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STATUES DE LA VIERGE

FiG. 252. — Christ, [Musée de Léon.)

lycVirome locale au Xlll' s. L'enseiiible est barbare, seule fait exception la tète du Divin Supplicie, pure de ligne, résignée, empreinte d'une infinie douleur.

Comme en France, les gracieuses images de la Vierge furent, semblet-il, plus recherchées que celles du Christ, ou, du moins, ont été conservées avec plus de soin. Les Vierges dUjue (fig. 256) et de la Vega (fig. 255) sont par leur archaïsme les premiers maillons de la chaîne qui conduit à la Vierge de Santa Maria la Real de Hirache. Entre ces termes extrêmes, se placent la Vierge dite del Claustro du pèlerinage de Solsona (fig. 257) et trois Vierges d'ivoire : la Vierge ouvrante des Clarisses d'Allariz (Galice), donnée en 1 192 par la reine dona Violante, qui prit le voile dans ce couvent ; la Vierge des Batailles (cath. de Séville), que la tradition prétend avoir appartenue à Ferdinand III (1217-1 252), et la Vierge

du trésor de la cathédrale de Tolède.

La Vierge d'Ujue est en bois plaqué d'argent. La Vierge de la Vega, peut-être d'origine française, est en bronze et en argent doré.

Le trône où elle est assise est orné de figures en émail champlevé, qui rappellent le travail limousin de la fin du XII« s.

Toutes ces statues était polychromes avec parfois des rehauts d'or, — c'était d'ailleurs le cas de la sculpture européenne du XIP s. ; — cependant peu d'entre elles ont conservé intactes leurs couleurs. Les inclémences de l'hiver, la nature des matériaux, des lavages réitérés en expliquent la disparition. Au portique de la Gloria

Fig. 253. — Christ en .Majesté

(Sahaf^iui.}

(Cliché de iauleur.)

ESPAGNE

FiG. 254. — Christ en Majesté.

(Porte de la Cathédrale de Vigo.)

(Cliché de l'auteur.)

(fig. 246, 247), pour la première fois les statues sont franchement peintes. Les tons dont elles sont revêtues reproduisent-ils ceux de la polychromie primitive ? Il est à craindre qu'au XVII' s., quand on rafraîchit les couleurs, on n'ait innové. En tout cas, la gamme est discrète et n'a pas la brutalité de celle du Para/sod'Orense (fîg. 248, 249), dont la restauration est plus récente.

La défaveur qui, en souvenir des idoles, poursuivit longtemps la statuaire eut pour résultat de développer la décoration peinte des édifices sacrés.

Les très curieuses églises protomudéjares qui existent sur les versants des Pyrénées orientales {sup., p. 79) — Saint-Martin de Fenouillar (fîg. 268), Sant Miquel de la Seo de Urgel (fig. 266), Sant Climent (fig. 264, 265) et Santa Maria de Tahull (fig. 267), Santa Maria de Bohi, Sant Miguel d'Angulasters, les églises d'Esterri et de Pedret — ont fourni deux groupes de peintures à classer parmi les anciennes œuvres des écoles espagnoles.

Le premier comprend des panneaux — antwendia ou retables ■ — rassemblés en partie dans les musées de Vich, de Barcelone et de Lerida.

Le musée épiscopal de Vich en possède treize (fig. 259 à 263). L'un d'eux participe a la fois du tableau et du bas-relief. Avant d'être peint, le Christ qu'il représente avait été modelé en une sorte de pâte crayeuse appliquée sur le fond uni du panneau. Telle est également la Vierge du musée de Barcelone classée sous le n 3. On trouvera ^ "■• -^'^- — Vii:h(;i: de i.a

1 ^ j 1 i 'i. ■ Veoa. (San Estcbaii de

longtemps encore des ornements traites saïawanaue i

dans cet esprit, mais les tableaux où s'al- (Ciichc Lacoste. 1

RETABLES ET DEl' A .\ T- D' A U TE LS PEINTS

lient dans les figures le relief de la couleur sont fort rares.

Le panneau n'' 9 du musée de Vich, l'un des plus anciens de la série, est consacre a la vie de saint Martin de Tours. Au centre, un Christ en Majesté assis se détache sur un fond jaune que limite le cadre rouge dune vesica. Le dessin est lourd. Les yeux, aux pupilles énormes, sont reunis par un trait droit qui va d'une tempe à l'autre. Les oreilles sont dessinées à plat, le type est osseux et long. Les plis de la robe rouge sont indiques en jaune ; le manteau vert est

bordé d'un trait jaune.

Le panneau n" 3 marque un progrès

FiG. 256. — Vierge du

SANCTUAIRE dUjUE.

