LIVRE XXIV
DEPUIS hk SPOLIATION DU COMTE DE TOULOUSE AU CONaLB DË lATRAN, EN 1215, JUSQU*A LA GUERRE DE LOUIS VIII CONTRE
RAYMOISD VII, EN lUi).
A la suite du décret qui priva Raymond VI de ses do<^ maines, le pape adressa une bulle à tous les fidèles. Cette bulle, datée du IS décembre, avait pour objet l'affaire du comte de Foix. « Quant à cette affaire, dit le pape, on en » informera plus amplement et on décidera ce qui sera » juste, en sorte que le château de Foix qui nous a été » délivré sera gardé suivant Tordre de TEglise jusqu'à ce >» que Taflaire soit terminée. Comme il pourra s'élever des » doutes et des difficultés sur cette matière, le tout sera
s mn INTBRMÉPUIUS.
> rapporté au jugement du siège apostolique, de crainte » que ce qui a été déjà exécuté à grands frais ne vienne » à être anéanti par Tinsoleuce ou ia malice de quelqu'un. » Le pape prit les mêmes précautions au sujet du comte de Commiuges, et adressa dans le même sens des lettres apostoliques aux évêques de Nîmes et à Guillaume Jourdain, archidiacre de Conflans dans 1 église d Ëlne.
« Ayant envoyé Pierre, cardinal-<diacre du titre de Sainte- » Marie en Acquire, en qualité de légat du siège apostolique » dans les pays de Provence, pour régler les afiEaires du » pays, le comte de Foix, afin d'obtenir l'absolution, lui a
• fait serment d'obéir à nos ordres, et lui a remis le châ* » teau de Foix que ce cardinal a lait garder pendant quel-
• t|tte temps par Tabbé de Saint-Thibéry, lequel , devant » quiUer le pays, en a commis la garde a Simon comte de » Montfort jusqu'après le concile général. Durant ce con-
• cile, le comte de Foix et les autres nobles du pays s'élant » rendus auprès du siège apostolique, ce comte s'est plaint 9 à nous de ce qu après s'être soumis à nos ordres et «voir » fait serment d'observer la trêve, le comte de Montfort et » les siens Tout dépouillé injustement de plusieurs châteaux » et villages : ajoutant que les croisés avaient envahi aupa- » ravant encore plus injustement la plus grande partie de » ses domaines, dans lesquels il demande d'être rétabli soit » par justice soit par grâce. Cependant comme on a avancé » en notre présence, tant en faveur de ce comte que contre » lui, diverses choses qui ont besoin d'éclaircissement, nous » vous ordonnons d'en iuloimer, dans l'espace de trois
» mois depuis la réception des présentes, et de terminer . » cette allai re ou par accord ou par sentence, ou entin de
. TBHPS IRWBliÉOtAtBfiS. 3
» nous h renvoyer tonte instruite, en assignant aux par-
» lies un terme sufiisant pour pouvoir comparaître devant
> nous. Vous tâcherez de découvrir néanmoins pour quelle
• câùse ce comte a perdu ses domaines avant qu il se fût » soumis à rËglise» et vous aures soin de nous le foire » savoir. Nous voulons, en alLeniianl, qu'on remette le » château de Foix à Fahhé de Saint-Thibéry qui le gardera » sous notre autorité pour le comte, auquel on le restituera » quand nous Fordonnerons. Car c'est notre intention, que » nous voulons être connue de tous, qu'après que l'affaire
> sera terminée, on rende le château de Foix au comte ;
• que cependant le comte dè Montfort et les siens ne lui » fassent point la guerre ni à Roger de Comminges, son
> neveu ; mais quMls vivent en paix et en sûreté, pourvu
> qu'ils se tiennent eux-mêmes en repos, suivant les statuts » de la paix qui ont été dressés dans le pays. »
Dépouillé de ses domaines, Raymond Yl, avant de quitter Borne, pria le pape de lui donner audience. Le saint-père reçut le prince avec une bienveillance mai ciuée, lui déclara que pour k présent on ne pouvait fisdre autre chose que ce qui avait été statué, et lui doniici sa bénédiction. Raymond partit avec une partie de sa suite, laissa Tautre à son fils, et s'avança jusqu à Vitci bc ; là il fut joint par le comte de Foix, qui l'accompagna jusqu'à Gènes. Le jeune Raymond ayant demandé aussi son audience de congé, le pape le fit asseoir à ses côtés et lui dit : « Mon iils, écoutez-moi; si » vous suivez mes conseils, vous ne faillirez jamais. Aimez « Dieu sur toutes choses, ayez soin de le servir ; ne prenez » jamais le bien d*autrai, mais déféndez le vôtre si quel-
> qu^un veut vous Voter. En vous conduisant ainsi, vous
^ TBHN MTBBMÉDIAltES. •
'* ne manquerez pas de domaines; etaûn quevoas ne de* » meuriez pas sans terres et sans seigneuries, je vous ■9 donne le comté Venaissin avec tontes ses dépendances, » la Provence et Beaueaire pour pourvoir à votre entretien • jusqu à ce que FEglise se soit assemblée en concile. Alors » vous pourrez venir, et on vous fera raison sur vos de- » mandes. » Le jeune phnce répondit : • Saint père, si » je puis recouvrer mes domaines sur le comte de Mont- » fort, n en soyez pas fâché. » — Quoi que vous fassiez, ré- » pliqua le pape, Dieu vous fesse la grâce de Inen com- » mencer et de mieux finir. » ïl reçut après cela la béné- ^iiction du pontife, se rendit à Gênes où il trouva le comte sou père, et là séiant embarqués ils vinrent aborder à Marseille.
Avant de quitter Rome, Foulques et Dominiquti qui avaient formé le projet de créer un ordre spécialement . destine à la prédication, en exposèrent le plan à Innocent IIL Le concile de Latran ayant décidé qu'il n'établirait aucune religion nouvelle, le pape s'opposa d abord à Texécution de ce dessein. La nuit suivante, il crut voir en songe l'Eglise de Latran sur le penchant de sa ruine, et Dominique la soutenant de ses épaules. Fortiiié par cette vision, il n'opposa plus de résistance aux idées du saint patriarche, ordonna à Dominique de revenir auprès de ses premiers disciples, lui prescrivît de choisir une règle parmi celles qui déjà se trouvaient en vigueur dans l'Eglise, lui promettant de donner l'approbation apostolique à son ordre. L'institution des prédicateurs évangéiiques élait d ailieurs dans les intentions du concile, car, au dixième canon, il est déclaré que les évéques choisiront des hommes idoines.
TEMM INTBftlÉOlAUBS. 9-
puissants eû œuvres et eu paroles pour i^oûice de la minle prédication ( ad sanctœ prœdicationis officium ) ; que cesprédicateurs seront attachés aux églises cathédrales ou» GonTentueUes, et deviendront les coopératenrs des é?éque& non seulement pour annoncer la divine parole, mais eneore poar entendre les confessions et remplir les antres^ fonctions utiles au salut des âmes. Après avoir reçu la hé* nédlction do pontife. Foulques et Dominique quittèrent Rome et revinrent dans la province.
Sur ces entrefaites, Simon de Montfort, après avoir pris possession du duché de Narbonne malgré les oppoisitions de Farchevéque Arnaud, se rendit à Toulouse, où il arriva an commencement de mars 1216. Le 7 de ce mois, tous les habitants de la ville et du faubourg lui prêtèrent serment de fidélité ainsi qu a Amaury son fils qui était présent. Foulques était de retour à Toulouse à Tépoque de la prestation de ce serment, et contribua puissamment à faire reconnaître Simon et son fils en qualité de seigneurs de cette ville. Le lendemain 8 mars, Montfort, ayant convoqué les consuls, le conseil commun et le peuple de Toulouse, fit dans cette assemblée le serment suivant, en présence de Bernard archevêque d'£mbrun, des évêques de Toulouse, de Lectoure, de Gap, de Bigorre et de Comminges :
« Je Simon, par la grâce de Dieu duc de Narhonne, » comte de Toulouse et de Leycestre, vicomte de Beziers » et de Carcassonne, je jure de bonne ibi et promets que • je serai bon seigneur et fidèle, à Fhonneur de Dieu et de » la sainte Eglise, envers tous les hommes et toutes les > femmes de Toulouse et du &ubourg ; que je conserverai » de bonne foi et défendrai 1 Eglise de Toulouse et tous
6 mm imBHtoums.
» les citoyeas dans leurs personnes et dans leurs biens, » sauf la justice en tontes choses; et si je manque en » quelques-uns de ces articles, je me corrigerai après en » avoir été averti et avoir connu la vérité par le conseil » des prud'hommes, pour ne pas encourir le crime de par- » jure : oe qn*à Dieu ne plaise ! » Amaury fit le mémo serment.
Simon de Hontfort fit abattre les murs de Toulouse et
aplanir les fossés; il lit aussi détruire toutes les tours qui surmontaient la plupart des édifices et enleva les chaines qu on avait coutume de tendre dans les rues. Le château Narbonnais fut entièrement déblayé ; le nouveau comte fit ouvrii uiie porte du côté du levant et creusa un large fossé entre le château et la ville qu'il fit entourer de forts retranchements. Nous avons déjà parlé du château Narbonnais, dont on voit encore les restes mutilés. Ge château servait de palais et de citadelle ; il dominait le fleuve. Sa structure paraîtrait indiquer qu'il avait été construit par les
Romains : une grande quantité de statues romaines furent
extraites de ses ruines.
Après que Montfort eut autorisé les douze consuls de Toulouse qui se trouvaient à Arles de revenir chez eux, U s'occupa de régler Fadministration de la justice dans la cité, et nomma un sénéchal pour la gouverner sous son autorité souveraine. Il se rendit ensuite à la cour de Philippe* Auguste pour lui demander linvestiture de ses nouveaux domaines, et recueillit sur son passage les marques éclatantes de la vénération publique. Philippe-Auguste lui donna l'investiture en ces termes :
« Au nom de la sainte et indivisible Trinité. Philippe,
» par 1â grâc6 de Dieu roi des (^Yao^s : Sachent tous
• prés^ts et à smr que nom avoqs reçu notre cher vasn sal SioiQQ dç MoDtfort pour notre homme«lige pour les n ÈBisi et terres qui ont été conquis sur les hérétiques et » eftoemis Jésus^Christ djois le duché de Narbonne, le » comté de Toulou^ et la vicomte de Beziers et de Car- » cassonne ; dans les tiets que Raymond, autrefois comte
• de Toulouse, ten^t de nous, et pour les terres qui sont
» de notre fief ; sauf le droit li aiili ui et celui de nos vas-
> saux. — Donné Poi^t de TArche, Tannée 1216, la 37*
• de notre règne. »
Ces actes de Tautorité royale consacrèrent la spoliation de Raymond VI, cousin germain du roi de France, beaufrère dvt roi d'Angiôlerre, oncle du roi d'Aragon, beaufrte^ de Fempereur Frédéric, beau-père du roi de Navarre, et oncle enfin du roi de Ca&tille. Tous ces souverains le laissèrent dépouiller de ses terres, de ses titres, de ses AU gnités ; ie plus grand prince de i Europe méridionale sévit ré&uit à la condition d*un simple particulier. Sll eût eu de moins vastes et de moins importants domaines, il n eût jamais eu d*aussi redoutables adversaires. L'excès de sa puissance fut en partie la cause de ses malheurs. Il ménagea beaucoup trop les hérétiques, et pas assez le clergé de ses vastes duiuauies. 11 eut pour ennemi le plus vaillaat capitaine de son siècle, lequel sut habilement profiter de ses fautes et de ses faiblesses. Nous le reverroiis cependant bientôt rentrer dans le patrimoine de ses ancêtres.
A son retour de Rome, Dominique se rendit k Prouille, où il assembla tous ses disciples au nombre de seize et dont voici les noms : Guillaume de Claret — * Bertrand de
TtHK INTBmÉOUlUS.
