CATHEDRALE DE SEVI LIE
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FiG. 298. — Séville. — Cathédrale.
(Comp. fig. 94.)
la chapelle de San Miguel. Des imitations indirectes, exécutées à une très grande distance des lieux d'origine, ne sauraient avoir la perfection des modèles.
Pourtant les revêtements en faïence de la Seo ne s'en écartent pas au pomt que l'on ne puisse y reconnaître le style de la belle période qui s'ouvrit en Perse dès le début du XIV« s.
Apres la prise de Séville (1248), la grande mosquée commencée en 1 1 73 par Abou Yakoûb Yoùsouf fut utilisée comme cathédrale sous le vocable de Santa Maria de la Sede. Mais, en 1401, sa solidité paraissant compromise, le chapitre décida de la reconstruire. Les architectes profitèrent des fondations, conservèrent le minaret, la célèbre Giralda (fig. 276), la cour connue sous le nom de patio de los Naranjos, peut-être, aussi, la porte del Perdon remaniée en 1519
par Bartolomé Lopez (fig. 420) et, en définitive, adoptèrent un plan (fig. 298) qui rappelle de très près celui des mosquées espagnoles (fig. 94).
i . ; ^ ^^^^ . pTT "~ Une forêt de colonnes divise en cinq
W- /^^^P% 1 * ^^^^ ^^ ^^ ^^^ travées les 2 hectares (180 m. sur 108) que couvre la cathédrale. Quant à l'abside à peine indiquée au dehors et aux deux absidioles noyées dans la dernière travée, elles ressemblent beaucoup plus à la maksoura et au mihrab dont elles occupent la place qu'au chœur d'une église chrétienne.
L'attachement des Espagnols à
leurs traditions artistiques ne s'est
Vu.. 29<j. — ioi.ÈoE. jamais démenti (sup., p. 82, 127,
San Juan de los Reyes. J42). L'on en trouvera un nouvel
Nef. Akside. Crucero. 11 ci 1 \
(<:omp. fig. 288, 297.) exemple dans ban Juan de los
(Cliché Lacoste.) Reyes (fig. 299, 300), Construit sur
ESPAGNE
FiG. 3oo. — Tolède. — San Juan de los Reyes. Cloître.
(Cliché Lacoste.)
l'ordre d'Isabelle la Catholique par le célèbre JuanGuas. Ils remontent à la fin du XV*^ s. et ne présentent cependant aucun de ces excès ou de ces désordres caractéristiques des styles mourants. En raison de leur caractère proto-manouélin et de leur date, une porte du cloître (fig. 301) et les arceaux du premier étage méritent d'être notés.
Les églises précédentes rentrent dans les formes classiques. II existe quelques exemples de types plus rares, intéressants à connaître. L'église de Sant Feliu à Jâtiva fut reconstruite en 1414. Elle se réduit à une nef de 15 m. sur 22 m. 50, divisée en cinq travées par des arcs ogivaux dont les naissances voisines du sol s'appuient sur des contreforts entre lesquels on a ménagé des chapelles. A l'extérieur, règne un de ces porches longitudinaux particuliers à l'Espagne (sup., p. 1 13, 1 14). La caractéristique de Sant Feliu réside dans Xalfarge ou toiture en bois composée de pannes reposant sur l'extrados des arcs. L'église romane de Mig Aran, dans la Haute-Catalogne, Santa Maria de la Huerta, la chapelle palatine de Santa Agueda (xill'^ s., aujourd'hui Musée provincial) de Barcelone, la Mourguier de Narbonne offrent des exemples de cette disposition signalée à SantasCreus(5i/p., p. 139, 140) et qui apparaît auparavant dans le voisinage de Damas, à la basilique de Tafka et, dans la vallée de rOronte, à la basilique de
Fig. 3oi. — San Juan de los Rêves, poute proto-manouéline.
(Cliché de V auteur.)
ARCHITRCTL'RI- CIVILE
FiG. 3o2. — Palma. — Cathkdrai.k ((Cliché Lacoste.)