((^lichc de railleur.)

manifeste. La Vierge assise sur une chaise consulaire aux bras terminés en tête de taureau porte l'Enfant divin et tient de la main droite une fleur de lis (fig. 263).

La gamme colorée de ces premières peintures est plus indigente ou simplement plus éteinte, plus fatiguée que celle du Commentaire sur l'Apocalypse daté de 1 047 et signé Facundus (fig. 181 à 184), mais la technique est la même ; puis, la bordure du Saint Martin présente avec le cadre du linteau de Saint-Genis-des-Fontaines (fig. 214) des analogies de style et de forme saisissantes. Aussi bien, convient-il de les attribuer à la première moitié du XI s.

De quelques années plus récent est le panneau n" 5, dit de Santa Margarita (fig. 261, 262). Les tableaux latéraux accusent de nouveaux progrès dans la composition et dans le rendu. Sur deux d'entre eux, le peintre a représenté la sainte entièrement nue. Bien qu'Adam et Eve soient figurés sans voile dans la Bible de Charles le Chauve et dans le Commentaire de Beatus de la Bibliothèque Nationale de Paris (fig. 184), l'innovation était téméraire; le succès a

Fig. 257. — ViEHGi; du

SA>'CTUAIRE DE SaI.-

SONA. (Hautc-Calalofrne.) (Cliché l'hot. Sludio.)

FiG. 258. — Descente de croix.

(San Juan à San Juan de las Abadesas.)

(Cliché de l'auteur.)

ESPAGNE

couronné Taudace de l'artiste. Un Saint Pierre et un Saint Paul sur fond jaune semé d'étoiles rouges se distinguent des autres peintures en ce qu'ils sont presque de grandeur naturelle.

En général, les panneaux peints du musée de Barcelone paraissent moins anciens que ceux du musée de Vich.

Sant Saturni de Tavernoles (4 kil. de la Seo de Urgel) a fourni un monument peutêtre unique. C'est la toiture inclinée d'un cibonum (Tegumen et umbraculum altaris) portant encore sa charpente et les chevrons destinés à le fixer au mur. Sur le plafond, sont représentés un Christ en Majesté dans une vesica circulaire et quatre anges dans les écoinçons. De la même église, vient le panneau n° 6, consacré à saint Benoît abbé et à huit de ses compagnons.

Le panneau n° 8 est le meilleur de la série. La Vierge, qui offre l'Enfant à l'adoration des Mages, se détache sur un fond blanc que limite un arc trilobé.

Les chairs sont brunes. Le manteau bleu foncé est semé de petits groupes de perles blanches et roses comme le manteau de la Vierge n" 3 du musée de Vich. L'un des tableaux latéraux consacré à la visite de Marie à sainte Elisabeth est d'une grâce et d'un sentiment exquis. Ce précieux retable est indirectement daté. Un joint ouvert entre deux ais montre à nu le parchemin sur lequel on peignait. Or, ce parchemin porte des caractères gothiques du XI I« s. A considérer le style, on aurait pu croire le panneau plus ancien ; les évolutions artistiques entravées par la reconquête

FiG. 25q. — Le don du Saint

Esprit. (Musée de Vich.)

(Anuari. histitut d'Bstudis catala)is.)

PEISTL'RES Mi RALES CATALANES

furent beaucoup plus lentes en Espagne qu'en France et en Italie

{sup., p. 82).

Ces premières peintures présentent un grand intérêt en ce qu'elles

sont une expression sincère du génie national. Leur originalité est

très accusée, bien que l'on reconnaisse dans quelques-unes d'entre

elles une imitation d'antipendia émaillés pareils à ceux de Silos et de San Miguel in Excelsis ou d*antipenJia de métal doré et repoussé.

Le second groupe de peintures se compose de fresques murales exécutées sur les absides.

Les parois de la nef portaient également des peintures, mais c'est à peine si quelques vestiges oîi l'on croit reconnaître des scènes de l'Apocalypse sont encore apparents. Le thème principal est le Christ en Ma-

rio. 20o. C.OURONNEMKM

DE LA Vierge.

(Musée de \'ich.)

(Anttari. Institut d'Lstudis catalans.)

jesté : Ego sum lux mundi (fig. 265).

Il décore la coupole, tandis que des saints, des apôtres, et la Vierge (fig. 266), parfois curieusement coiffée (fîg. 264), occupent la partie cylindrique. La décoration de l'abside de Sant Climent de Tahull (fig. 265), protégée par un autel gothique, est dans un état de conservation merveilleux. Le Christ n'y occupe pas le trône impérial des mosaïques byzantines, mais il est assis sur un arc-en-ciel qui traverse la vesica. A titre de particularité, je signalerai, aussi, que les symboles de deux évangélistes sont joints à leurs images ; puis, les séraphins, d'une grâce charmante, ont six ailes comme sur le codex de Ripoll n' XXVI. Quand l'église est sous le vocable de Santa Maria, la Vierge se substitue au

Fig. 261. — Vierge. Retable DE Santa Makgarita

(Musée de Vicli.)

