BASILIQUES DE WESTPHAL1 E
frise lisse surmontée d'une rangée de denlicules, qui elle-même est couronnée de petites consoles, et le tout est terminé par une simple bande. Au-dessus de ce porche est une salle dont les voûtes reposent sur des piliers ayant pour imposte une corniche dans laquelle a été employée une moulure qui se rapporte à l'échiné dorique. On pense que ces restes de l'église de Corvey appartiennent aux restaurations entreprises par l'abbé Saracho vers 1075. La primitive église avait été bâtie de 873 à 885 par l'abbé Adelgar.
L'évêque Meinwerk (1009 à 1036), grand constructeur, bâtit vers 1020 la chapelle de Saint-Barthélemi à Paderborn, monument oblong d'environ \k mètres de longueur sur 11 de largeur. Dix colonnes élancées, de hmk0 d'élévation, de 0m36 de diamètre, soutiennent la couverture qui consiste, pour chaque nef, en quatre coupoles. Les chapiteaux des colonnes sont les uns cubiques, les autres corinthiens; leurs feuillages ne sont point seulement gravés, comme à Corvey, mais entièrement sculptés. Au-dessus de ces thapiteaux s'élève aussi une portion d'entablement, mais plus simple qu'à Corvey, et avec des denticules. In auteur du xive siècle rapporte, en parlant de ce monument, que Meinwerk s'aida de constructeurs grecs. Or, ces Grecs étaient .sans doute des Italiens de l'Exarchat, ou des possessions byzantines du sud de l'Italie. Cette chapelle est probablement une œuvre de l'école d'architecture de Corvey.
Il n'existe en Westphalie qu'une seule basilique à colonnes, c'est celle de Neuenheerse, près de Paderborn, élevée en l'année 1165. Les chapiteaux en sont cubiques, sans ornements; on présume que la couverture de la nef était plate et en bois; les bas côtés étaient voûtés sur des consoles. Le chœur se termine carrément ; il est élevé, et sous lui s'étend une crypte. Sur la façade occidentale s'élève une tour carrée, flanquée de deux plus petites tours circulaires, contenant des escaliers. Dans la Hesse, il y a une autre basilique à colonnes, celle de Hersfeld , inaugurée en 11M. La nef est formée de seize colonnes monolithes; à son extrémité est un transsept avec des chapelles orientales. Cet édifice a 76" 90 de longueur sur 23" 20 de largeur. Quant aux basiliques à piliers, il en existe une à Konradsdorf, formée de trois nefs sans transsept, et avec une abside circulaire centrale; elle a 21" 25 de longueur dans œuvre. Ensuite nous citerons la grande basilique d'Arnsbourg, à piliers, -voûtée, à chœur carré, comme la plupart des églises de l'ordre de Citeaux. Autour du chœur est un collatéral étroit et bas, avec abside au
nord et au sud; les voûtes de la partie orientale sont à plein cintre, tandis que celles vers l'ouest ont déjà une tendance à l'ogive. Le couvent auquel appartenait cette basilique avait été fondé en 117!». L'église conventuelle de Fischbeck, du commencement du xii* siècle, est également une basilique à piliers avec couverture horizontale. Le chœur est terminé par une abside circulaire, et au-dessous est une crypte. Sur toute la longueur de la façade de l'ouest, s'élève une construction massive en forme de tour. L'église abbatiale de l'ordre de Prémontré, à Kappenberg, fondée vers 1122, ressemble aux deux précédentes en général , seulement elle est plus simple et n'a point de tour. A celte série d'églises à piliers et à couverture plate, il faut encore joindre celle de Freckenhorst, consacrée en 1129.
Le dôme Saint -Patrocle de Soest est une basilique à piliers qui forme la transition, dans ces contrées, de la couverture plate à la voûte; il a au delà de 89 mètres de longueur, et la grande nef a llm60 de largeur. Chœur, transsepts et bas côtés sont couverts de voûtes d'arête, tandis que la nef avait primitivement un plafond plat, remplacé dans la suite par des voûtes d'arête. A l'ouest s'élève un porche grandiose soutenu par des piliers d'une conception riche. Ce porche se divise en une partie intérieure, et une autre qui forme une sorte de galerie au devant de l'église. Une tour massive et carrée s'élève sur la façade occidentale. Ce monument est de la première moitié du xu* siècle : le porche et la tour sont de la seconde moitié du même siècle. A partir du milieu du xn" siècle, le système de la voûte se répand de plus en plus en Westphalie : les monuments mêmes, qui avaient des couvertures plates en charpente , furent voûtés, ainsi que le témoignent les églises de Saint-kilian à Hôxter, la Gaukirchede Paderborn, et enfin l'église d'Erwitte. Ensuite, l'église de Brenken, près de Paderborn, est un autre exemple de l'emploi simultané de la voûte avec piliers carrés. L'église Sainte-Marie de Dortmund est remarquable par ses colonnes alternant avec des piliers ornés d une colonnetle engagée, et par les coupoles avec arcs-doubleaux à tiers point qui couvrent la nef principale. La petite église de Lûgde, dédiée à saint Kilian, longue de ùOœ 50 hors œuvre, a une nef où alternent de petites colonnes avec de gros piliers. Plus développée dans son goût et son exécution est l'église Saint-Pierre de Soest, ornée d'un porche à l'ouest et d'élégantes galeries an-dessus des bas côtés, t n fait caractérise les églises vvestphaliennes du milieu du \ne siècle : c'e^t la terminaison carrée du chœur et l'absence du transsept. Telles
MONUMENTS DE LA THURINdE. 999
sont les églises de Boke, Verne, Hôrste, Delbrûck, près de Paderborn. Mais on ne laissait pas les trois murs du chœur lisses; on les ornait de colonnettes et d'arcades, ainsi qu'on le voit aux dômes d'Osnabriïck et de Minden, de la fin du xne ou du commencement du xur5 siècle.
