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CARACTÈRE DU XIV» SIÈCLE

n'arrêtèrent point le développement intellectuel , mais qui furent un obstacle à l'édification d'un grand nombre de monuments dont l'époque sentait l'utilité.

Dès le xive siècle l'architecture ogivale déchoit , elle devient une décadence sur le style du xin* siècle. L'imagination des artistes nest plus aussi vive ni aussi fraîche; l'Architecture s'inspire mécaniquement des types posés dans le siècle précédent; elle amplifie les règles appliquées auparavant, pousse leurs principes à l'excès et fait déjà plutôt de l'érudition que de l'art. La finesse des détails antérieurs dégénère en maigreur, et beaucoup de monuments du xive siècle semblent élevés en partie en fil de fer. Aux circonstances d'empêchement amenées par les guerres et les tourmentes politiques, il faut faire remarquer que le xme siècle avait vu s'élever en tous pays une trèsgrande quantité d'édifices, tant religieux que civils. Les architectes du xiv6 siècle eurent donc un champ moins vaste que leurs prédécesseurs du xme.

Ce fut encore au xive siècle que s'élevèrent avec l'Orient les guerres qui avaient pour but le commerce dont l'Occident voulait avoir le monopole. La première de ces guerres fut commencée par Venise ; les rois d'Aragon et Venise guerroient contre Gênes-, enfin une troisième guerre, de 1378 à 1381, eut lieu où les Génois furent obligés de se soumettre aux Visconti. Ces guerres avec leurs résultats stimulèrent le génie du commerce de toutes les nations de l'Occident.

A mesure que nous avançons dans notre travail, notre tâche devient plus facile. Le système d'architecture suivi dans les xiv* et xv* siècles est le développement et la décadence des principes établis au xuie siècle, avec des changements et des modifications qu'on ne peut étudier d'une manière approfondie que sur les monuments euxmêmes. Mais ces modifications- et ces changements sont tellement variés et nombreux, que chaque édifice établit, pour ainsi dire, un système à lui, un exemple spécial. Lorsqu'on a étudié les églises du siècle de Louis IX , il est aisé de comprendre la différence des monuniants des deux siècles postérieurs. Au xiv* siècle les mêmes lois sont encore en vigueur. Elles reçoivent seulement une application plus variée, plus capricieuse, une richesse plus grande. A la fin de cette époque l'arbitraire arrive à s'introduire dans les formes des édifices, et, dès lors, la décadence de l'architecture à ogive commence aussi à s'établir.

Le xiv* siècle fut une époque désastreuse pour la France, une

époque de guerres et de grandes épidémies. Si les Valois aînés avaient été obligés de lutter avec les Plantagenets d'Angleterre pour la possession de fiefs considérables, les princes de la ligne cadette furent obligés, de leur côté, de défendre avec opiniâtreté jusqu'à leurs droits de succession contre les mêmes antagonistes. De là des malheurs nombreux et une lutle entre les rois de France et d'Angleterre, qui dura au delà de cent ans (de 1336 à 1669): en 1366 la funeste bataille de Crécy, en 1356 celle de Poitiers, perdues par l'incapacité militaire des rois Philippe VI et Jean, et dans lesquelles succomba la plus grande partie de la noblesse française. Avec cette noblesse de sang franc s'engloutirent les meilleures traditions sur l'ordre temporel que la bourgeoisie ne cessait de battre en brèche pour s'en saisir. Il y eut en France aussi des dissensions intestines: en 1357 une révolte considérable à Paris, qui changea presque la forme du gouvernement ; en 1358 éclata la Jacquerie, révolte des paysans, obligés de payer la rançon de la noblesse française faite prisonnière à la bataille de Poitiers ; ensuite luttes entre les grands feudataires et les princes de la maison royale de France ; enfin des épidémies qui ravagèrent l'Europe entière et sévirent particulièrement en France où les soldats licenciés en outre faisaient partout le brigandage. On voit par cet exposé succinct que le xiv' siècle était peu propre à favoriser le développement et l'extension de l'architecture ; ce n'est que pendant le dernier tiers de celte période qu'elle semble renaître.

Après une longue époque de tourmentes, Charles V dit le Sage (de 1366 à 1380 ) monta sur le trône de France. Ce prince aimait la littérature et les arts, le faste et les constructions, et ce fut lui qui agrandit et embellit le palais do Louvre. Raimond du Temple fut maître des œuvres ou premier architecte du roi. Cet artiste obtint un grade militaire : le roi le nomma son « bien-aimé sergent d'armes et maçon.'» A Paris Charles V éleva l'église des Céleslins, qui mérita une grande réputation ; il agrandit et embellit plusieurs demeures royales, qui, par leur petitesse et le peu de commodité qu'elles offraient, ne convenaient plus, depuis le progrès de l'architecture, à l'habitation des rois de France. De nouveaux châteaux s'élevèrent, entre autres Creil, la Bastille, qui fut un château fort en même temps qu'une maison de plaisance, longtemps avant de devenir prison d'État. Charles V augmenta beaucoup Vincennes, dont il termina quelques parties, telles que le donjon, à partir du troisième étage. C'était un des châteaux qui, par la pureté de l'air et par la beauté de ses bois.

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