BARBARIE DANS L'ART
surfaces circulaires et curvilignes, concaves à l'intérieur* convexes à l'extérieur. Les Romains avaient commencé par priver l'architecture des anciens Grecs de tout ce qu'elle avait de rationnel et de conséquent ; mais ce fut la Grèce chrétienne qui effaça les dernières traces encore respectées par les Romains, et le même peuple qui avait créé l'architecture grecque lui porta aussi les derniers coups'. »
Lorsque dans les basiliques romaines les artistes ajoutaient des chapiteaux aux colonnes enlevées à des édifices plus anciens, ils imitaient du moins grossièrement les chapiteaux corinthiens et composites, parmi lesquels leur ouvrage devait figurer. Mais ici, soit pour s'épargner la peine de copier, soit pour se donner le mérite de l'invention, les architectes renoncèrent aux saillies hardies et aux entailles profondes des anciens ordres grecs; les nouveaux chapiteaux, quoique toujours placés sur des fûts circulaires, ne furent plus guère que des blocs carrés, effilés par le bas, de manière à s'adapter exactement aux fûts, et décorés soit de feuillages en bas-relief, soit de lignes croisées et entrelacées, ornements dont l'architecture grecque et le sol des bâtiments romains offraient déjà les rudiments, mais moins variés et moins compliqués. On voit encore des chapiteaux de cette espèce à Constantinople dans Sainte-Sophie; à Ravenne, devenue depuis la résidence des exarques grecs, dans Saint-Vital ; et à Venise, longtemps tributaire des empereurs grecs, dans Saint-Marc, et dans d'autres constructions de la même époque2. Les artistes byzantins ne suivaient pas de règles positives, ils avaient de plus un goût bizarre et fantastique; ils défigurèrent les profils, en ne leur donnant plus entre eux les proportions convenables, basées sur les mathématiques, ni les saillies voulues pour le jeu des ombres et des lumières. Ils copiaient sans science et sans s'astreindre à une fidélité scrupuleuse.
Dans les premières églises bâties par Constantin 1er, dans celle de Sainte-Sophie et dans celle des Apôtres s, nous apercevons déjà les •principaux traits caractéristiques dont nous avons parlé plus haut. On y voit la coupole et la croix grecque qui en est la conséquence. Grégoire de Nazianze, parlant des églises de Constantinople, dit: « Parmi celles-ci était la superbe église des Apôtres du Christ, qui se
1. Thomas Ilope, llûloire de r Architecture, p. 110-112 de la traduction.
3. Voyez Yllistoire ecclftia$tique de Socrates le Scholastique, 1. i, ch. xvi ; 1. H, ch. xvi, XLIU. — L'Histoire ecclétiattique de Soxoraène, 1. II, ch. îv, 26; 1. iv, 26. — VHutoire tcclésiattique do Nicéphore, 1. vm, p. 30.
Ihh LIVRE SECOND.
divise en quatre bras en forme de croix1. » Cette église surpassait toutes les autres en magnificence ; on a dû la répéter souvent dans le court espace de temps qui sépara le règne de Constantin de celui de Justinien, c'est-à-dire pendant cent quatre-vingt-dix ans, depuis 337 jusqu'à 527, durant lesquels on prétend que dix-huit cents édifices religieux furent fondés dans l'empire d'Orient *.
En 325, dans la vingtième année du règne de Constantin, la même année que commença le concile de Nicée, et pendant qu'on jetait les fondements des murs et des palais de Constantinople , on vit s'élever aussi dans le sein de la ville nouvelle le temple de la Sagesse divine, de Sainte-Sophie3. Ce monument étant devenu trop petit pour les besoins de la population de la ville, Constantius , fils de Constantin , le fit agrandir treize ans plus tard *. En hOh , sous le règne d'Arcadius, un incendie consuma cet édifice; le feu y avait été mis pendant une émeute faite par les partisans de saint Jean Chrysostome, lors de la condamnation à l'exil de ce Père de l'Église 5, Théodose le reconstruisit en Zil5. Mais un second incendie le détruisit encore en 532, dans la cinquième année du règne de Justinien, pendant la célèbre émeute des courses6. Justinien fit rebâtir Sainte-Sophie sur une échelle et avec une magnificence beaucoup plus grandes.
L'émeute des courses avait eu lieu dans le mois de janvier, et déjà le 23 de février suivant on posait la première pierre du nouveau temple 7. Au bout de sept années il fut achevé, et, au mois de décembre de l'an 538, on célébra son entier achèvement *. Mais, au bout de vingt années, la moitié orientale de la grande coupole tomba à terre. Alors Justinien, loin d'être découragé par ce nouvel accident, ne restaura que plus solidement et plus magnifiquement encore cette vaste église, qui fut inaugurée de nouveau le 2h décembre, jour de Noël de l'an 568.
Les architectes que l'empereur chargea d'ériger ce monument splendide étaient Anthémius de Tralles et Isidore de Milct 9. Les
1. Somnfum Ana»ta»ict, carmen jx, t. II, p. 79. — 2. Thomas Hope, p. 112.
3. CcnflantinefcelU unb Ut Seltorul. ôttltdj un» gcfâtdjtlid} bcfd>ricttn# von 3of. von Çammcr. 2 vol. in-8 avec planches et cartes. $cfl$, 1B22. Vol. I, p. 336 et suiv. — Théophanes, Ccdrcnus, Glycas, Taul Diacre.
4. Théophanes, Nicéphore Call., 1. ix, ch. ix. — Socrates, 1. n, ch. xvi.