ÉPOQUE GOTHIQUE. — SCULPTURE
rieur, directement desservi par un perron latéral pris sur la place {cowp., fig. 651, 712, 737). A cette hauteur, les escalades et les projectiles n'étaient plus à redouter. Aussi bien, les appartements royaux orientés au Sud- Est s éclairaient-ils sur une galerie continue et des arcades légères d'où l'on dominait la ville et la campagne. La même disposition s'observe au sommet des tours adossées et reliées au palais. En revanche, l'étage au-dessous des appartements royaux n'a que d'étroites fenêtres, et le rez-dechaussée ne prend jour que sur une cour intérieure.
Les Portugais furent toujours d'excellents ingénieurs. Quelques beaux ouvrages en témoignent : tels sont le pont ogival de Batalha et les immenses aqueducs da Armoreira d'Elvas et da Prata d'Evora (xvr s).
La tradition cistercienne, qui se perpétua longtemps en Portugal, ne favorisa pas le développement de la sculpture. On le reconnaît aux statues qui décorent le porche de la cathédrale d'Evora (fig. 655) et quelques très rares portails d'église.
Les tombeaux sont les premiers monuments oii se révèlent des qualités sérieuses. Le monastère de Santa Clara de Coïmbre conserve précieusement celui de Santa Isabel (femme de Dom Diniz, 1279-1335), exécuté du vivant de la reine. Le monastère d'Alcobaça en possède trois :
Fig. 664. — TiioMAR.
Tombeau de Diogo da Gama.
(Cloilre do Cemitario,fig.632).
((.liché de r auteur.)
PORTUGAL
celui de la reine Dona Brites, femme de Dom Affonso III (1248- 1279), morte en 1304 (fig. 656), et ceux de Dom Pedro T' (1367' 1 385) et de Dona Ignezde Castre (v 1 355). La sculpture portugaise de cette époque ne présente pas de morceau comparable à la statue gisante d*Ignez et aux figures d'anges agenouillés qui entourent l'infortunée princesse (fig. 657, 658).
A Batalha, Joào P (f 1434) et Philippa de Lancastre {f 1416), les fondateurs du monastère, reposent côte à côte sur un sarcophage de forme antique porté par huit lions (fig. 646). Les tombes des infants — Dom Fernando. Dom Joào. Dom Henriques. (Henri le Navigateur, duc de Vizeu, grandmaître de l'ordre du Christ.
V. fig. 682,685) et Dom Pedro — incrustées dans la muraille sont trop ravagées ou trop restaurées pour en faire état. Le beau sarcopha-
ge
de
Duarte de Menezes est justement
admiré dans le musée de Santarem.
PÉRIODE MANOUÉLINE. — A la
suite de la mort de Dom Joâo II (1481-1490) et de l'infant Dom Affonso (1491), derniers représentants de la dynastie d'Aviz, le trône était devenu vacant. On y appela Dom Manoel, duc de Vizeu, grand-maitre de l'ordre du Christ. A ce moment, le Portugal, sous l'impulsion d'Henri le Navigateur (1392- 1460), avait conquis Madère (1419), les Açores (1432), la Guinée (1483). Angola et le Benguela(1486). Des 1501, il s'emparait du Brésil, et de 1 509
Fig. 665. — Thomar.
CONVENTO DE ChRISTO. RoSACE
ET FENÊTRE. (Cliché de iauleiir.)
Fig. 660. — Batalha.
Chapelles Impariaites.
Porte.
(('Aichr dn \'icoiiilc de Coiidcixa.)
PERIODE MANOUÉLINE. - ARCHITECTURE
FiG. ÔÔ7. — Lisbonne.
Église da Conceiçâo Velha.
(Cliché Ojfficinas photog-raphicas.)
à 1513, il poursuivait aux Indes et en Afrique le cours vertigineux de ses succès. C'est durant cette période d'ebullition et d'opulence que se développa un style singulier, enchevêtré mais national et caractéristique : le style manouélin {arte manoelina, pron. manouélina).
Que n'a-t-il pas été dit au sujet de l'origine du style manouélin ?
On l'a cherchée dans des phrases de rhétorique, et on a cru la trouver aux Indes. La vérité paraît plus simple. Le style manouélin serait une hypertrophie des styles gothiques, mudéjar et platéresque du dernier tiers du XV^ s. déterminée par l'afflux trop rapide de l'or (sup. ; Guadalajara, palais des ducs de l'Infantado (fig. 336) ; — Barcelone, — porte intérieure et fenêtres de l'Audiencia (fig. 308) ; — Tolède, — porte et arcades du cloître de San Juan de los Reyes (fig. 301), porte du cloître de la cathédrale (fig. 291) ; — Valladolid, — San Pablo (fig.
434) et collège San Gregorio (p. 229, fig. 456) ; — Salamanque, — Escuelas Minores (fig. 45 1 , 452) et casa de las Conchas (fig. 449, 450). Il est aussi une manifestation de reconnaissance envers les chevaliers du Christ, ces hardis navigateurs de qui les emblèmes et les agrès maritimes furent reproduits sur les édifices.
Les projets du monastère des hiéronymites {convento dos Jeronymos) de Belem, le plus célèbre des édifices manouélins, auraient été dressés par un architecte nommé Boutaca, et les chantiers, ouverts en 1 500. En réalité, les travaux furent
Fig. 668. — Thomar.
Sâo Joâo Baptista.
(Cliché de l'an leur.)
PORTUGAL
FiG. 669. — EVORA.
Maison de Garcia de Resende.
(Cliché de Vauteur.)
commencés dix-sept ans plus tard, et leur direction fut remise, pour l'architecture, à Joào de Castilho (Jean de Castille) et, pour la sculpture, à Nicolau Chatranez o Francéz (Nicolas Chatranais le Français).
En plan, Santa Maria de Belem se compose d'une nef avec bascôtés (92 m. de long, 22 m. 90 de large, 25 m. de haut), d'un transept peu saillant (29 mètres de long sur 1 9 de large) et d'une abside unique reconstruite au XVl^ s. La tribune ou coro alto affectée au chapitre répond à la première travée de la nef et règne au-dessus du porche de la porte axiale (fîg. 659). Sur la façade orientée vers le Tage ((ig. 660), s'ouvrent le portail principal surmonté d'une fenêtre, deux immenses baies qui le comprennent et une rosace qui éclaire le transept, côté de l'Epître. Depuis le soubassement jusqu'à la crête, le portail est surchargé de pinacles, de culs-de-lampe, de dais et de statues. Comme à l'abbatiale d'Alcobaça, les trois nefs ont la même hauteur et sont comprises sous une même toiture. Les voûtes présentent des panneaux et des nervures multiples. Les piles octogonales de la nef et les piles en croix du transept, — un peu trop grêles pour la hauteur, — participent de la richesse excessive du portail (fîg. 661). En revanche, les doubleaux, les formerets, les nervures secondaires, les arcs des portes et des fenêtres sont
FiG. 670. — VlANNA DO CaSIELLO.
Palais des vicomtes de Carreira.
(Cliché Hicl.)