Garrigues — Etienne de Mets — Gommez — Odonc de Bretagne — Laurent d^Ângleterre — Mathieu de Paris — Mamés de Gusraan — Michel de Fabra — Piei re de Madrid
— Michel de Gezero — Noël de Prouille — Pierre Geillan
— Thomas de Toulouse — Jean de Navarre et Dominique de Ségoyie. Le saint patriarche fit d'abord part à ses disci* pies de sa mission auprès du pape. Conformément aux désirs d'Innocent lU, on choisit une des règles établies dans rEglise, celle de saint Augustin, à laquelle on ajouta des constitutions particulières. Le nouvel institut devait être spécialement youé à Tœuyre de la sainte prédication. Do-mmique donna à ses disciples Ihabit blanc que portaient les chanoines d'Osma. Il fut décidé dans rassemblée de ProuiUe qu on établirait un monastère ou maison conventuelle en ce lieu, afin que les religieux pussent donner les soms de leur ministère au couvent des femmes. Dominique fut le premier prieur de Prouille, et établit à sa place en cette qualité le F. Noël de Blau (1). 11 soumit à la
(1) Nom donnons m le catalogue des prienrs de Fronine depuis saint Dominique jusqu au milieu du (quatorzième siècle.
4206 Saint Dominique. , de Lévis-Mir^ix posa la
4 146 F. Noël de Blau. |iieinière jnerre de l'église et
4S49 Gaillaume Claret. de la chapelle de St^llartiD,
4SS4 Guillaume d^Espam». . le 5 octobre.
4Sf8 Pierre d'Alest En 4t86, Arnaud célébra la
4239 Raymond Catalani. (Il mou- première messe dans 1 1 nou-
rul en odeur de sainteté et velle église, le jour des Rois,
opéra plusieurs miracles). 4296 Bernard de la Tour (deTur-
4264 Arnaud d'Orguet. nis), homme de la plus émi-
4264 Herre Régis de Fanjaux. nente sainteté, plein de xàle
4267 Arnaud Seguerri. pour le salut des âmes, ex-*
(Sous ce dernier prieur» Gui cellent prédicateur. Sa mort
même r^le les religieuses de Prouille, et voulut qu'au lieu de la sainte prédication qui ne convenait pas à leur sexe elles s'appliquassent à rinstruction des jeunes filles et des nouvelles converties ; il leur donna aussi Thabit blane, et établit à leur tête Guillemine de Faujaux qui gouverna cette maison jusqu'en 1225. La supérieure ne devait point porter le titre un peu trop fastueux d'abbesse; elle devait simplement se nommer prieure.
De retour à Toulouse, Dominique s occupa de chercher un autre lieu pour y placer sa communauté naissante» car la maisuu de Pierre Cellani où il avait conçu le plan de son ordre et réuni ses premiers disciples, se trouvait trop étroite. Au mois de juillet, il reçut des libéralités du chapitre de Saint-£tieune Téglise de Saint-Romain. L*acte est aiûsi conçu : « Nous Mascaron, prévôt de l'Eglise de Tou- » louse, cédant aux prières du vénérable père Foulques, » évêque de cette ville, donnons à perpétuité k F. Doraini- » que prieur et maître ùe& prêcheurs, et à ses disciples pré- » sents et futurs, la chapelle de S^-Romain avec toutes ses » offrandes ; ainsi que le droit d'y établir un cimetière pour » ses firères les chanoines et les convers profès, à Texclu- » sion de tout autre. Si queiqu un, à Tarticle de la mort, voulait prendre Thabit ou bire profession dans cet ordre,
causa un deuil général. \ oi- priorat, Clément V passa à
ci son épitaphe : ' Prouille, en 4305, avecquel-
F^ter Bemardus de Tumis qœs évoques.)
Hystka nardns 4349 Raymond Maurelly.
Anit amore Dei,vTivem dantsqod 4336 Hélle de Feneis.
Nitoie eaaduît et doeoit, 4348 Raymond de Durfort
Sic vivere sicque nitere ! 4368 PieiTe de Beziers. 4Sd9 Arnaud Joannis. (Sous sou
TBSK IMTBMlâlMilltS.
» libre à lai : à cette coaditioo que, &û, vient à mounr,
• le tiers de ce quW pourra laisser appartiendra à Fégliae » de Saint-Ëtienue. S'il relève de la maladie, la chapelle » de Saint-Romain retiendra la totalité des dons. Noos M- » sons la. présente donaiioQ à condiiiou qu on a exercera
• aucun otSca paroissial dans cette chapelle sans Fautori- » sation du prévôt ou du oeiiener de SaiiU-Etieime, et qu on » payera à Pâques une rente annuelle de 3 sols.— Fait en » chapitre et en présence de Foulques, de tous les chanoi- » nés, de rarchidiacre de Viebnur. Telles sont les eon-
» Tentions stipulées et acceptées par les deux parties; et » a&n de consolider les conventions, nous Foulques, hum- » ble ministre du siège de Toulouse, et nous Mascaron , » prévôt de Saint-Etienne, avons muni cet acte de notre » sceau. » L'église de Saint-Romain qui fut cédée à saint Dominique était un ancien prieuré dépendant du chapitre de Saint-Etienne. Il nous a été impossible de découvrir lépoque précise de la fondation de ce prieuré. Au mois d*août, Raymond Vital et demoiselle de Bumiquel sa femme donnèrent à saint Domimque, dans la personne de irère Bertrand, prieur du nouveau couyent, une maison près de ladite église, et au mois de novembre ils y ajoutèrent une autre maison et un jardin. De ces maisons diverses on bâtit un couvent avec des cellules assez étroites, un dortoir commun et un cloître. Âu milieu de ce cloître, Dominique planta de sa propre main un arbrisseau appelé agnm cmtu$ qui devint un grand arbre, et que Ton voyait encore bien des années après la mort du saint. Toulouse vit avec une joie extrême rétablissement du nouvel institut. On appela les dominicains les frères de Sainte-Marie, parce qu'ils por-
TIHM IHTIUliDlÂiaiB.
taieot ua long rosaire suspeoclu à leur ceinture. Leur habit était k peu près semblable à celui des cbanoines de Saint* Etienne et de Saint-Saturnin, et ils marciiaient au milieu des bfoddictions du peuple.
I>omiûique envoyait ses disciples à Técole puliiique de théologie, située, d'après les prescriptions des conciles, non loin de Téglise cathédrale. Un célèbre docteur nommé Alexandre, qui fot plus tard promu à Pépiscopat, donnait alors des leçons de la science sacrée. Un jour qu'il préparait ses matières, il céda à un léger sommeil et crut voir en songe sept astres brillants entrer dans sa classe. Ayant commencé son cours, il vit bientdt après entrer Dominique et six de ses compagnons qui venaient assister à ses ie^^uns. Le songe fUt alors compris : ces hommes étaient les sept étoiles qui devaient éclairer la terre.
Cétait donc à la prière de Foulques que le chapitre de Saint-Etienne avait doté Dominique de l'église de Saint- Romain. Ce prélat, au mois d'octobre, céda à ce même chapitre par un motif de gratitude les églises de Saint-Marcel, de Saint-Pierre de Prévilie, de Rosiniac, de Salas, de Noér et de Montaudran. n étendit même sa sollicitude sur les maisons religieuses de Paris, car, de concert avec Farchevéque â*Embmn et Févéque de Gap, il reniât participants de tous les biens spirituels de son diocèse ceux, qui viendraient an secours des religieuses de Saint-Antoine dans cette dernière ville.
Jourdain, abbé de Saînt^Satumin, exécuta a cette épo* 4ue les dernières volontés d'un chevalier nuuuné Guillaume Pontrast, qui avait légué une lampe qui devait toujours brûler devant Tautel de Notre-Dame et un repas à cent
4 s TEMPS IHTE&MÉDlÀlAES.
pauvres au jour de rAscension. Cet abbé céda ausM en fief' quelques terres à Guillaume de Scopond, abbé de Belleperche.
Nous avons laissé Raymond VI et son fils à Marseille: Ils
furent accueillis par les habitants avec une extrême sympathie. CSëux d'Avignon vinrent les inviter à prendre possession de leur ville. Les princes y firent leur entrée solennelle au milieu des acclamations du peuple qui criait de toute part : vive Toulouse et les Raymond ! Un conseil fut assenibic et il fut résolu qu'on reprendrait toutes les places qui avaient été perdues, et qu'on déclarerait la guerre à Simon de Mgntfort* Le jeune Raymond parcourut alors le comté Venaissin et fut partout reçu avec transport. Raimbaud d» Calm» Raymond Pelet, Lambert de Monteil, Bertrand Pourcelet, Raymond de Montauban, Pons de Mondragon se joignirent avec leurs troupes à Raymond VI et formèrent une assez forte armée.
Après avoir conlié le commandement de cette aimée k son fils, le comte de Toulouse partit pour FAragon afin d*y chercher des renforts. Son dessein était de venir assiéger Toulouse, où il avait laissé de nombreux partisans. On était indigné dans cette vilie de la manièie dont Raymond et son jeune fils avaient été traités, et Tétoile de Simon de Montfort conuiitiiigail à pâlir. Sa valeur venait d échouer devant Tintrépidité du jeune Raymond au siège du château de Beaucaire, qu'il se vit obligé de céder à ce prince à peine âgé de dix-neuf ans. U ne tarda pas à apprendre que Raymond, à la tête des Catalans et des Aragonais, s'approchait à marches forcées de son ancienne capitale. Cette nouvelle précipita sa marche vers Toulouse. Arrivé à Mon-
TBHPS INT8BVÉDUIBBS. 43
^scard, il détacha quelque cavalerie qu*il envoya à Toulouse pour s'assurer de la iidélité des habitants. Ceux-ci retiorent prisonniers les soldats de Simon. Aussitôt ce général marcha vers Toulouse en ordre de bataille, bien résolu de* tirer une vengeance éclatante de Talfront qu^il venait de recevoir.
Les Toulousains jugèrent convenable de députer vers lui
leurs principaux citoyens pour l'assurer de leur fidélité. Simon, usant de représailles, retint ces députés captifs et les fit conduire au château Narbonnais. La plupart de ses barons et Gui son frère blâmèrent cette conduite. Sur ravis de Foulques, Simon résolut de dépouiller les citoyens de tous leurs biens et de jeter les principaux habitants dans les fers. Par une lâche trahison vraiment inexplicable dans un homme revêtu du caractère épiscopal, Foulques ofBrit à Simon d*aUer dans la ville engager tout le peuple à sortir au devant de lui ; dès-lors il lui serait facile d'arrêter ceux qu il voudrait. Cette offre odieuse fut acceptée et le projet exécuté. Au milieu de Faffreux tumulte qu'excita cette noire trahison. Foulques, suivi d*un corps de troupes, fit mettre la ville au pillage et les soldats y commirent d*horribles excès. Le peuple en furie s*attroupe, se barricade dans les rues, et oblige les gens de MonLfort à sortir de la ville ou à se réfugier dans le château.
