‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 79 sur 367 · LE PRONAOS · texte numérisé non relu

LE PRONAOS

Agnès, Saint-Néré et Achille, Saint-Martin et Sainte-Croix de Jérusalem, et Sainte-Marie in Cosmedin à Rome.

Telles étaient la forme et les dispositions des monuments antiques que l'empereur Constantin donna aux chrétiens, et qu'ils eurent à convertir en églises. Voilà les éléments païens qui entrèrent tout de suite dans les sanctuaires chrétiens.

Nous n'avons aucun document historique sur les dispositions des églises pendant les trois premiers siècles. Au ive, nous commençons à voir dans les monuments sacrés une sorte de règle et de ressem- • blance Si on cherche le motif de cette ressemblance, on le trouvera sans doute dans la division triple de la société chrétienne : 1° en prêtres, 2° en fidèles, et 3° en catéchumènes. Le chœur appartenait aux premiers, la nef aux seconds, le porche et l'atrium aux troisièmes. Ce nombre trois rappelle encore la triple disposition du temple hébreu : 1° le lieu très-saint, 2° le lieu saint, et 3° le porche et les cours.

La première partie de l'église chrétienne était le porche, le pronaos, irpo'vaoç, appelé aussi à cause de sa forme, narthex, vapÔ7i£, ferula. C'est là que s'assemblaient pendant l'office les catéchumènes et les pénitents. L'entrée de ce lieu était permise indistinctement à tout le monde. Devant le pronaos était un espace ouvert, entouré quelquefois de portiques, et qui formait une sorte de propylées. Ce lieu était appelé atrium, area, ottÔptov, aïkii. C'est là qu'étaient placés une vasque, un bassin, xprvn, tô çpéap, -h çioXyi, cantharus, destinés aux lustrations qui devaient être faites avant que d'entrer dans le sanctuaire. Les églises suivantes offrent l'exemple de porches : Saint- Laurent, Saint-Paul, Saint-Georges in Velabro, Sainte-Marie Transtévérine; avec quelques modifications, Saint-Jean-de-Latran et Sainte- Marie-Majeure; ces six églises sont à Rome. L'ancienne église Sainte-Apollinaire in classe fuori à Ravenne, la cathédrale de Parenzo en Istrie, Saint-Ambroise à Milan, et la cathédrale de Salerne. Ce n'est que dans le vi" siècle qu'on plaça dans l'atrium des fonts pour y baptiser les enfants.

Du porche on entrait par la porta speciosa1, et quelquefois par

1. « Christian! a quarto sa-culo consona quadam loge, ton» in Oriente, tum in Oecidente, sacra templa condiderunt. » A. A. Pelliccia, De ecclesia: poUiia, 1779, t. 1, p. 129.

2. Faisant allusion peut-être aux 2' et 10' versets do Ht' chapitre des Actn du Âpôlru. Ces portes étaient nommées irJXau wpcûcu.

il. I*

deux ou quatre autres portes latérales, dans l'emplacement central de l'cglise, ô vao; (navis ecclesix), destiné à l'assemblée générale des fidèles laïques et baptisés. C'est là que se faisaient la lecture de l'Évangile et la cérémonie de la communion ; quelquefois aussi on y prêchait. Dans la nef une chaire élevée (ô ap.6wv, pulpitum. ambo), était destinée aux lecteurs et aux chantres. Les hommes et les femmes étaient séparés 1 : ainsi le voulaient les lois ecclésiastiques. Les constitutions apostoliques5 ordonnaient que les hommes se • placeraient à gauche dans la galerie du sud -, les femmes, à droite dans celle du nord. Des tringles, dans les entre-colonnements des arcades de la nef, supportaient des tentures pour dérober la vue des uns aux autres. Dans l'église d'Orient, les hommes étaient en bas, au rez-de-chaussée; les femmes en haut, dans les galeries que les Grecs appelaient 'j-iteoyat.3. Dans quelques églises, les femmes étaient placées dans de hauts lieux qui se trouvaient au sud et au nord, au-dessus des nefs latérales.

A la nef et à l'orient, touchait enfin le chœur, le lieu très-saint, l'adyton, Bîijxa (aussi to ayiov, àyi'acjxa, -ri a^ura, Upaxeiov, sacrarium, sanctmrium) lieu destiné aux prêtres seuls; en Orient l'empereur y était admis*. Le chœur formait un hémicycle, au centre duquel était placé l'autel, la mensa sacra, altarc. C'était l'ancienne tribune des magistrats romains; de là notre mot de tribunal. L'autel était isolé afin qu'on pût circuler tout autour, sans doute pour se conformer au 0e verset du psaume xxvi. A l'extrémité orientale du chœur, au centre de la rangée circulaire de sièges pour les prêtres ou participants (çuvGpovoi) , on voyait la stalle ou le trône de l'évêque (Opovo;, xaôeâpa, cathedra). Aux deux côtés de l'hémicycle étaient disposées des salles ou pièces pour y pratiquer diverses cérémonies ; celles de droite s'appelaient irpoQsst;, paratorium, oblationarium, sacrarium, sccrctarium. Ces noms indiquent le lieu où on déposait les oblations et les offrandes que les diacres recevaient avant de les serrer dans la sacristie. Celles de gauche s'appelaient &taxovix,ôv *, diaconicum bematis ou diaconicum minus; c'était le lieu

1. Ainsi le prescrivaient les constitutions apostolique» (11, 57;.

Page 1