Roueiha.Ilse pourrait que ces toitures aient ele portées en Europe par les constructeurs musulmans.
Leur nom et leur forme viennent a l'appui de cette hypothèse.
La cathédrale de Palma (Majorque), commencée an 1229, présente une autre particularité. Son architecture montre qu'à l'imitation des édifices orientaux elle était primitivement couverte en terrasse (fig. 302). Les toitures actuelles datent de 1380, année où l'église fut restaurée. L'architecte emploie dans les monuments civils des accents très différents de ceux dont il use dans les édifices religieux. Les plus accusés sont les portes à claveaux démesurés (fig. 303, 305, 31 1 , 333,
447, 460, 461) et les fûts de colonnettes extrêmement grêles (fig. 303, 304, 305, 314).
Les premiers, empruntés à la fortification des châteaux, sont d'une application générale ; les seconds, hérités des Mores, appartiennent au style catalan.
La Casa de los Baraganas d'Avilés (Castille) ressemble au palais d'Estella (fig. 232), sauf que les baies du rez-dechaussée sont ogivales. Elle était construite depuis longtemps quand don Pedro el Cruel, à la poursuite de son frère don Enrique, s'y arrêta au cours de l'année 1 352.
Le palais compris dans le
Fig. 3o3. — '^astkli.on de A.mi'Lkias.
Maison catalane (xive siècle).
(Cliché de Vlnstitut catalan.)
ESPAGNE
FiG. 304. — Santas Creus.
Escalier du Palais.
(Cliché de F auteur.)
monastère de Santas Creus (fig, 279) a conservé un patio et un escalier charmants, où se montrent les fines colonnettes qui viennent d'être signalées (fig. 304).
De la Casa Consistorial (Hôtel de Ville) de Barcelone, il reste une grande fenêtre ogivale, la porte dont les puissants claveaux sont surmontés d'une archivolte en accolade qui se prolonge sur un mur d'équerre, les trois écussons des tympans et un ange aux ailes de bronze qui semble bénir les arrivants (fig. 305). Tous ces motifs sont d'une pureté et d'une fantaisie exquises. Les travaux entrepris en 1369 furent terminés en 1378.
L'ancien Palau de la Diputacio gênerai de Catalunya (Palais des Etats Généraux), élevé par March Çafont et décoré par Père Johan, remonte à la première moitié du XV« s. Dans les constructions ultérieures, le style gothique accueille avec courtoisie les premières manifestations du style italien de la Renaissance. L'on notera la porte sur la rue del Obispo, édifiée en 1 4 1 6 (fig. 307), le patio a deux étages, l'escalier extérieur compris dans le même patio (fig. 306) et deux fenêtres, — l'une en face du patio de los Naranjos, la seconde vis-à-vis de la porte extérieure (fig. 308), — parce que leurs arcs entrelacés offrent un nouvel exemple des formes proto-manouélines.
A côté de ces édifices, il faut ranger la Lonja (bourse) de Palma (fig. 310), construite en 1426 par Guillén Sagrera, et la Lonja de la Seda de Valence (fig. 309), dont
Fk;. ;^()5. • Barcklonk.
(>ASA (Consistorial.
(Cliché de rautcur.)
■inciiiTi cTL'ni- cirii.E
V\G. 3o6. — Barcelone. — Palat de i.a DiPUTACiô (escalier du patio), (dichc de Vauleur.)
la construction fut de- 1 cretee le 5 Février 1 482.
! Elles sont de style catalan, tandis qu'à Madrid l'hôpital de la Latina (tig. 31 1). aujourd'hui démoli, était une relique précieuse de l'art gothique castillan de la fin du X\ s.
Il avait ete bâti par un architecte musulman, Maestre Hazan, aux frais de la célèbre Beatriz Galindo, dame de la Chambre et professeur de latin d'Isabelle la Catholique.