Bientôt après Siinou pénètre au sein de la cité et fait mettre tout à feu et à sang. L'incendie allumé par les troupes de ce général se manifeste sur trois points, à SaintrRemi, à Joux-Aïgues, et à la place Saint-£tienne. Sur cette place étaient rassemblés les Toulousains qui, excités par le désespoir, se précipitèrent sur les agresseurs
nm urfiBMtDuius.
et les forcèrent à se retirer daos la cathédrale, la tour de Mascaron et le palais épiscopal : ils poursuivirent ensuite ceux qui n'avaient pu trouver un asile jusqu^à Thôtel de « Ck)a&ininges, situé près de rancienne église de Saint-Jacques. Simon de Montfort, averti de ce mouvement, se rendit sur la place Saînles^Scarbes, où il rallia tout ce qu'il put de ses troupes ; mais les Toulousains, qui déjà étaient maîtres du terrain, secourus par le quartier de la Groix-Baragnou, le repoussèrent avec une admirable intrépidité , lui tuèrent un grand nombre de gens, et le refoulèrent enfin jusque dans Tenceinte de la cathédrale. Là, ce général rallia de nouveau ses troupes au pied des autels ,et sortit pour attaquer la porte Sardane ; mais il fut encore repoassé avec vigueur et forcé de se retirer au château Narbonnais. 11 fit alors paraître (levant lui les prisonniers et leur déclara que s'ils n'engageaient pas leurs concitoyens à rendre la ville, il leur ferait couper la tete à tous. Foulques, qui savait que Simon de Montfort était capable d*en venir à Texécution, imagina un slatagème qui réussit. Accompagné de Jourdain abbé de Saint-Saturnin, il parcourut la ville entière» annonçant partout sur son passage que le général était disposé à mettre en liberté tous les prisonniers, pourvu que les Toulousains remissent leurs armes et les tours de leurs maisons ; qu'il rendrait aussi tout ce qui avait été enlevé dans le pillage. On délibéra sur ces propositions, que le généreux désir de sauver les prisonniers fit accepter. Simon les approuva, et fit annoncer qu'il se i^endrait le lendemain à I hùlei-de-ville avec ses barons, recommandant aux habitants de s'y trouver de leur côté avec leurs armes.
. mm imiirtoiàiUB. 45
A rheurô iadiquée, Simon entra dans rh6tel de ville à la téte de ses troupes ; les Toulousains y vinrent aussi. Jouidain, abbé de Saint-Saturnin, prit alors la parole : « Le comte qui est ici présent, dit-it, vous a bit assembler
* pour faire la paix avec vous et vivre dans la suite en > une parfaite union, ainsi que votre évêque vous Fa dé- » claré. Ce prélat a pris beaucoup de peine pour condure » raccord, et il but que vous di^es si vous Tapprouvee.
» Le peuple rendit par acclaïualiou : — iNous Tapprou- » Tonsl « Le comte, reprit labbé, oflire de donner sauf- » conduit à ceux qui, n^étant pas contents du traité, vou- » dront se retirer ailleurs, et il ne sera bit aucun mal à
• ceux qui demeureront : révéque et moi en sommes les B giurants. » Simon se fit alors remettre les armes qu'on avait apportées ; il plaça des soldats dans les tours dont il se saisit, et par une perfidie indigne d*une àme noble, il fit arrêter prisonniers les principaux habitants. Son dessein était de mettre la viUe au pillage et de la détruire de fond en comble. Aussitôt un des barons nommé Valats dit à Simon : Seigneur, la plupart des habitants de Toulouse sont gentilshommes ; par un sentiment d*honneur, vous ne devez pas exécuter cette proposition. Un autre baron nommé Lucas ouvrit un antre avis : il proposa de disperser les prisonniers et de £aire racheter aux Toulousains par une grosse somme le sac de leur ville. Foulques se rangea de cet avis. Simon fit assembler le peuple à Saint-Pierre-des- Coisines et exigea mnêe nUUe marcs émargent, déclarant que si cette somme n'était point payée à la Toussaint prochaine, il ferait périr tous les habitants. Ceux-ci se soumirent, et après Tavoir reçue, Simon quilia Toulouse le 2
novembre» se rendit à Saint-Gaudeiis et de là a Tarbes, uù il maria Gui, son second ^s, avec Pétronille de Commiûges^ héritière du comté de Bigorre.
Après le mariage, Simon vint mettre le siège devant le château de Lourdes qu'il fut obligé d'abandonner; il se rendit ensuite à Saint-Lizier, capitale du Couserans, et de là à Aspet dans le Comminges. Rentré bientM après à Tottloase, il acheva de la saccager en détruisant les tours et les maisons qui pouvaient Étire quelque défense, et résolut ensuite de porter la guerre dans le pays de Foix..
Le 6 février 1217, il mit le siège devant le château de Montgrenier, près de Foix. Cette place fut vaillamment défendue par Roger-Bernard, fils du comte. Ce dernier apprit avec étonnement Tinvasion de Simon dans ses états. Se trouvant alors à Perpignan, il demanda aux commissaires Texécution des ordres du pape. Honorius II! avait depuis peu de mois succédé à Innocent. Ce pontife avait ordonné à l'abbé de Saint-Thibéry de restituer à Raymond- Roger son château de Foix. Les commissaires vinrent prier Simon de Montforl d exécuter ces ordres et de lever le siège de Montgrenier ; mais ce général se montra inflexible. — Roger-Bernard se vit obligé de capituler la veiUe de Pâques.
Un nouveau légat arriva alors dans la province ; il se nommait Bertrand, cardinal-prêtre du titre de Saint-Jean et Saint-PauL Le premier soin de ce légat fut d'envoyer les niaUres au écoUers demeurant à Paris dans le Toulon-^ sain pour y instruire les peuples. Ces hommes appartenaient aux écoles publiques de la capitale et étaient en grande réputation de science et de vertu. Foulques, évéque
itàiVS INTBBHftDUlteBS. h'I
dd Toulouse, écrivit au pape Honorius pour le prier de
rautoriser k se démettre de sa charge et à rentrer dans le cloître, ou de partager son diocèse, beaucoup trop étendu pour pouvoir être gouverné par un seul pasteur. Le pape répondit qu'il ne jugeait point convenable d'accéder à sa demande.
Après la prise de Montgrenier, Simon se rendit à Carcassonne et de là à Âgen. Il ne tarda pas à apprendre que le ûls du comte de Toulouse étendait tous les jours ses conquêtes du côté du Rhône. Ce jeune prince avait établi sa résidence à Avignon. Au commencement de Tannée 1217 H donna en fief a Raymond de Roquefeuille les châteaux de Breissâc et de Ganges ainsi qu'une charte en faveur du monastère de Val-Salve. 11 se qualifie dans ces actes de comte de Toulouse. Raymond VI son père exerçait encore la souveraineté, puisque le 218 mai il accorda divers privilèges aux habitants de Beaucaire et institua, dit-on, la célèbre foire qui porte ce nom.
Le récit des expéditions de Simon de Muuiloi i du côté du Rhône- n'appartient pas à notre histoire. Au milieu de ses exploits, il reçut la nouvelle d'une révolution éclatante qui s'était opérée à Toulouse. Les habitants, exaspérés des indignes traitements dont ils avaient été Tobjet, résolurent de rappeler leur ancien maître. Raymond VI, qui sans doute entretenait de secrètes intelligences dans la ville, avait quitté la Provence et s était Uansporté au-delà des Pyrénées. Ce fut là qu'il reçut Tinvitation de rentrer dans le domaine de ses pères. U assembla aussitôt quelques Aragonais et Catalans, et accompagné du comte de Pailhas, du comte de Comminges, de Roger de ijflontaut et de Ro-
ui.
m TEMPS
gcr-Beniard, il arriva au voisinage de Toulouse. Le la septembre au matin, quatre ans après, jour par jour, sa défaite dans la plaine de Muret, il rentra dans sa capitale, après avoir traversé le fleuve au gué situé au-dessous du Badaele, Sa prés^e dans les murs de rantiqne Toulouse e&cita l'enthousiasme de la plus grande partie des habitants. Quelques-uns cependant, redoutant les vengeances de Simon de MouUoi se retirèrent avec les l^rauçais dans le château Narbonnais, le cloître de Saint-Etienne, le pa^ lais épiscopal et le monastère de Saint-Saiurnin. Raymond parvint, à force de caresses on de menaces, à les gagner à son parti. Devenu maître de la ville, il ^uicupa nuit et jour à la fortifier, ordonna de creuser de larges fossés qu'il fit défendre par des })alissades et des retranchements, et construisit aussi des bastions et des redoutes.
La comtesse de iMontfort, qui se trouvait dans le château Narbonnais, fit avertir secrètement Gui son beaurfrère et Simon son niai i de tout ce qui venait d'arriver. Aussitôt Gui de Montfort et Gui de Bigorre, son neveu, viennent, à la tête de plusieurs chevaliers, attaquer Toulouse du côté du plan de Montoheu. Us sont repoussés par les Toulousains. Une nouvelle attaque tentée du côté de Féglise de Saint-Jacques n'est pas plus heureuse. Bientôt la plus grande partie des gentttshommes de Gascogne, de Quercy, de l'Albigeois, du Carcassés, viennent au secours de Raymond VI, et Ton voit entrer à Toulouse, au son des trompettes guerrières et enseignes déployées, Gasi)ard de Labartbe, Roger de Commtnges, Bertrand de lUle, Geraud de Gourdon seigneui* de Caraman, Bertrand de Montaigu, Guitard de Marmande, Etienne de Lavalette, Gérard de
TBÉfê imBBMiDIÀlBIS. 49
Làôlolhet Bertrand de Teslillac et Geraud d'Amanieu, tous
suivis de soldats bien aguerris.
Simon de Montfort quitta prolmpiement les bords du Rhône, et, suivi du légats s'avança jusqu'à Baziége. Le siège de Toulouse fut résolu. Baymond Vi laissa approcher Simon des fossés, et se jetta avec tant d'impétuosité sui" ses escadrons qu'il Tobligea à prendre la fuite. Le comte de Comminges prit alors une arbalète et en décocha deux traits sur Gui de Montfort qui lui percèrent les deux cuisses de part en part et le renversèrent dans le fossé. Les comtes de Toulouse et de Comminges sortirent alors de leurs retranchements et se jetèrent avec tant d*arâeur sur les Français qu ils les contraignirent à une prompte retraite.
n n'était pas prudent pour Foulques de rester à Toulouse près du prince (son souverain; qu'il avait si audadeiisement abandonné; il se fit donner la misâon spéciale par le légat d'aller en l' i ance prêcher la croisade en faveur de Montfort. 11 partit en effet avec quelques autres prédicateurs, parmi lesquels on distinguail le fameux Jacques de Vitri. La comtesse de Montfort, elle aussi, quitta Toulouse et se rendit à la cour de France. Raymond parut smquiéter peu de tous ces mouvements; il se voyait puissamment secouru, car le comte de Foix lui amena un corps liti iXavarrais et de Catalans qui fut reçu aux acclamations du peuple. Le vieux comte allait prendre ses revanches.
Simon prit le parti de faire le siège de Toulouse dans toutes les formes. Ce fut vers la fin de septembre 1217 qu'il commença le siège. 11 attaqua d'abord la ville sur deux pcRnts assez rapprochés, te château Narbonnais et la porte Montolieu. Ces deux points se trouvant extrêmement forti^
1M TEMPS INTBIUlÉDIAIItES.
fiés, il changea de direction et se porta au faubourg Saint- Cyprien, après avoir traversé le fleuve ; là, il se vit repoussé avec force et perdit un grand nombre des siens, il se dis* posait à regagner son premier quartier lorsque le comte de Foix tomba sur lui à Timproviste et le mena jusqu à Muret qui avait été le théâtre de ses victoires. Simon, dans sa déroute, se vit obligé de repasser le fleuve presqu'au même lieu où Tarmée de Raymond VI avait laissé tant de soldats. En entrant dans la barque, il tomba de cheval dans un gouffre, où il aurait infailliblement péri à cause de la pesanteur de son armure, sans les prompts secours qui lui furent portés.
Après avoir rallié ses troupes, il vint par les défilés des montagnes qui bordent le fleuve reprendre son premier (]uai Lier vis-k-vis du château Narbonnais et de Ui porte de Montolieu, et se disposa à pousser le siège avec vigueur*
De son côté, Raymond assembla les habitants et reçut rbommage de leur inviolable Mélité. H fut décidé qu'on emploierait tous les moyens d'attaque, tels (]ue trébucbets, pierhers et mangouueaux; qu'on battrait avec ces machines le château Narbonnais et qu*on relèverait les murailles de la ville. Hommes, femmes et enfants, tous devaient participer à ces travaux et de jour et de nuit. Pendant tout l'hiver, les machines battirent le château Narbonnais, tandis que Simon de Hontfort continuait le siège.