(Anuari. Institut d'I'lstiidis

catalans.)

ESPAGNE

FiG. 262. — Martyre dk Sainte Marui:eritk. Retable de Santa Margarita.

(Musée de \'ich.) (Aniiari. fnstitiil d'Ilstiidis calalaiif.)

Christ, et un ciel noir étoile constitue le fond (fig. 267). A Pedret, sur l'absidiole du côté de l'Epitre (aujourd'hui sacristie), l'artiste a représenté les cinq Vierges sages assises au banquet mystique et les cinq Vierges folles debout. Dans d'autres églises de la région, quelques ornements, et, à Santa Maria de Tahull, un chameau, furent assurément copiés sur des ivoires orientaux ou des manuscrits protomudéjares. Ce sont là des traits distinctifs qu'il importait de signaler.

D'une manière générale, il y a de grandes ressemblances de style entre les peintures murales et celles des panneaux. Toutefois, on relève dans quelques fonds bleus — les autres

sont brun rouge, noir ou gris — et dans certains détails de costume, des reflets de l'art byzantin. La date de ces peintures, postérieures à la construction des églises qu'elles décorent (fin du XI" et début du Xll" s.), exclut une influence visigothe. Pour la même raison, on ne peut songer à des relations directes avec le Bas-Empire {sup., p. 95-96). Mais tout s'accorde à montrer que les accents byzantins furent empruntés à des Evangéliaires ou à des Bibles exécutés du IX' au X' s. dans les provinces rhénanes, tels que les Evangéliaires de Saint- Médard de Soissons et de y Empereur Lothaire ou la Bible de Charles le Chauve (B. N. de Paris, m. /.. 8850, 266 et 1). Ces

Fig. 203. — Vierge.

(Musée de Vicli.}

(Anuari. Institut d'Estudis

catalans.)

PEINTURES AfURALES CASTILLANES

FiG. 264. — Vierge.

(Détail de la peinture ci-dessous, fig. 2 65.) (Sant Climent de Tahiill.} (Antiari. Inst. d'Est, catalans.)

manuscrits auraient été introduits durant la période où les provinces situées au Nord et au Sud des Pyrénées orientales dépendaient des mêmes souverains. En ce cas, pendant que la France recevait de la Catalogne espagnole des formes architectoniques nouvelles {sup., p. 104, 105), elle faisait bénéficier sa voisine des progrès que la Bourgogne et les bords du Rhin avaient accomplis dans l'art de la peinture sous l'influence de Byzance et de l'Irlande.

Les fresques si admirablement conservées qui décorent les voûtes du Panthéon de Léon (fig. 225) appartiennent à une période plus moderne que les peintures catalanes. Elles représentent Dieu le Père dans la vesica ogivale, le Massacre des Innocents, les Apôtres, des Anges, des Signes du Zodiaque, divers Mois de l'année avec, au-dessous, des inscriptions pour les désigner. Comme en Catalogne, les couleurs élémentaires dont usèrent les

décorateurs sont le brun rouge, l'ocre jaune, l'indigo et le blanc. Le vert et le noir sont obtenus par des mélanges. Cette gamme très simple fut usuelle en France à la même époque qu'en Espagne, où elle restera longtemps affectée à la peinture des statues. Son emploi général tient à la solidité et à 1 harmonie des couleurs iinf., p.242).ALéon,àVich,

à Barcelone, les sujets

Fig. 265. — Ego su.m lux .mu.s'di. *^ r i ^ £ J

/c .^i- , j T I II ■ S enlèvent sur un rond

(Sant Cltment de laliull.) , ^

(.\nuari. Institut dlistudis catalans.) blanc jaUnâtrC. Il en CSt

ESPAGNE

FiG. 26Ô. — La Vierge

ET Saint Jean.

(Sant Miqiiel de la Seo de Urgel.)

(Anuari. Institut d'Estudis

catalans.)

de même au baptistaire de Poitiers et à Saint-Savin (Vienne). C'est un nouveau témoignage des affinités générales qui existèrent entre la Catalogne, les Asturies et la France durant les périodes préromane et romane. Si, abstraction faite de la couleur, on considère le dessin, les fresques de San Isidoro présentent, elles aussi, des analogies avec les miniatures des Commentaires de r Apocalypse (fig. 181 à 188). Même disproportion dans certaines figures, même raideur dans les draperies, même grandiose dans la composition, même sentiment décoratif.

