ARCHITECTURE PSEUDO-CLASSIQUE
surabondante, lourde, dorée en plein, mais au demeurant majestueuse et solennelle. C est de l'architecture française de Lebrun rnanoae7/n/5ee. Quant aux peintures ornementales, elles se tiennent dans une gamme de tons où dominent le brun rouge foncé, l'ocre jaune, le bleu tournant à l'mdigo. Les fonds sont gris bleuté et, de-ci, de-là, on aperçoit des rehauts noirs.
Les ors des sculptures donnent à cette gamme étrange une singulière force décorative.
La disposition en enfilade, usitée en France comme en Italie, parait être de règle dans les palais portugais du xviii' s.
Les escaliers se composent de volées droites, reliées par des paliers, et sont souvent privés de lanterne.
Parallèlement à l'architecture nationale où refleurit l'esprit de l'art manouélin, il existait à la même époque une architecture sans caractère, qui était comme un prolongement de 1 architecture pseudo-classique ou michelangesque . en faveur durant la domination espagnole. A Porto, l'hôpital de Santo Antonio (1769) en offre un exemple d'autant plus accusé qu'il revêt un aspect plus solennel (fig. 725). Sa longue façade se compose de pavillons ornés de colonnes doriques, raccordés par des constructions à rez-de-chaussée et premier étage. Les proportions des motifs empruntés à l'architecture classique ne sont pas mieux observées que dans les édifices du siècle précédent (sup. , p. 363, 364). Ainsi, l'entablement a une hauteur Si insuffisante que la saillie exagérée de la corniche l'accuse seule.
Quelques monuments connus se rattachent d'une manière plus ou moins directe a l'architecture pseudo-classique : le paço (palais royal) das Necessidades (fig. 726) dû a J. P. N. da Silva (I 743 a 1750,
Fig. 734. — Le Cantique des Cantiques.
Revêtement en faïence.
{Cloître de la cathédrale de Porto.)
(Cliché de F auteur.)
PORTUGAL
FiG. 735. — Lisbonm;. — Hôtel, de Ville. (Cliché lioccluni.)
règne de Joào V), le palais de Quintella (Lisbonne) qui semble projeté par un élève de Gabriel (fig. 724), la praça do Comerçio (place du Commerce) de Lisbonne où sont installés les ministères et dont les dispositions furent arrêtées par le capitaine-ingénieur E. dos Santos Carvalho après le tremblement de terre du F' Novembre 1 755, et l'arc de triomphe qui occupe, vis-à-vis du Tage, le milieu de l'un des côtés (fig. 727).
Joào V avait appelé de nombreux artistes étrangers quand il s'était agi de décorer le monastère de Mafra. Il profita de leur présence pour y fonder une école de sculpture. Le premier directeur fut Alexandre Giusti. Elle compta comme professeur un Portugais, José Almeida, qui avait fréquenté, à Rome, l'atelier de Charles Monald, et Jean Antonio de Padoue, l'auteur des statues principales de la cathédrale d'Evora et du Saint Jean Népomucène du pont d'Alcantara (1743). La réputation de ces artistes pâlit devant celle
de Joaquim Machado de Castro (Coïmbre 1731- Lisbonne 1822). A Lisbonne, le ciborium de San Vicente de Fora, la basilique d'Estrella, le palais royal d'Ajuda, la place du Commerce sont ornés de ses œuvres. Machado excella également à modeler des statuettes de terre cuite (fig. 72S) et eut dans cette branche de l'art des imitateurs ou des élèves qui la cultivèrent avec succès
f IG. 73(3. — VizEu. — Santa Casa
DA MiSERICORDIA.
(Cliché de l'an te tir.)
XVHl- SIECLE - PEINTURE
FiG. 737. — Rail Lino.
ViLi.A PRKS DK Lisbonne.
(fig. 729. 730). Tels sont Alexandre Gomez Diaz, José Silva, Bernardo Duarte et Pedro d'Alcantara da Cunha. Antonio Ferreira se spécialisa dans l'exécution de petites figures en terre cuite représentant des scènes de la vie rustique et les rendit avec autant de réalisme que de talent (fig. 731, 732). Enfin, l'on attribue de délicieux groupes d'anges (fig. 733) à un religieux trinitaire, Frey Manoel de Teixeira, l'auteur renommé des statues qui ornaient le couvent et l'église de la Trmité de Santarem. La polychromie en est très claire et rehaussée d'or. C'est joli comme du Saxe que des élèves du Bernm auraient modelé.
Vers le milieu du XVll« s., l'école de peinture portugaise se réveilla de son engourdissement. Sans parler de Sânchez Coelho, que l'Espagne revendique sous le nom de Coello et qui, d'ailleurs, appartiendrait au XVI s. finissant {sup., p. 266 et 337), le Portugal vit paraître Diego Pereira, GiosefFo de Avelar (vers 1640), Manoel Pereira (vers 1667), Bento Coelho (1680), tous peintres de talent, et Josefa Ayalla de Obidos (1634-1684), dont les Fleurs, les Fruits et les Enfants Jésus sont agréables à regarder.
Au xviii' s., Francisco Vieira de Mattos marche noblement dans les chemins ouverts par la France et l'Espagne. Domingos Antonio de Sequeira (Elvas 1 768 - Rome
1837) lui est supérieur, bien que sa peinture manque d'originalité, mais ses ru.. 738. — Rai;i. Lino.
dessins sont d'un maître. \'n i.a m-, co.mik Minai d.
PORTUGAL
Faïence. — Durant la fin du XVll'= s. et pendant le XVlir s., l'art de la faïence se modifia beaucoup. Les panneaux décoratifs composés de carreaux de 0 m. 13 à 0 m. 1 6 de côté sont à fond blanc, tandis que les sujets sont peints en bleuindigo. A Cintra, dans le Salon des Armoiries, des chasseurs en costume Louis XIV poursuivent le gibier à poil et à plumes. L'église de Vizeu possède de hauts lambris consacrés à des scènes religieuses. Sous le cloître de la cathédrale de Porto, se développe une gracieuse illustration du Cantique des Cantiques (fig. 734). Les tons brillants — indigo et blanc — de la faïence et le gris sombre des granits s'harmonisent en une gamme d'une extrême douceur. La petite église du couvent de Loyos, à Evora, est, elle aussi, habillée, sur toute la hauteur, d'un beau revêtement d'azulejos. Les compositions représentent des épisodes de la Vie de San Lourenco et sont signées \ Antonius ah Oliva fecit, 1711.
Lart