Nous possédons plusieurs chartes que Simon de Montfort octroya pendant le siège de Toulouse; ainsi, le 13 décembre 1217, il recommanda les intérêts de saint Dominique et de ses couvents aux sénéchaux de Carcassonne et d'Agen. Ce saint palnarche était parti pour Uoiue après
TBMVS INTBRVftDUIBCS. 2f
ta fondation du monastère de Saint^RomaîD, l^organisa^*
Uon complète de ses communautés de Piouiile et de Toulouse, et avait obtenu Tapprobation et b confirmation de son uidre du pape Honorius. Dans la bulle pontificale, il est Mt mention de deux autres églises, celles de Loubens et de Lesciiie qui avaient été cédées à saint Dominique. Revenu à Toulouse vers le mois de mai, il reçut, à la féte de l'Assomption, les vœux solennels des religieux et des religieuses de ProuiUe, et un peu plus tard ceux des reli^ gieux de Toulouse ; il donna ensuite la mission à quelquesuns de ses disciples pour divers p^ys. Saint Dominique ne resta que cinq à six semaines à Toulouse ; pendant ces jours, il se livra aux travaux de la prédication et convertit un grand nombre d*àlbigeois. Des personnages distingués par leur naissance et leurs richesses se rangèrent alors au nombre de ses disciples, entrautres, Arnaud de Toulouse, Raymond du Falgar du château de Miramont, et Pons de Samatan. Au mois de septembre, se trouvant à Gastelnau près de Toulouse avec Foulques, il y termina un différend qQi était survenu entre les fermiers du chapitre de Saint- Etienne et ceux qui devaient prélever la sixième partie des dîmes accordée aux missionnaires. Après avoir donné dadmirables instructions à ses disciples, il partit pour l'Italie, laissant le gouvernement de sa nouvelle maison de Ton* louse à Bernard de Garrigues.
Simon de Montfort, qui voyait ses a£Eaires décliner dune manière sensible, écrivit au pape pour se plaindre de ce que Jacques 1'% roi d'Aragon, avait donné des secours au comte de Toulouse. Honorius adressa des remontrances à ^ jeune prince qui n avait alors que dix ans ; il écrivit
if Ttm umii^iAiiiB.
aussi aux consuls et aui habitants d6 Toulouse pour leur
ordonner de cesser la guerre contre Simon, et adressa en même temps au jeune Raymond une lettre très pressante et très vive qui était conçue en ces termes :
< A Raymond, fils de noble homme Raymond autrefois » comte de Toulouse, Fesprit d*un conseil plus sage. Quoi- > que votre père se soit attiré par ses énormes forfaits une » sentence d'exhérédation, non seulement pour lui-même, » mais encore pour toute ^ postérité, le saint-siége, piein » de bonté et par compassion pour votre jeunesse, a tou- » tefois réservé en son pouvoir une partie des domaines » que votre père possédait en deçà du Rhône pour tous » les donner, comme il conviendrait, supposé que vous ne » marchassiez pas sur ses traces. Mais tous imitez sa ma- » lice, et vous faites tous vos efforts, ainsi que nous l'avons » appris aTOc douleur, pour détruire dans le pays TafiEure » de la paix et de la foi : affaire qui a coûté tant de peines » et tant de traTaux. Vous avez porté le trouble au-delà de » ce lleuve au mépris du siège apostolique, tandis que les » exemples domestiques devraient vous faire assez wm- » prendre combien il est dangereux de regimber contre » réperon ; car si lEglise romaine appuyée, noUi^de ses » propres forces, mais de celles de Dieu, souffire Toppres- - » sion pendant un temps, elle na qu'à commencer à appe- » santir sa main sur les rebelles et elle triomphe aussitôt » plus admirablement (par le secours de Dieu) dans les en- » droits où elle paraît la plus vexée. Nous vous exhortons >» donc à rejeter les conseds de ceux qui vous ont séduit » jusquici, et à tâcher d'éprouver la douceur du saint- » siège plutôt que sa sévérité ; à ne pas troubler, soit par
TBMPS lïtTBRMÉDlilRBS. , 23'
> vous-même, soit par les aatres, les pays situés au-delà
» du Rhône, mais à vous montrer si exact à exécuter nos » ordres, que vous ne soyez pas privé de Teffet de la grâce » ai»osiolique. Apprenez dune îi être saj^'c \m les disgrâces » de votre père, et ne vous rendez pas Dieu contraire et » vous-même contraire h Dieu. Si vous avez quelque sujet » de dispute qui vous intéresse vous-même ou vos associés, » déférez-en le jugement au saint-siége, qui ne manquera » pas de vous rendre justice. »
Nous avons vu que Foulques était de retour, en septembre, du voyage qu'il avait entrepris pour chercher des secours. Vers le commencement de l'année iSiS un corps lie croises arriva à Toulouse, parmi lesquels se trouvaient Michel de Hames et Arnaud de Chisoin, chevaliers flamands. i*our témoigner à Tévêque Foulques sa reconnaissance, Montfort lui donna le château de Verfeil avec vingt villages qui en dépendaient, sous la condition d'un chevalier armé. Cette donation devint la source des grandes richesses de Févèché de Toulouse, richesses qui passèrent aux successeurs de Foulques. On vit aussi arriver au siège de Toulouse Pierre, évéque de Rodez, qui couduiiiL à Siuion quelques soldats.
Ce général commençait cependant à se décourager de la longueur du siège; ses ressources étaient presque épuisées. Gomme le légat semblait douter de sa prudence et de sa valeur, Montfort prit la vie en dégoût et pria Dieu de la lui ôler. Il avait construit une grande machine nommée caie et destinée à battre en brèche les retranchements élevés par les Toulousains. Le jour de Saint-Jean-Baptîstc, ceux-ci résolurent de faire une sortie, en divisaut leurs
24 TKMPS UiTBEMKUUlRK».
forces : les uns devaicjit ciLlat^uei les machines, les auh t^ faire irruption sar le camp des croisés. Moatfort était à Matines quand on vint lui parler de la sortie qui devait s'effectuer. Il ordonne qu'on lui apporte ses armes et se dispose à entendre la messe. Pendant Toblation, on vient
l avertir que la sortie des Toulousains s est opérée Il
répond €fu*il ira au secours de ses soldats après la messe. — Mais, lui objecte-t-on, plusieurs d'entreux sont déjà tués? — Lui répond qu*il ne sortira qu'après avoir vu son Rédempteur. Le prêtre ayant levé Thostie, il récite le Nuhc dimittis^ part, et se jette dans la mêlée. Jamais il n*avait paru plus vaillant et plus intrépide. Un instant les assiégés sont repoussés ; mais bientôt reprenant courage, ils font pleuvoir sur les Français une si grande quantité de pierres et de traits, que Simon, afin de s'en préserver, va se placer dans la grande machine quil avait coii.>Uuilo. Mais une pierre lancée d*un mangonneau Vatteint à la téte et le blesse mortellement ; il n a que le temps de se recommander à Dieu, et expire. On couvrit aussitôt son corps, et Gui son frère le fit porter dans la tente du légat.
Ainsi mourut devant les murs de Toulouse le fameux Simon de Montfort.
A l'époque de sa mort, il exerçait tous les droits de la souveraineté sur une partie des états de la maison de Toulouse, puisque Rostaing de Posquières lui rendit hommage pour ce château, et Raymond Pelet pour la seigneurie d'Alais ; i évéque d'Agen passa même avec lui un compromis sur la haute justice de cette ville et le droit de £adre battre monnaie, transaction qui fut signée par Grimoald, évêque de Commînges.
TEMPS UdSRMÂDUUJU. S5
Simon de Moniiort a eu des paûegyrisles et des détracteurs. Les premiers en ont fait un martyr de la foi, et Tont comparé à Gédéon et à Judas Machabée ; les seconds l oDt en (pielque sorte livré à la baine de la postérité^ comme Ihuinme le plus fourbe et le plus cruel qui fût jamais. Exagérations de part et d*antrei Simon avait beaucoup de piété, une foi ardeûte, un courage à toute épreuve, et un incontestable talent pour Tart militaire. Quand il n'était pas question de.^ albigeois, il paraissait généieux et bienfaisant; mais sa religion un peu cbevaleresque, continuellement excitée par les flatteries des pontifes et des prêtres, des barons et des croisés, lui lit croire qu'il avait été suscité de Dieu pour la destruction complète de la race impie des modernes manicbéens. Dans cet ordre dldées, il sattacba à la poursuite de ces malheureux avec une vigueur qui désespérait la clémence; il se montra envers eux inilexible, cruel, et même sanguinaire. Agir ainsi, c'était à ses yeux accomplir un devoir.
On Ta accusé d'avoir eu une ambition démesurée, et davuir cherché à élever sa famille au faîte des grandeurs. Ce reproche est beaucoup plus sérieux que tous les autres. A s'en tenir aux auteurs du temps, il est certain qu'on ne peut l'excuser sur ce point, et il paraîtrait plus grand aux yeux de la postérité s'il eût été plus désintéressé dans le Gom^ de ses conquêtes. Simon laissa, d'Âlix de Montmorenci sa femuie, quatre lils : Arnaud, Gui, iîobert et Simon; et trois ûlles, Amicie, Laure, et une troisième dont le nom tfest point connu. Amauri lui succéda dans ses dignités ; Gui fut comte de fiigorre par sa femme ; Robert mourut sans alliance ; Simon , fait comte de Leycestre (en Angle-
S6 TEMPS IMTBMIISDUIBES.
len c), devint là souche de cette maisûo. Quant aux filles» Âmicie épousa Gaucber de Joigny, et Lanre Gerand de
Pecquigny ; la troisième se lit religieuse k Saint-Antoinedes-Qiamps-les-Paris. Cette dernière circonstance nous explique le haut iutérét que Foulques portait à ce monastère, conuoae on Fa tu plus haut.
A la nouvelle de la mort de Simon, les Toulousains firent une terrible sortie contre les croisés qui ayaient attaqué le faubourg Saiut-Cyprien. Ceux-ci prirent aussitôt la fuite, laissant un grand nombre de soldats sur le champ de bataille et abandonnant leurs équipages aux vainqueurs. Amauri, après avoir reçu le serment de MéUté de toute son armée, se prépara à venger la mort de son père. Ayant fait remphr plusieurs chariots de matières combustibles, il les dirigea vers les portes de la ville pour y mettre le feu. Mais cette tentative n'eut aucun succès : les assiégés éteignirent le feu, tuèrent les conducteurs des chars, et se portant ensuite vers son camp, le piiiërent, et rentrèrent dans la ville chargés de dépouilles.
Aniauri, le cardinal légat et les pnucipaux seigneurs se rendirent peu de jours après à Pamiers, où Tabbé et les chanoines de Saint-An lu tiin l'appelèrent en pariage de la seipeurie de cette ville. Le nouveau comte prêta serment de fidélité le 8 juillet dans l'église du monastère et prit possession de la ville et du château; il revint ensuite à Toulouse. D'après les conseils de Gui son oncle, il se <létermina à abandonner le si^e, fit mettre le feu au château Narbonnais et à toutes ses tentes, et le !2;i juillet, jour de Saint-Jacques, il se mit en marche vers Carcassonne. Le légat et Foulques le suivirent, emportant avec eux le corps
de son père auquel il fui £ait de superbes funérailles daus cette dernière ville. Simon de Montfort fut d'abord inhumé daos la cathédrale de Saiut-Nazaire, dans la chapelle de Sainte-Croix. On plaça sur son tombeau une énorme pierre où on le voit encore représenté ayec Tarmure de chevaher et les mains jointes. Plus tard, les ossements de Simon de MûuUûrl lurent apportés en France avec ceux de Gui son fils, et inbumis dans le monastère de Haute-Bruyère situé à une lieue de Montfort-r Arnaud, fondé par ia maison de Montfort pour les religieuses de Fontevrault. Simon fut enterré au milieu de Téglise avec Alix de Montniurenoi sa femme, devant le grand autel. On voyait autrefois dans cette ^Use la iigure de ce grand capitaine près de ia grille du chœur.