Zamora, Tolède (fig. 312), Avila (fig. 313), Estella, Sigùenza, d'une part, et, de l'autre, Gérone, Cardona, Castellon de Ampurias (fig. 303) en Espagne, Ibiza dans les Baléares (fig. 314), Perpignan en Roussillon, possèdent également des façades ou des portions de façades gothiques en parfait état de conservation, mais de caractères différents suivant qu'elles ressortissent au style castillan ou catalan. Bien différente, à tout égard, est la célèbre cuisine de l'abbatiale de Parapelune, jointe aujourd'hui à la cathédrale. Il s'agit d'une salle à peu près carrée couverte d'une hotte octogonale sur trompes d'angle, formée de trois troncs de pyramides de plus en plus aigus, qui s'emboîtent et s'étagent. Des dispositions analogues se remarquent en France a l'abbaye bénédictine de Fontevrault Maine-et-Loire, XII s.).
L'on connaît la décoration intérieure des appartements au XIV' et au XV' s. soit par des documents directs, soit par des inventaires, , 5 3
Kio. 307. PkreJoiian. — Saint
Georges. (Couronnement
de la forte exté de la fuputacio.)
ESPAGNE
soit par des peintures. Les dallages en briques carrées, posées sans découpe, convenaient aux pièces ordinaires ; ailleurs, ils affectaient les combinaisons géométriques usuelles en Orient. Les plinthes étaient hautes et souvent remplacées par des lambris de bois ou d'azulejos. Les plafonds présentaient des solives et des entrevous, parfois des combinaisons de croix et d'étoiles (fig. 331). Quand les murs n'étaient pas enduits au plâtre ou peints à la chaux — c'était le cas général — ils disparaissaient sous les stucs ciselés de l'architecture musulmane (fig. 329) ou sous les fresques, les tapisseries et les cuirs de Cordoue, dont l'usage se généralisa au XV° s. A la mémej époque, les damas, les soies, les velours étaient en usage dans les riches habitations. Sur les dallages, on jetait par endroits des tapis fabriqués en Andalousie (fig. 427), en Perse ou au Maroc. Il existe deux groupes principaux de châteaux fortifiés. Le premier défend un immense triangle qui
a ses sommets â Simancas, Avila et Ségovie. Medina del Campo, où mourut Isabelle la Catholique (26 Nov. 1504), Madrigal, où la grande reine, avait vu le jour {22 Avril 1451), et Arévalo jalonnent le côté Simancas-Avila.
Cuellar, Olmedo dont on disait :
Qui prétend être maître de la Castille doit avoir à lui Arévalo et Olmedo, et enfin Coca (fig. 315) et Turegano (fig. 3 1 6) appartiennent au côté Simancas- Ségovie.
Le château de Médina del Campo ou de la Mota (fig. 3 1 7 à 319) domine une légère éminence située en dehors de la ville
Fig. 3o8. — Barcelone. Fenêtre proto-
manouéline.
(Cliché de r auteur.)
Fig. 309. — Valenck. — Lonja
DE LA SeDA.
(Cliché Lacoste.)
ARCHITECTL'RE MILITAIRE
FiG. 3io. — Pal. MA. — Lonja.
(Cliché Watelin.)
de Carreno vers 1440.
moderne. En l'état actuel, il se compose d une enceinte intérieure quadrangulaire, flanquée, sur trois côtes, de tours carrées, massives, qui appartenaient à un premier château construit vers le milieu du \1U' s. Le quatrième côté, le donjon, Tenceinte extérieure et ses tours rondes, le fossé creuse dans le roc vif qui la précède, le pont fortifié et la barbacane à la tête du pont remontent au règne de Juan II et furent ajoutés par Fernando
En 1479, Isabelle agrandit l'installation intérieure et compléta les défenses.
L'ouvrage est bâti en béton pilonné entre des revêtements de briques.