Bien autrement complexes que les peintures précédentes sont les fresques de San Baudelio {sup., p. 72). D'une manière générale, le registre inférieur est occupé par des scènes de chasse

copiées, semble-t-il, sur un manuscrit persan (fîg. 159, 160), tandis

que le registre supérieur et l'abside sont

décorés de sujets religieux où ne se

montre aucune influence orientale

(fig. 1 58). Scènes de chasse et sujets

religieux sont exécutés à la détrempe sur

un enduit de plâtre et ont conservé, sauf

les fresques de la voûte, une grande

vivacité de ton. La chasse se déroule

dans une région boisée comprise, dans

le haut, entre une litre où règne une

magnifique inscription coufique à la

louange d'Allah et, dans le bas, une

frise ornée d'une sinusoïde fleurie. Ici,

des piétons avec des arcs, des cavaliers armés d'épées ou de tridents,

des valets de chiens à manteau rouge ;

là, des personnages à demi cachés

dans une tour que porte un éléphant

blanc, des lévriers poursuivant des

Fk;. 267. — Vierge dans i.a

gloire céleste.

(Santa Maria de Tahull.)

^Anuari. Inst. d'Est, catalans.)

PEINTURES .\fURALES DE SAN BAUDELIO

FiG. 268. — Musiciens de l'Apocalypse.

(Saiiit-Marti)i du Fenouillar, Pyr. -Orient.)

(Aiiuari. Institut cCHstudis catalans.)

cerfs, des gazelles et un ours. Puis ce sont de grands chiens assis, des écus tangents avec, au centre, un aigle aux ailes éployées. Les sujets religieux sont empruntés à la vie du Sauveur — Adoration des Mages, Guérison de l'aveugle de naissance. Résurrection de Lazare, Noces de Cana, Cène, etc. — La décoration présente le même mélange de motifs orientaux et occidentaux. Considérées au point de vue de Tart, ces peintures sont supérieures à celles des Commentaires de l'Apocalypse et aux fresques de Léon. Elles seraient du Xll*^ s. et auraient été exécutées quelques années après la construction de l'édifice. De nouvelles preuves de cette attribution se trouvent dans leur comparaison avec les peintures des vieilles églises catalanes — Santa Maria de Tahull, Santa Maria de Bohi, Santa Maria d'Esterri {sup., p. 128) — et avec les enluminures de la Bible d'Avila et de la Bible de Noailles (fig. 269 à 27 1 ), Le premier de ces manuscrits renferme des miniatures où l'on trouve les mêmes éléments symboliques, la même manière de grouper les figures et derendre l'expression et le mouvement des personnages que dans les fresques de San Baudelio ; le second offre des motifs de décoration identiques. Un mélange de styles aussi divers ne doit pas surprendre en Espagne. Les fresques de Celon comportent des personnages en habit musulman. Celles du Santo Cristo {sup., p. 90), des saints qui se détachent sur des fonds i3i

FiG. 269. — Le Triomphe d'Esther.

Bible de Noailles.

(Bibliothèque Nationale de Paris.)

(Cliché Hachette.)

ESPAGNE

découpés en ogive outrepassée, analogue à celle de la Puerta del Sol.

Les unes et les autres caractérisent cette civilisation composite dont le second stage a reçu les noms aujourd'hui admis de mozarabe {mostarih = arabise), quand elle se développe en pays musulman, et de mudéjare {mudeddjan = autorisé à demeurer), quand elle se constitue en terre chrétienne. L'on a vu (p. 67) l'influence considérable et insoupçonnée qu'elle avait eue sur l'élaboration des arts romans. Désormais, elle ne franchira plus guère les Pyrénées.

Dans

les manuscrits de la fin

du Xl'^ s., la lettre visigothe le cède à la lettre gothique française, et les initiales, oii l'enlumineur abuse du jaune éclatant, se rattachent à une tradition dérivée du style anglo-saxon. Cette transformation fut consécutive à l'arrivée des moines de Cluny et à l'influence des évêques français. Le jaune et le vermillon continuèrent à dominer dans la polychromie, mais le dessin progressa. On compte, parmi les plus beaux manuscrits, la Bible de la Bibliothèque Nationale de Madrid provenant d'Avila, la Bible du Musée archéologique de Madrid, la Bible de Dalmacio de Mur de la cathédrale de Gérone et le Psalierio y Libro del Paralipomenon de l'église d'Ausona (Vich), remontant au Xll« s.

Les manuscrits catalans paraissent se différencier des manuscrits exécutés en

FiG. 270. — Judith

KT II01.OPHERNE. Rllil.E DE NOAIM.ES.

[Uibl. \at. de Paris.) (Cliché Hachette.)

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