Le ûls du comte de iMontfort, désireux de conserver les domaines de son père, envoya Foulques à la cour de France pour solliciter des seco.urs, et écrivit au pape pour le prier d'adresser des bulles aux souverains dans le but de les faire croiser contre les Toulousains. Le comte de Saxe se trouvant dans Tarmée d'Amauri, avant de retourner dans ses états, conseilla \ ce seigneur de conclure un traité avec le comte ftaymond. Le légat repoussa la proposition, et déclara qu'il préférait être écorché vif que de laisser impume la mort de Simon.
Pendant le siège de Toulouse et le 30 mai 1218, Raymond lit son testament en présence du comte de Comminges, de Dalmace de Creixel, de Rogpr-Bemard, et do Raymond de Récand, Tun de ses principaux officiers. £n vend la teneur :
« La mémoire des hommes est sujette à faiblir et le jour
2S tun uiTBiiitotuuB.
» de la mort inceriain ; c est pourquoi moi Raymond, par » la grâce de Dieu duc de Narbonne, comte de Toulouse, » marquis de Provence, iiis de la reine (Constance, dans la » pensée et dans la crainte du dernier jugement, fais ainsi » qu'il suit mou testament : l^* Je veux que tous les re- » venus que Ton retirera de mes métairies du Toulousain • dans Tannée de ma mort soient remis à la maison des » Hospitaliers de Jérusalem et à celle de la milice du » Temple. 2^ Ces revenus seront distribués pour l'amour » de Dieu et la rémission de mes péchés, selon le bon » plaisir des frères et des témoins déjà nommés. 3° Je » laisse tous mes biens meubles et immeubles à Raymond » mon fils, pour (ju jI en dispose à son gré. 4" Je confie » mon autre fils Bertrand à la miséricorde de Dieu et aux » bontés de mon héritier. 5* Je révoque tous les autres » testaments que j'aurais pu £aire. *
Le jeudi 5 de juillet, il dressa Tacte suivant : « Considé- » rant les aumônes qui sont tous les jours distribuées aux » pauvres dans la maison des Hospitaliers de Jérusalem, je » donne mon corps à Dieu, à la bienheureuse Vierge, a » saint Jean et à rhôpital fondé en son nom. Je ne fais ici » qu'exécuter ce que j'avais déjà résolu : je promets à Dieu » et à vous Aymar de Cabannes, commandeur de la maison » des Hospitaliers de Toulouse, de ne prendre jamais » d'autre habit que le vôtre et dans votre commanderie : et » si je meurs avant de l'avoir pris, je veux être enseveli » dans votre maison. »
Après cet acte, eut lieu la réception de Raymond VI eu qualité de Irère ou chevalier de Saint-Jean : « Moi Aymar » de Cabannes, tenant la place de Bertrand prieur de
tlMM IHTBtHÉDUtSB». S9
» Saint-Gilles, au nom de tons mes frères, je tous reçois,
» seigneur Raymond, en qualité de frère de cette maison, » et vous rends participant de tous les biens spirituels qui » se font en notre ordre tant en Europe qu'au-delà des » mers. Âu nom de Bertrand prieur de Saint-Gilles, il » vous est permis de prendre Thabit, quand vous le ju-
• gérez convenable, avec toutes les cérémonies usitées en
» pareille occurrence. Afin que la teneur de cet acte soit à *
• jamais irrévocable, je Tai muni de mon sceau, en pré- » sence de Dalmace Creixel, d*Aribert, chapelain du sei-
• gneur comte, de Ricaud et Doat Aleman, de frère Jérôme » Papais, hospitalier, et de Pierre Arnaud, notaire du dit » comte. »
H noas semble qu*on peut légitimement conclure de cet
acte authentique, qui fut dressé au mois de juillet 1218, que Raymond VI ne mourut pas excommunié, comme Font
cru certains auteurs et comme on parut tout d'abord le
croire après sa mort. Jamais les hospitaliers de SaintJean n'eussent reçu ce noble seigneur au nombre des chevaliers ou frères s'il eût été encore sous Tanathème, et il est impossible d'admettre qu'ils ignorassent l'existence de l'excommunication si, à cette même époque, le comte se fût trouvé frappé par cette sentence.
Ce seigneur fit terminer pendant le siège de Toulouse la nouvelle nef de l'église cathédrale qui était depuis longtemps commencée. Elle fut construite à côté de i église primitive, qui, d*après certaines traditions, occupait la place où se trouve aujourd'hui le clocher et les bâtiments qui en dépendent. Elle était terminée par un mur demi-circulaire qui fut abattu lors de l'élévation intérieure du
30 TBVS umnitDiiius.
chœur. Cette nef n'a point été commencée sous Raymond
VI, mais bien sous Raymond V son père. Les ouvriers qui la terminaient voulaient abandonner les travaux à cause du siège : le comte leur ordonna de les pousser jusqu'à leur entier achèvement, et ht placer ses armes aux clefs de la voûte.
Labbaye de Grand-Selve perdit k cette époque Pierre» son abbé. Il eut pour successeur Raymond de Roqueville, qui reçut pour son monastère quelques domaines de la libéralité d'Arnaud de Faudoas. Sembrun, seigneur de Lesparre, se montra aussi généreux enveis cette mai^oa et lui donna une rente annuelle d*un muid de sel à prendre sur la terre de Soulac. Raymond de Roqueville gouverna Grand-Selve jusqu^à Tannée 12^1, où Remard lui succéda^
Après la déroute des croisés, le jcuue comte Raymond parcourut TAgenais, qu'il soumit à son obéissance. Condom^ Marmande et Aiguillon le reçurent avec une joie extrême. . De son côté, le comte de Comminges recouvra tous ses do-' maines oL iiL périr Joris, général de Montfort, ainsi que les Français qui se trouvaient dans le pays. Ces hardies repré^ sailles ébranlaient le crédit d'Amauri de Montfort, qui se plaignit au pape du danger que présentait sa situation. Aussitôt Honorius écrivit aux évéques de France (il août 1218) pour leur dire d'engager leurs diocésains à se croiser en faveur de ce prince contre les Toulousains, leur comte et son tils. En môme temps il donna à Amauri 1 investiture de la possession de la ville de Toulouse et des* villes voisines.
Au mois d*octobre, le comte de Toulouse se trouvait à
Perpignan, où il passa un accord avec Pierre Bermond de
TJtMPS UtTBRMÉOUU&BS.
Sauve, son petit-fils par sa Me ; il lui donua eu Uef le château de Laroque-Valsergae, et la suzeraineté qall avait sur les terres de Raymond Pelet ainsi que sur celles de Bernard d^Ândoze. Bernard de Sauve promit de son côté à Raymond de le servir envers et contre tous, excepté contre le pape et le roi de France, à moins qu'ils refimssent de lui rendre justice. Peu après cet accord, les habitants de Nîmes se rendirent à la maison de Toulouse dans la personne de Sancie, femme du jeune Raymond, qui, au mois de novembre, confirma tous leurs privilèges et leur accorda ic pardon du passé.
Brillait alors de tout Téclat de la sainteté un gentilhomme du pays toulousain, Pierre Nolasque. 11 était né vers la fin du douzième siècle, au Mas-Saintes-Puelles, dans le diocèse de Toulouse, de parents riches. Pierre perdit son père appelé Nolasco à Tàge de quinze ans, et coutmua de vivre chrétiennement sous la conduite de sa mère. A répo({ue de la croisade contre les albigeois, il s'attacha à Simon de Montfort. Ce seigneur, se trouvant chargé de la tutelle du jeune Jacques F, roi d'Aragon, fils de Pierre qui fut tué à ia bataille de Muret, le confia aux soins de Pierre Nolasco. Jacques étant rentré dans la possession de ses états, notre gentilhomme Ty suivit, et vécut à Barcelonne dans un hôtel que le jeune roi lui avait donné dans la paroisse Saint- Paul, après ravoir incorporé dans la noblesse de Catalogne.
Son ardente charité envers les pauvres, la vue des souffrances qu'éprouvaient les chrétiens dans les fers au pays des Maures et chez les barbares, lui inspirèrent le dessein détabhr un ordre destiné à les racheter de Tesclavage. Dans, ce dessein, il vendit tous les biens qu'il possédait
ai mips UfRUIÉDMliBS.
dans le pays de Laurac (le Lauraguais), Ul de nombreuseà quêtes, fit entrer dans ses proji ts quelques gentilshommes, s'arma de courage contre tous les obstacles, et parvint à &îre approuver son dessein par le roi Jacques et par les grands du royaume. Il eut pour principal moteur dans son entreprise Raymond de Pegnafort, chanoine de Barcelonne et grand-vicaire de l'évéque.
Lorsque tout fut disposé pour Texécution, le roi, accom* pagné de toute sa cour et des échevins de la ville de Barcelonne, ^ rendit dans la cathédrale de Sainte-Croix, le jour de Saiul-Lauicul 1218. L'évéque Béreiiger de la Palu ofûcia pontiilcalement. Après révangile, Raymond de Pegnafort monta en chaire et protesta solennellement, en présence de tout le peuple, que Dieu avait révélé miraculeusement au roi, à Pierre Nolasco, et à lui-même, sa volonté touchant Tinstitution de Tordre de Motre-Dame de la Mercy pour la rédemption des captifs. — A Tissue de Voffrande, le roi Jacques et Raymond présentèrent le nouveau fondateur à révêque, qui le revêtit de la robe blanche et du scapulairu de 1 ordre. Deux gentilshommes se joignueut à Nolasco et firent avec lui leur profession solennelle. Le roi donna au nouvel institut la plus grande partie de son palais de Barcelonne; plus tard« on fit bâtir un noûYeau monastère sur le bord de la mer, auquel on joignit Téglise de Sainte-Eulalie. Ainsi Barcelonne a eu la gloire de devenir le berceau de Tordre de la Mercy, comme le diocèse de Toulouse a eu celle d*avoir donné le jour à son fondateur.
Pendant que Pierre Nolasqiie instituait à Barcelonne Tordre de la Mercy, saint Dominique appelait à Rome, où il se trouvait, quelques religieuses de Prouille. Elles étaient
ail nombre de huit, et aYaîent à leur tôte une s(toilr nommée Blanche, née ii Toulouse, laquelle, après avoir saintement vécu dans Tétat du mariage, s'était retirée dans cette maison. Le voyage des religieuses de Prouillc a Uomo se rattachait à la commission qu'avait reçue du pape saint Dominique de travailler à la réformalion de toutes les religieuses de Rome, ce qui fut exécuté par notre .saint au monastère de Saint-Sixte. Qhatre des religieuses qui étaient venues à Rome rentrèrent, peu de temps après, à Prouille ; Blanche demeura à Rome, et devint supérieure des dominicaines de cette ville.