Un large chemin existe entre la porte de l'enceinte intérieure et l'entrée de l'enceinte extérieure afin de faciliter la circulation des troupes dans une zone commandée par le donjon ; mais il est à peu près interrompu dans les autres parties, tant le parement intérieur de lavant-mur est rapproché des tours carrées de la muraille. En outre, la face de la muraille opposée à la porte extérieure et les tours carrées qui la terminent sont garnies d'échauguettes puissantes. L'avantmur est assis sur l'escarpe. Il porte un cours mdiscontinu de merlons réglés à une hauteur telle que le chemin de ronde de la muraille garde un commandement considérable et il comprend, entre ses parements, une galerie de contre-mine et un chemin de ronde munis d'archères de pierre, encastrées dans la brique. Celles du second étage, qui affectent la forme d'une croix plantée sur un cercle, sont disposées aussi bien pour le tir
FiG. 3ii.
— MaUIUD. — HÔPITAL DE LA LaTINA.
(Cliché Lacoste.)
ESPAGNE
FiG. 3i2. — Tolède. — Palais
DE Pedro I (i35o-i36q).
(Cliché de V auteur.)
plongeant que pour le tir de plein fouet.
Le château de Coca (fig. 3 1 5) est en plaine, au confluent de l'Eresma et du Voltoya. Il était la résidence de la puissante famille des Fonseca, qui le fit rebâtir au XV« s., à l époque où Juan II complétait le château de la Mota auquel il ressemble beaucoup.
Les merlons reposent ici sur un cours indiscontinu de mâchicoulis.
Ils sont eux-mêmes à gradins, groupés deux par deux sur une souche percée d'une large meurtrière et — instructive fantaisie - — affectent la forme des fascines qui se mettaient au moment du siège pour protéger les maçonneries.
Le second groupe de places ou de châteaux fortifiés répond à deux lignes de défense, qui partent, la première d'Alicante pour aboutir à Grenade par Murcie, Aledo et Lorca, et la seconde de Huelva pour se diriger sur Niebla, Séville, Almodovar del Rio, Cordoue, Villaviciosa, Vacar, Espiel, Bélmez, Fuente Ovejuna et Almorchôn.
Ces ouvrages remontent à l'occupation musulmane. Les chrétiens se bornèrent à les réparer ou à les agrandir. Le plus célèbre et le mieux conservé, le château d'Almodovar del Rio, sur le Guadalquivir, couronne une colline d'ardoise haute d'environ 100 m. Il était considéré comme le boulevard de la cour des khalifes et le type de la forteresse inexpugnable du Moyen Age. Ni le tracé, ni le profil, ni les dispositions de détail n'établissent de différences essen-
1'"k;. 3i3. — AviLA.
armoriée.
(Cliché l.acoxle.)
Porte
.1 RCm r E C T U R L MILI T A I R E
tielles entre le château d'Almodovar del Rio et le château de la Mota. qui, dans son ensemble, est pourtant plus moderne.
Les forteresses précitées sont polygonales, tandis que le château de Bellver, a Palma (hg. 320, 321), est circulaire et flanque de
tours rondes. Ce type rare en Espagne, mais fréquent au Portugal, était usuel en Orient, si l'on en juge d'après les bas-reliefs assyriens, la citadelle de l'Acropole de Suse et le palais d'Hatra.
A titre de document, il convient de signaler encore les tours polygonales de Séville, de Valence, de Poblet (Aragon), imitées du type oriental dont un modèle ancien existe a Mchatta (fig. 46, 47), et la citadelle de Badajoz dont les portes sont en arc de cercle très fermé.
En résumé, l'étude comparative des forteresses du Nord, du Centre et du Sud, construites durant les périodes gothique et romane, montre que les unes et les autres devaient répondre au programme exposé en traitant de l'architecture militaire de la Perse (p. 13, 14, 1 15 à 117). Les conditions que remplissaient l'Acropole de Suse, les châteaux du Fars et de la Mésopotamie et, plus tard, les k^^rak.s des Croisés construits sur les modèles syriens se trouvent réalisés en Espagne parce que les types polyorcétiques orientaux y avaient été portés par les envahisseurs. Telle est aussi la raison de la grande uniformité que présente la fortification espagnole, qu'elle soit d'origine chrétienne ou d'origine musulmane.
Dès la période gothi-
Kio. 314. — liii/A. — Aji.mkz