégiale de Poissy, près Paris, date encore de ce siècle. On y voit une tour élégante, à plein cintre, peu connue des antiquaires et des artistes. Les chapiteaux de l'intérieur de l'église sont remarquables. Les tailloirs sont compliqués et d'un goût pur. L'ajustement des feuilles est ingénieux et gracieux. La pierre y est travaillée comme la matière tendre, comme le bois, par exemple. Aux angles, des feuilles se replient sur elles-mêmes, et le dessous est évidé et à jour, ce qui produit un bel effet. C'est dans cette petite église que fut baptisé saint Louis, né le 9 septembre 1215.

Au nombre des monuments d'architecture du moyen âge qui font époque dans l'histoire de cet art, il faut ranger les constructions de Suger, entreprises à l'abbaye royale de Saint-Denis. Il commença à rebâtir le portail de l'ancienne église, auquel il établit trois portes; ensuite il éleva le porche et quelques chapelles, sans doute celles qui le touchent. En l'année 1U0, il orna d'une inscription la façade, ses entreprises étant assez avancées pour inviter Hugues, archevêque de Rouen, à venir inaugurer ses nouvelles constructions. Ensuite il entreprit la reconstruction du chevet de l'église. Au bout de trois ans et trois mois, il fut assez heureux pour terminer la crypte et la partie du monument qui s'élève au-dessus. En dernier lieu, il voulut aussi rénover la nef, afin de la faire concorder avec les parties nouvelles

1. An HistoHcal Surrey of Ihe F.rcUua$tiral ÀnUquUk* ofFranct. Londres, 1811. 2' édit. p. 110-111.

SAINT-DENIS. 867 qu'il venait d'achever. Mais il avait conservé certaines portions des

3.12. — Plan 83S. — Portail occidental de l'église de Saint-Denle,

de régllie de Salnt-Denl». prei de Pari», en 18*4.

anciens murs ; c'est ce qui explique que sous le règne de Louis IX ,

il fallut reconstruire toute cette restauration qui tombait en ruine.

Quand on compare entre eux les portails de Saint-Philibert de Tournus, de Saint-Georges de Bocherville, de l'église de la Trinité, de Saint-Étienne à Cacn et de Saint-Denis, on y remarque des progrès sensibles ainsi qu'un développement progressif du goût. Celui de Tournus, de 1019 et de 16œ 30 de largeur, représente une face lisse, sans aucune saillie, mais ornée de compartiments peu renfoncés, rectangulaires oblongs en hauteur, couronnés d'une rangée de petites arcades à plein cintre. Au portail de Saint-Étienne de Caen, de 1077 et de 29 mètres de largeur, les portes, au nombre de trois, au lieu d'une seule comme à Tournus, sont renfoncées et ornées de colonnes et d'archivoltes. A Saint-Étienne quatre contre-forts peu saillants indiquent la largeur des nefs et divisent verticalement la façade en trois parties. Il en est de même à l'église de la Trinité ou Abbaye-aux-Dames de Caen. Le portail de Saint-Georges de Bocherville, de 23 mètres de largeur, est divisé en hauteur par ses deux tours qui forment saillie. Le portail de l'église de Saint-Denis près de Paris, de 33» 50 de largeur, a quelque ressemblance avec celui de Saint-Étienne de Caen ; mais ses proportions sont plus légères, les portes sont plus larges, plus profondes et plus ornées de sculptures; enfin les masses sont mieux articulées et le plein cintre est mêlé à l'ogive. La porte centrale est à plein cintre, les deux portes, latérales sont à tiers-point; la fenêtre au-dessus de la grande porte est à plein cintre, tandis qu'elle est flanquée de chaque côté d'une arcade à ogive. Au-dessus de la porte nord-ouest du portail il y a une fenêtre à plein cintre, à gauche une arcade couronnée de même, tandis qu'à droite l'arcade est terminée par une ogive. Ailleurs on ne voit que des arcs à tierspoint à l'exception des deux petits pleins cintres de chaque côté de la rosace centrale. Les jambages des portes d'entrée se composent d'angles droits rentrants, ornés de colonnettes et surmontés au centre d'arcs à plein cintre, sur les côtés d'arcs à tiers-point à peine sensibles, formant archivoltes. Tous ces détails témoignent d'une tendance qui consistait à combiner habilement les parties verticales avec les parties curvilignes qui les surmontent.

Quant à la crypte ou église souterraine, son style avec tous ses détails se rapportent h la date qu'on leur assigne, le milieu du xue siècle. L'extérieur des chapelles du chevet est également du temps de Sugcr. Le mauvais état de la nef fit entreprendre, en 1231, à l'abbé Eudes Clément, une reconstruction de la nef et de la partie interne de l'abside;

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