Amauri de Hontfbrt perdait tous les jours quelques pla^' ces. Ainsi, au mois de novembre 1218, JNimes ouvrit ses portes à Sancie, épouse du jeune comte de Toulouse, qui conûrma alors au nom de son beau-père et de son époux tons les privilèges des habitants. Au mois de mars 1219, Raymond VI se rendit en celte viiic et approuva la charte de la comtesse sa belle-ûlle*
Les albigeois existaient encore, quoique depuis le concile de Latran ce parti se fût considérablement affaibli. Foulques craignait toujours qu'il ne vînt à renaître de ses cendres; c'est ce qui le porta à se rendre au chapitre gé^ néral de Giteaux. Il y demanda qu'on choisît un des abbés de Tordre pour renvoyer à Rome atin d'engager le pape à redoubler d*énergie pour la destruction totale de la secte. Le pape écrivit en effet au roi de France des lettres qui portent la date du iS mai 1219; il disait au roi : « Ce » serait aller directement contre les^ statuts que IJElgUse a t dressés depuis longtemps et contre votre honneur que > de vous laisser surprendre par les Toulousains et leurs
34 TEMM 1NT&RM6DU1EBS.
» complices. Nous avons déjà accordé tous les domaïues conquis à Simoii de Monifort, d'illustre mémoire, et » ensuite à notre cher iils Arnaud comte de Toulouse. • Votre excellence voit assez que le but des Toulousains » et de leurs associés est de rendre inutiles, ce qu'à Dieu » ne plaise ! tous les préparatifs que tous ayez laits pour » cette affaire. «
Conséquemment aux désirs du pontife, Louis, fils aîné de Philippe-Auguste, se mit en marche à la tête d'une forte armée et s'avança vers i Aquitaine. . Pendant que le jeune prince' se dirigeait* Ters cette province, Amaurî assiégea Marmaude, qm fut défendue par Centuile comte d*Astarac. Le jeune Raymond s'approchait pour venir au secouis des assiégés lorsqu'il reçut un émissaire de la part du comte de Foix qui le priait de venir le joindre dans le Lauraguais afm de l'aider à protéger un convoi qu'il craignait de voir tomber entre les mains d'Amauri.
Raymond-Roger s'était enfermé dans Baziége situé à trois^ lieues de Toulouse, vers le sud-est. Le jeune comte étant venu l'y joindre, il fut résolu qu'on irait attaquer les enne- . mis. Raymond range donc son année en bataille; il place
le comte de Foix et son iils à l'avant-garde avec leurs vassaux, le comte deComminges au corps de bataille, et réserve pour lui Farrière-garde avec son frère Bertrand. Le combat fut engagé par le comte de Foix, qui s'avança jusqu'aux bords du fossé qui le séparait des troupes d'Amaurî : mal» il fut vivement repoussé. Aussitôt le jeune Raymond accourt pour le dégager et fait des prodiges de valeur. Guiraud de Seguret, chevalier français, Tayant aperçu dans la mêlée, le désigne aux traits de ses compagnons d'armes.
tnPS IKTBNIÉDIAIftBS. 35
(Raymond se Mi aussitôt remettre par son écuyer une lance forte et courte, et se jette avec une incroyable impétoofiité sar les escadrons ennemis. Rencontrant le chevalier Jean de Brigier, il lui porte un si terrible coup de lance qu*il le perce de part en part et s'écrie : Francs che^ valiers, frappez/ l'heure est vernie que nos ennemis vont être entièrement défaits. A l'instant Seguret coort sur lui el cherche, mais en vain, à le désarçonner. Les Français sont bientôt mis en fuite, Segnret pris et pendu, et les deux frères Folcaud, Jean de Brigier et Sicard do Montant faits prisonniers.
Amauri était toujours occupé au siège de Marmande. Louis vint l y joindre, accompagné de ce qu'il y avait de plus distingué dans le clergé et la noblesse de Prânce. 11 s empaia de la place, et la garnison fut obligée de se rendre à discrétion. D'après Favis de Févéque de Saintes, cette garnison aurait dû être passée par les armes. L'archevêque d*Auch fut d'un avis contraire, et parla à Louisen faveur du jeune comte de Toulouse quil déclara n être ni hérétique ni fstuteur d'hérétiques* « Il me paraît, diNl, » que l'Eglise lui cause un grand préjudice et qu'elle de- » Trait lui Ëdre grâce puisqu'il offre une entière soumis- » sion. Vous voyez d'ailleurs qu il retient prisonniers à » Toulouse Folcaud, de Brigier, et plusieurs autres barons, » qu'il fera pendre par représailles aussitôt qu'il aura appris » que vous aurez fait périr ceux qui étaient dans Mar- > mande. » Louis se rendit à ces observations et fit conduire la garnison à Puylaurens, laquelle fut peu de temps après échangée avec les prisonniers que Raymond avait faits à Baziége.
36 TUFS INTBKMtoUIBBS.
Ce jeune seigneur se trouvait alors à Toulouse occupé h
mettre la ville ea élat de défense contre Louis qui s'avançait pour Tassiéger. Raymond augmenta les fortifications, appela à son secours ses alliés et ses vassaux au nombre de mille chevaliers, sans compter Tinfonterie. Il confia la garde des divers quartiers et des principaux points de défense aux seigneurs de sa cour, parmi lesquels on distinguait le vicomte Bertrand son frère, Roger-Bernard, fils du comte de Foix, Guiraud de Minerve, Arnaud de Comminges, Arnaud-Raymond d'Aspel, Bernard-Jourdain seigneur de riUe, et Guiraud de Gourdon seigneur de Caramau. Tous les habitants pleins d'enthousiasme promirent à Raymond de verser jusqu'à ia dernière goutte de leur sang. On se rendit en foule à la basilique de Saint-Saturnin pour implorer la protection des saints dont les reliques reposalent dans ce temple, les machines furent dressées sur les murailles, et Ton attendit Farmée française.
Le 16 juin lâld, Louis parut devant Toulouse, suivi d'Amauri de Monllort et du cardinal Bertrand, légat du saint-siège. Henri comte de Rodez y vint aussi. Le prince français fit la circonvallation de là ville et des laubourgs, dressa ses machines et tenta d'emporter la place d'assaut. Tous ses efforts furent infructueux ; la défense devint si acharnée qu'il Mut lever le siège, et après quarante jours Louis décampa (i" août) avec son armée. Son départ eut lieu avec tant de précipitation qu'il abandonna toutes ses machines dont les vainqueurs s'emparèrent et qu'ils brûlè^ rent dans le camp du prince français. — Henri comte de Rodez fit son testament pendant le siège de Toulouse. Ayant résolu daller en terre sainte, il remit tous ^ do-
TEHP8 INTBKHBDIAIMS. 37
maioes à la garde de Pierre, évèque de iiodez> pour les tenir sous les ordres de son seigneur Amami, duc de Narbonne, comte de Toulouse et seigneur de Montfort.
Un très grand nombre d*éTèques se trouvèrent au siège de Toulouse ; Jean de Bétliune, évoque de Cambrai, y fut tué le %1 juillet. La déiisûte des croisés eut le plus heureuK succès pour la maison de Toulouse, qui reprit après la victoire la plus grande partie des places qui lui avaient été enlevées. Il paraît que Foulques n était point à Toulouse pendant le siège, puisque nous le trouvons à peu près à la même époque à Charlieu, y consacrant l'église avec Gautier de Chartres et Guarin.
Après avoir travaillé à la rêformation des religieuses de Rome, saint Dominique se rendit en Ëspagne, où il établit plusieurs couvents de son ordre. Pour aller de Rome dans sa patrie, il passa à Toulouse; mais il n*y resta que très peu de temps. Ayant quitté l'Espagne vers le mois de juillet 1219, il revint k Toulouse après la victoire éclatante remportée par les Toulousains sur les croisés. On rapporte qu étant près d une fontaine et manquant de vin pour son repas et celui de ses disciples, il changea l'eau en vin, comme le Sauveur lavait lait aux noces de Cana. Il lixa sa demeure, à Toulouse, au couvent de Saint*Romain qui possédait toutes ses affections. Après la rencontre dans cette ville de Bertrand de Garrigues, Tun de ses pr^iers disciples, il eut la consolation de donner Thabit de son ordre à un jeune homme de la plus grande espérance, héritier de la noble famille de Gargas, et qu oii appelait ,leaa de Johannis. Le saint patriarche résolut de prolonger son séjour à Toulouse, ville pour lui chérie entre toutes les
38 lM£HM£l>lAlftlij».
villes et qu il ne devait plus revoir. 11 passait les nuits en prières, et peodaat le jour il annonçait la parole de Dîeo. L'église de Saint-Romain se trouvant trop étroite pour contenir le nombre des auditeurs ayides de Tentendre, il con* tînua ses éloquentes prédications à la cathédrale de Saint- Etienne , où Tevêque, le clergé et le peuple se pressaient pour assister à ses discours. (Tétaient les suprêmes adieux du saint à une ville, à une contrée qu'il avait arrosées de ses sueurs et illuminées des douces splendeurs de sa vertu. 11 partit peu de temps après pour Paris, accompagné du P. Bertrand, qu'il renvoya plus tard à Toulouse (1).
A cette époque, Pierre Cellaui, ce généreux Toulousain qui avait offert à saint Dominique une première hospitalité, fut désigné pai' le saint patriarche pour aller fonder le couvent de Limoges. Cet humble disciple s'excusa sur son peu d aptitude; mais saint Dominique lui dit : « Allez, » mon fils ; marchez avec confiance. Deux fois par jour je » penserai à vous devant le Seigneur. Soyez- en sûr, vous » ferez beaucoup de conquêtes au Seigneur, et opérerez un » grand bien. Votre mission sera bénie; Dieu sera avec » vous. • Cellani exécuta ses ordres, et le couvent qu'il établit fut comblé des bénédictions du ciel.
Le vieux comte de Toulouse ne put prendre une part
(4) On a conservé on on eonsemît dans la province de Tonlonse plusieurs objets ayant appartenu a bainl Doiniiiique : le ctik ilix doiil il se servait dans ses missions, dans la basilique de Saiût-Salurnin ; sa chasuble, dans la môme église ; son capuce, à Prouille ; son rochel ou surplis, à Tabbaye de Rieunette, transporté ensuite à celle de Villelongne (ordre de Giteaux) an diocèse de Carcassoime; od montrait enfin à Saintfitienne la diaîre dans laquelle il avait prêché.
TKKPS INTBUrtDIAUBS. .30
très active au siège de cette ville à cause de son graod âge ;
mais le 10 septembre 1219 il accorda aux habitants, d'accord avec son fils, divers privilèges, parmi lesquels des exemptions d'impôts, et ne se réserva que les droits sur le sel, le pain et le vin. Au mois de novembre, les deux princes firent un voyage en Albigeois et confirmèrent a Gaiiiac la donation de quelque château en laveur de Pierre Bermond de Sauve seigneur d*Anduze . An mois de décembre, le jeune Haymond se rendit à Nîmes, où il confirma les privilèges que Sancie sa femme avait accordés aux habitants de celte vUie dans l'année précédente.
Au commencement de Fan Toulouse fut témoin d*un affreux spectacle : Raymond le jeune, s'étant emparé des deux firères Folcaud et de Jean de Brigier, leur fit couper la tête, qui fut promenée dans les rues et les places publiques au bout d*une pique. Ces chevaUers français, de la suite du comte Amauri, exerçaient dans la contrée toute sorte de brigandages. Le premier des Folcaud Caisait périr de faim au fond d u a cachot ceux qui ne pouvaient se racheter à prix d*argent, et taisait jeter ensuite leurs corps à demi morts dans des cloaques infects. S*étant emparé un jour de deux chevaliers (père et fils), il obligea le père à pendre son fils, et le fit mourir après hiî. Tontes ces cruautés étaient accompagnées d infâmes débauches.
La conduite des troupes d*Amauri ne pouvait que desaffectionner les peuples de sa cause ; aussi perdit-il alors un très grand nombre de places. Le jeune Raymond s*em* para, entr autres, de celle de Lavaur et du château de Pnylanrens. Au milieu de ses victoires, la comtesse Sancie sa femme douua le jour, à Toulouse, à une fille qui fut
40 TBMV6 imiMiDIÂIIIB.
nommée Jeanne. Foulques ne se trouvait point alors dans
cette Ville, puisqu'il avait reçu au mois de mars la mission de la part du légat Conrad, évéque de Porto, d*aller fonder, de coiicei l avec Févêque de Maguelùuoe, le moiiastère de Saint-Pierre d'Almanarra.