Pendant la dernière période du roman, il s'était introduit en YVestphalie une innovation qui consistait à construire les voûtes des nefs et des collatéraux d'égale hauteur. Telle est déjà la petite église de Derne, près de Dortmund, entièrement encore à plein cintre. Les églises du même système, mais à ogive, sont celles de Saint-Servais à Munster, Saint-Jacques de Kœsfeld, Saint-Jean de Billerbeck, etc. Quant à de grands monuments du genre, nous nommerons le dôme de Paderborn, de 100 mètres de longueur dans œuvre, avec un chœur carré, mais de plusieurs époques. Le transsept du midi est carré, tandis que celui du nord est formé de cinq côtés du dodécagone et du style ogival primitif.
Dans le midi de l'Allemagne, dans les contrées du Rhin supérieur et de la Souabe, la basilique à colonnes et à plafond plat est prédominante. Le dôme de Constance, élevé après l'année 1052, la petite église de Hirschau, commencée en 1059 et achevée en 1071, ont des colonnes avec des chapiteaux cubiques : la nef de cette dernière n'a que 6m/»5 de largeur. Les églises d'Alpirsbach (1095), de Steinbach près de Combourg, le dôme de Schaffousc, et les églises paroissiales de Brenz près de Heidenheim, de Kaurndau près de Giippingen, sont aussi des basiliques à colonnes. Au môme genre appartiennent encore les églises de Petershausen , avec un chœur carré (de 1173?), de Hagenau en Alsace, de Schvvarzach, et, dans le style ogival, celles de Crailsheim, de Weinsbcrg, d'Obcrstenfeld et de Saint-Jaajues-des- Écossais à Katisbonne, terminée en 1120, et qui a un caractère tout particulier avec des influences normandes. Les basiliques à piliers étaient moins usitées dans ces contrées. Leur série commence avec la cathédrale d'Augsbourg (de 991 à 1077); viennent ensuite les églises de Saint-Jean de Gmùnd, élevée vers 1100, de Sindelfingen, du commencement du xne siècle, de Rottweil, de Dettingcn, de Pforzheim, de Denkendorf près d'EssIingue, d'EUwangen, fondée en 1121!», de Maulbronn, grande église de l'ordre de Citeaux, avec chœur carré, fondée en 1148, terminée en 1178.
Parmi les monuments romans de la Thuringc et de la Franconie, nous citerons l'église de Saint-Jacques de Damberg, de 1110 ; l'église conventuelle de Heilsbronn, consacrée en 1136, dont la nef a 8"* 30 de largeur d'axe en axe des colonnes ; ce sont des basiliques à
colonnes, ainsi que celle de Paulincelle, fondée en 1106, dont la nef a 33m 25 de longueur sur 8" 50 de largeur, d'axe en axe des colonnes. Quant aux basiliques à piliers, nous nommerons Saint- Michel de Bamberg, consacré en 1121; la cathédrale de Wûrzbourg, consacrée en 1189, de 97" 50 de longueur dans œuvre, sans compter le porche : la nef a 12m25 de largeur. C'est à la réparation de cette cathédrale que l'évêque Embricon employa pour la première fois en Allemagne un laïque nommé Enselin , auquel il en donna la direction, et qui s'était déjà fait remarquer par la construction d'un pont. Le chœur de ce monument, peut-être dû à
l'évêque Bruno, vers 1065, est circulaire, et les piliers de la nef sont ornés d'une colonne engagée. Mais il n'y a guère de monument plus mutilé que cette cathédrale. Dans la môme ville on voit aussi l'église de Saint- Burkard, avec des colonnes alternant avec des piliers dans la nef, semblable en cela aux églises de Saxe, tandis que l'église des Écossais à Wurzbourg n'offre que des piliers massifs. L'église de Thalburgel est une élégante basilique à colonnes : nous avons déjà parlé précédemment de ces églises. L'église de Memleben, dont il n'y a que des ruines, était aussi une basilique à piliers et à plafond plat : les arcades de la nef étaient à tiers point, ce qui n'est pas surprenant, eu égard à sa date, qui est le commencement du xiir» siècle. Le dôme de Naumbourg est un monument commencé à la fin du xn* siècle, et consacré en 12&2. 11 a 96 mètres de longueur dans œuvre; la largeur de la nef est de 10 mètres. 11 forme une basilique à piliers, dont les arcades sont à tiers point. Les voûtes n'ont point de nervures saillantes; elles sont à tiers point, ainsi que les arcs-doubleaux. Ses proportions sont imposantes, et tandis qu'on voit régner l'ogive au rez-de-chaussée de la nef, le plein cintre couronne les fenêtres supérieures qui 1 éclairent. Le dôme de Naumbourg a deux chœurs (celui de l'est date du xive siècle; celui de l'ouest, à trois pans, a été élevé de 12^9 à 1272), un transsept à l'est et trois nefs. Des quatre tours qui devaient l'orner, il n'y