Au mois de juin 1220 et le juur de Saint- Jean-Baptiste, Raymond le jeune se trouvait à Gaillac en Albigeois, où il confirma en faveur dfu comte de Foix et de ses en&nts la donation faite par son père des lieux de Montauban, de Montaut, de Montaignt et de THe Amate. Les consuls de Toulouse assistèrent à cet acte :. c'était Pileiort de Ral>as* tens, Hugues d*Alfar, Geraud de Gordon, Raymond de Lordat, Bernard-Roger de Causac, Arnaud de Merglos, Bernard-Raymond Baragnos, et Arnaud Molis. — De Gaillac, le jeune comte vint à Gastelnaudarn, où il donna à Roger* Bernard de Foix, au commencement de juillet, tous les biens qui dans Castelnau et ses environs avaient appartenu aux deux frères Pierre et Guillaume de Martin qui s'étaient retirés de cette ville.
Amauri désirait beaucoup reprendre cette place ; aussi vint-il l'assiéger avec Gui comte de Bigorre, son frère. Eilc était défendue par Raymond le jeune et le Hls du comte de Foix. Dans une des sorties que firent les assiégés, Gui fut blessé à mort et lait prisonnier. Il expira bientôt après. Le comte de Toulouse fit placer son corps dans un cercudl recouvert de pourpre et le renvoya à son frère. Irrité de cette mort, Amauri résolut de presser le siège. — Nous avons des chartes qui furent faites à cette époque et qui nous apprennent la durée du siège de Castelnaudarri. Ces actes sont des donations dans lesquelles on trouve les noms
THiPS IHTBttliDlÂIBBS. 41
de Gui, évéque de Carcassooae ; d'Arnaud évéque de Nîmes ; de Vabbé de Montolieu, et de Gni de Levis, maréchal dAmauri.
Vers la fin de Tannée i220, le pape Honorius écrifit anx consuls et aux peuples des villes de Toulouse, de filmes et â*A?îgnon pour leur fixer un terme après leqnel, s*ils n'obéissaient aux ordres du légat Conrad, il exécuterait le. projet qu'il avait formé de supprimer les évéctaés de ces villes et de contisquer tous leurs bieus. Conrad, dont nous avons déjà parlé, avait succédé à Bertrand dans la légation de la province. Le pape écrivit aussi au jeune Raymond et au comte de Foix pour les obliger à mettre bas, les armes* Tout en exhortant Raymond à rentrer dans l'unité de rËglise, il lui déclare que si, dans un mois, il n'a pas obtempéré aux ordres du légat, il sera privé des i)ays situés en deçà du Rhône. Il menace en même temps le comte de Foix de lui enlever ses châteaux s*il ne vient à résipiscence. Ce fot aussi dans le même sens qu'il écrivit au comte de Comminges.
A cette même époque mourut à Toulouse, ^u couvent de Saint-Romain, Tun des plus anciens discii)les de saint Dominique, frère Thomas, qui avait donné l'hospitalité au saint patriarche. Les chroniques de l'ordre nous le repré* sentent comme un homme puissant en œuvres et en paroles, n fot le premier de la belle pléiade dominicaine qui monta aux célestes demeures.
Amaun de Montfort se vit obligé de lever le siège de Castelnaudarri, au muis de mars 1221. Il perdit bientôt après Montréal, que le jeune Raymond et le comte de Foix assiégèrent sur Alain de Rouci. Rayiuond passa ensuite du
kt TBMPS IMTIMrtDIAItBS.
côté do Rhône, et donna aux habitants d'Avignon qaelque$
diuib qu'il avait sur certains châteaux.
Au mois de juin» une noble famille du pays toulousain, Bernard de Marestaing et Alasaicie sa femme, donnèrent une de leurs filles pour épouse à Bemard-Jounlain, fils de Bernard de lllle, et lui constituèrent en dot leurs domaines de rille et d'Andoufielle. De son côté, Jourdain promit sa fille Mascarose au fils de Marestaing et lui constitua mille sols de dot.
An mois de juillet, le jeune Raymond quitta les bords do Rhône et se rendit à Gaillac en Albigeois, où il confirma tous les privilèges accordés à cette ville. Bientôt après Agen passa sous sa domination, malgré les eûorts d^Amaun, et le ^ du mois d*août il promit de son côté de protéger tous les habitants contre Montfort, d'entretenir à Agen un certain nombre de troupes, et confirma enfin tous les droits de cette ville, duiiuant les consuls ou capitouls de Toulouse pour garant de ses promesses.
Foulques et saint Dominique se i encontrèrent cette année à Rome. Pressé par le désir ardent de pratiquer la sainte pauvreté, le saint patriarche renonça par lac te suivant à toutes les dîmes du diocèse de Toulouse : « Nous Domi- » nique, maître de la prédication, pour nous et nos succes- » seurs les frères de notre ordre, nous rendons et cédons à » perpétuité, à vous Foulques, et k vos successeurs, h » sixième partie des dîmes des éghses paroissiales du dio- » cèse de Toulouse que vous aviez donnée h notre ordre, » avec le consentement du chapitre. Nous renongons à tout » moyen de rentrer jamais en cette possession. »
De son côté, Foulques céda à Dominique TégUse de Fan-
• mm umiMÉDiAttn. 43
jaux en ces termes : « Poor le salut de notre âme, le soit-
» tiea dti la foi catholique, rutilité de notre diocèse, nous
• cédons à tous, cher Dominique, maître de la prédication, » l'église de Sainte-Marie de Faiijaux, que nous donnons à
> votre ordre avec ses dîmes, celles qui nous appartiennent, » celles que la fabrique perçoit, celles aussi sur lesquelles » avait droit le chapelain de ce lieu ; à la réserve de no&
> droits épiscopaux, tant ceux qui sont catbédratiqnes que
* ceux qui &oai attachés aux procurations, aux visites, et à
> la charge des âmes qui incombera au prêtre choisi par le » maître ou prieur de ce lieu, ou qui nous sera présenté » par vos frères. » Le pape Honorlus, par une bulle ex* presse, coullrma la donation de Foulques.
Les deux actes que nous venons de rapporter fdrent le dcrniei' anneau de cette chaîne qui avait uni Foulques et DomiDique : ils ne devaient plus se revoir sur cette terre, puisque le sanil [»atriarche mourut à Bologne le 6 août de la même année. Ce sera une immortelle gloire à Foulques davoir reçu saint Dominique à Tuuiouse et d'avoir favorisé tontes ses saintes entreprises. Saint Dominique trouva en loi un défenseur intrépide, un protecteur généreux, un homme capable de comprendre par Télévation de son esprit b haute portée d'une mission toute céleste. En quittant la vie, Dominique légua à Toulouse ses bien-aimés disciples et le souvenir de sa vertu. Pendant quinze années, il ne cessa de combattre Thérésie par les seules armes de la parole. On ne le rencontre que dans deux ou trois occasions au camp des croisés, cherchant à tempérer par sa douceur te zèle qnelqu^ois trop ardent des défenseurs de la vraie doarine. En prenant le titre de tiuune de la prédication, il
44 TBMP8 UiTBBMâDlàlBU. •
donnait assez à connaître qu'il n'avait en son pouvoir contre les albigeois que la force de TEvangile, et d*autre feu pour ÏQs brûler que celui dune chanié ardente qui ne s'arrêta devant aucun obstacle. Ame céleste, génie bienflûsant! à qui tout fut soumis, et les cœurs et la nature : les coeurs, pour les conTertir ; la nature, pour opérer d'innombrables prodiges !
Nous trouvons à cette époque dans Toulouse Torigine de Tune des institutions les plus utiles du moyen-âge, l'érection de la frérie des pénitms, £Ue était spécialement destinée à combattre Thérésie. Saint Dominique lavait déjà établie au milieu de ses travaux apostoliques; mais elle reçut une forme nouvelle sous la protection d'Honorius, qui exhorta puissamment les peuples à s'enrôler dans cette milice de la pénitence. Ceux qui en £aâsaient partie étaient obligés de prêter serment de défendre la foi catholique; ils portaient dans le lieu des réunions, qui /était Féglise de Saint-Romain, un sac de couleur sombre, et étaient as* treints à la récitation de quelques prières et à la pratique de certaines œuvres. Cette milice peut être regardée comme une nouvelle croisade toute pacifique contre les albigeois, dont le parti n'était pas encore entièrement détruit.
C'est ce qui détermina le pape Honorius k s'opposer aux progrès des armes du jeune comte de Toulouse. Ciuyaut les arrêter, il lança contre ce seigneur la sentence suivante : « Notre cher bis Bertrand, cardinal du titre de Saint-Jean » et de Saint-Paul, alors légat du saint-siége apostolique, » faisant attention que Raymond, fils de Raymond ci-devant » comte de Toulouse, ne se contentait pas d'imiter la mé- • ehanceté de son père, mais qu'il la surpassait de b<eaa-
TEMP:» IiNTEftMËDlÂiaES. 45
» coup , loi a ôté par sentence tons les droits qu'il pouvait » avoir sur les domaines qui avaient appartenu ou qui ap- » partenaient à son père dans- rétendue de ' sa légation. » Nous confirmons cette sentence comme juste, ainsi qu elle » est plus amplement énoncée dans les lettres qui en ont > été expédiées. — Donné au palais de Latran, le 25 oc- • tobremi. »
Quelques jours auparavant, Kaymoud le vieux, étant k Montauban, y statua qu*on ne payerait que huit deniers pour chaque tonneau de vin qui desceudi ait le Tarn depuis Montauban jusqu'à Moissac. — Roger-Bernard fit aussi un autre règlemeuL pour les Moulalbanais touchant ies donations faites aux gens de main-morte. Toutes ces concessions et ces privilèges contribuaient puissamment à rattacher les peuples à leurs anciens maîtres et à les éloigner du parti des Montfort.
Vers la fin de l'année 1221, mourut le prévôt de Saint- Etienne, Masearon, dont nous avons déjà parlé. Quelque temps avant sa mort, il avait été dépouillé de sa dignité pour avoir favorisé trop ouvertement le parti de Raymond, et avait eu pour successeur Guillaume de Lauret. L'abbaye de Grand*Selve perdit aussi son abbé, Raymond I^, qoi eut pour successeur dans le gouvernement de cette maison fiemard P'.
Malgré les nombreuses expéditions des croisés et les prédications des hommes apostoliques, les albigeois, quoique affaiblis, s agitaient encore; ainsi, au commencement de Vannée 1222, ils tinrent une assemblée générale à Pieussan dans le Razès. Guillabert de Castres, qui avait pris le titre fastueux d'évéqm des ToulQusains, y présida. Il fut décidé
46 TKiiPS ummiDUtiBS.
dans cette assemblée qu'on donnerait un évèque aux hérétiques du Razés. Le choix tomba sur Benoît de Termes, que Guillabert ordonna évéqoe par Fimposition des mains et la cotmlation. Lévcqac albigeois était assisté de deux vicaires généraux qiîi prenaient les noms de /ils majeur et fils mtneur. Raymond Agulerius fut ordonné lils majeur, et Pierre Bemadi fils mineur.
Le pape Ilonorius nous retrace, du reste, 1 etaL de la province sous le rapport religieux dans la lettre suivante qu'il écrivit au roi Philippe-Auguste pour l'engager à venir au secours d'Amauri :
« Vous savez, notre cher fils, combien TEglise est » ébranlée dans ce temps-ci, surtout dm» les pays d'Albi- » geais, sur les limites de votre royaume. Les hérétiques » la combattent ouvertement, prêchent pubhquement contre »Ma foi, tiennent des écoles d'erreur, et élèvent leurs évé^ » ques contie les nôtres. Personne n'ignore les soins que » TEgUse romaine s'est donnés pour déraciner cette peste » de vos états, non seulement par les censures ecclêsiastî- » ques, mais encore par les secours temporels* Vous » n'ignorez pas que la puissance sécuhère est obhgée de
> réprimer les rebelles par le glaive matériel lorsque le » spirituel ne peut pas arrêter leur malice, et que les » princes doivent chasser les méchants de leurs états ; à » quoi ils peuvent être contraints de droit par TEglise, s*ils
> sont coupables de négligence. Comme nous écrivons aux • autres princes de purger leurs terres de ces sectaires, et » que cette peste fait de nouveaux progrès dans votre » royaume en sorte que les ennemis de la foi semblent •» prévaloir et triomphei* des hdèles, il est de votre excel-
hmps iNisaMÉDiAïus. ^ ' 47
» lence, si vous voulez avoir quelque égard pour votre
> honnenr et pour le salut de votre âme, ainsi qu'il con- » vient, de combattre aussi puissamment que promptement » les hérétiques de votre royaume et leurs Êiuteurs; de » crainte que, si vous différez davantage, la foi n*y soit » anéantie, que le reste du pays qui est encore au pou- » voir des catholiques ne soit entièrement perdu, et que m Terreur ne se communique daos le voisinage : ce qui est » fort à appréhender. Vous comprendrez sans doute par » là à quels périls sont exposés et TEglise et vos états. » Afin donc qu'on n'attribue pas le renversement de la foi, » comme on nous le reproche souvent, soit à votre faute, » soit à nous qui avons dû vous avertir de chasser les » hérétiques, nous vous prions, nous vous exhortons au- » tant qu'il est en nous, et nous vous enjoignons pour la » rémission de vos péchés, du commun conseil de nos » frères, d'unir à votre domaine tous les pays que le comte » 4e Montfort a tenus de vous en iiel de ce côté-là, puisque » ce comte n'est pas en état de les défendre, et qu'il vous » les a déjà offerts, soit par les évêques de Nîmes et de
> Beziers ses ambassadeurs, soit par ses lettres qu'il nous » a communiquées, pour les posséder dans la suite, vous » et vos héritiers, à perpétuité. Travaillez avec diUgence et
• conjointement avec nous, comme il appartient à la ma- » gnificence royale, à accélét er cette affaire, en sorte que » TOUS n'aUéniez jamais ces pays dé votre domaine et de » celui de vos ûls. Au reste, soyez assuré que nous avons
> excommunié depuis longtemps Raymond ci-devant comte » de Toulouse, son ûls, et leurs associés ; qu'ils ont été
• avertis avec douceur, et qu'Us ne veul^t pas se corriger
4S TËHP8 tNTBtMlDIAIRBS.
» comme ils doivent; mais qu*ils persévèreat obsUnément » dans leur méchanceté. Soyez certain que pendant tout le » temps que vous vous emploierez de boooe foi à Taccom- » plissement de cette alTaîre, qui est celle de Jésus-Christ, » nous vous secourrons par la levée du vingtième et par » les indulgences accordées à ceux qui se croisent contre » les albigeois ; et que nous vous protégerons pour la dé- » fense de vos états^ si quelqn^uo voulait entreprendre de » les attaquer. »
Cette lettre produisit peu d'impression sur le roi de France. Les .affaires de Montfort allaient toujours en déclinant, tandis que celles de la maison de Toulouse s'avançaient vers un heureux terme. Le vieux comte exerçait son autorité souveraine en cette ville, pnisqoe nous possédons une charte très intéressante qui fut rendue au mois de mars 1222. Cet acte fut dressé par les consuls de Toulouse, du consentement des deux Raymonds et de la reine Jeanne, d*beureuse mémoire. 11 fut stipulé : 1° que les électeurs pour la charge de consul ou de capitoul ne pourraient ja* mais donner leur voix à leurs parents à un certaio« degré ; i° que rélection se ferait tous les ans, de manière à ce que la moitié des capitouis serait prise dans la ville et Tautre moitié dans le faubourg ; 9" que la garde du trésor public semit confiée à des collecteurs communaux choisis par les capitouis ; i"* que ces collecteurs seraient obligés de rendre compte aux consuls de leur gestion ; 5" que les capitouis et les collecteurs prêteraient serment au comte et aux habitants. Cet acte nous donne les noms des consuls alors en charge : c'étaient Bertrand de Mont, Pierre-Bernard Cumin, Bertrand de Roaix, Raymond de Puybusque, Guillaume de
TEMPS INTBMIÉDIMIIBS. 49
Léas, BerDard BonLomme, Arnaud de Sainl-Bars, Martin de Lambes, Bernard de Saint-Rome, Raymond de Saint- Bars, Arnaud Barravi , Arnaud d*£âcalquens, et quelques antres^
Le jeune Raymond iii ensuite un voyage en Gevaudan , de là passa dans le Quercy, et vers la fin de mars ayant soumis la ville de Moissac, il jura, ainsi que ses barons, d'observer tous ses privilèges. Il accorda aussi à 1 abbaye de Feuillants, dans la personne d'Ai iiaud 11, son abbé, toute liberté sur ses vastes domaines ; et Bernard comte de Gomminges enrichit cette maison de plusieurs terres qu'il céda en présence de Foulques, évêgue de Toulouse. Arnaud 11 avait succédé à Pieu c l' dans le gouvernement de Feuillants. Sicard de Ravidan et Laïre son épouse devinrent, à cette époque, les insignes bienfaiteurs de ce monastère.
Une Qouvelle école de la sainte prédication s'ouvrit alors à Toulouse : les enfants spirituels de saint François d'Assises y furent reçus par Raymond Yl. Ils vinrent au nombre de dÛL, et se fixèrent sur la paroisse de Saint-Saturnin. ^ Beraud baron de Faudoas et Seguine d'Armagnac, son épouse, achetèrent de leurs deniers quelques champs où ils firent bâtir leur couvent et une église. Ils ouvrirent aussi une école de théologie, qui devint bientôt célèbre par les leçons qu'y donna publiquement l'illustre Antoine de Moue« Non content d'enseigner les saintes lettres, cet infatigable missionnaire se livia aussi, k Toulouse, au travail, de la prédication dans les diverses églises de la ville et dans tes environs, et partout il opéra d'innombrables conversions. Toulouse possédait donc alors la double Damille de saint Dominique et de saint François, et c'est après leur
50 TbMfd iNrEHMEDlAlhbS.
avoir donné Thospitalité dans sa capitale que Raymond VI termiua sa ioague carrière.
Au mois de juillet, ce seigneur avait donné en fief les boucheries de la ville de Toulouse ; mais un jour du mois d*août , s'étant rendu de grand matin à Féglise de la Daurade poui' y faire ses prières, il se trouva malade au sortir
de Féglise ; y étant revenu dans raprès-midi, il se sentit tellement faible qu'il eut besoin d*un appui pour se soutenir. Après qu*il eut satisfait à ses dévotions à la Daurade, il se rendit dans une maison située près de la basilique de Saint- Saturnin, appartenant à un citoyen nommé Hugues Jean. On voit encore uuo tour carrée qui dépendait de cette maison. Là, vers les cinq heures du soir, on lui servit une légère collation. Pendant qu'il mangeait quelques figues, il se trouva mal et se sentit frappé à mort. Aussitôt il manda Jourdan, abbé de Saint-Semin, témoignant un vif désir d être réconcilié à r£glise et de recevoir les sacrés mystères. Voyant que Fabbé tardait k venir, il envoya message sur message, ne cessant de témoigner de son repentir par de fréquentes aspirations à Dieu. Au moment où Fabbé entrait dans sa chambre, il perdit la paioie; mais il fit connaître par ses signes, ses regards, ses larmes et Fattitude de son corps, les sentimenis qui agitaient son âme; il éleva ses mains, les joignit ensuite, et les plaça entre celles de i abbé. Celui-ci dût sans doute lui donner Fabsolution sacramentelle. Les hospitaliers de Saint-Jean que le comte avait mandés, jetèrent sur lui leur mauteau auquel était attachée une croix blanche. Un des assistants ay^t voulu loter, le mourant le retint avec force, baisa affectueusement la croix de Tordre, et rendit le dernier soupir.
T£MP3^NTEBII6dIA»BS. %\
Labbé de Saiût-Semia annonça aussitôt au peuple assemblé autour de la maison la mort du comte, le recommanda aux prières des ildèles, raconta tout haut la manière édifiante dont il avait quitté la vie, déclara quil croyait son âme en paradis et qu'il voulait Tenterrer dans son église. Les frères de Saint-Jean, ayant fait connaître que la volonté expresse de Raymond VI était de reposer dans leur église, emportèrent le corps qui fut placé dans uû cercueil de bois sans être inhumé. Ses ossements demeurèrent donc sans sépulture dans Fégiise de Saint- Jean et ûnirent par se réduire en poussière, àlexception du crâne qui portait l'empreinte frappante d*une fleur de lis, et que les chevaliers de Malte gardaient avec respect et montraient aux curieux. — Nous parlerons plus tard de l'enquête qui fut faite sur la catholicité de cet illustre seigneur.
Ainsi mourut, dans la soixante-sixième année de son âge et la vingt-huitième de son règne, Raymond VI ûls de Raymond V. Dépouillé de ses états par une guerre à laquelle la politique eut au moins autant de part que la religion, il eut cependant le bonheur d*en recouvrer une partie et de les laisser k son iils Raymond VU qu'il avait eu de Jeanne d^Ângleterre.
Il est matériellement faux que Raymond VI ait été Jamais déclaré hérétique an concile de Latran ; et l'on a vu dans le cours de cette histoire que dans bien des circonstances il demanda à se justifier sans pouvoir l'obtenir. Sa condescendance pour les hérétiques lut beaucoup trop grande, et il aurait dû les cbasser de ses états. U paraissait ne pas reconnaître au pape le droit de le dépouiller de ses
5i , TEMPS LXTKftMÉD^aES. '
domaines : voilà pourquoi il gardait si mal les serineiils qu*oii lui arrachait par la peur et contre ses intimes convictions. Il eût agi plus noblement de ne pas les prêter. La faveur qu'il accorda aux hérétiques n alla jamais jusqu'à lui faire embrasser leurs erreurs, et dans le fond du cœur il demeura toujours attaché à la foi de ses ancêtres. La passion immodérée qu'il eut pour les femmes le rendit encore plus faible à combattre ces sectaires, qui favorisaient de toutes manières la licence des mœurs.
Pierre de Vaux-Oemai» moine historien, appelle Raymond Vf « un membre du diable, un fils de perdition, le fils aîné de Satan^ Tennemi de la croix, le persécuteur de rEglise, le défenseur des hérétiques, le persécuteur des catholiques, un parjure dans la foi, un homme plein de crimes, un réceptacle de toutes sorte diniquités. > Il y a dans cette diatribe plus que de rinjustice; elle va jusquà rineptie.
Eléonore d Aragon, sa cinquième femme, lui survécut ; elle se retira au diocèse dUzès, où était situé son douaire. 11 eut deux eaidiits légitimes, Constance et Uaymond VII, et eut aussi plusieurs enfants naturels : fiertrand, dont Raymond Vil eut soin , (iuillemette, qui épuu^a Hugues d'Âlfar chevalier de Navarre, et Raymonde, qui se ût reUgieusc au monastère de Lespinasse, de Tordre de Fontevrault, au diocèse de Toulouse. Raymond était brave, généreux, bien fait de sa personne; U ne se laissa jamais abattre par Tadversité, et ne dut qu*à son màle courage de rentrer dans la capitale de ses états.
11 aimait passionnément le jeu des échecs et la poésie provençale. Plusieurs troubadours furent appelés à sa cour
TEMPS INTERIIÉDUIVES. 53
et comblés de largesses : i<» Raymond de Miraval, qui tit une chaasou en i iiuaueur de la belle £léonore comtesse de Toulouse. Nous avons quarante-huit pièces de ce troubadour. — t"" Raymoncl Jourdain vicomte de Saiût-Antouin, qui chanta la dame de Penne en Albigeois et Alix de Montfort. — 3<* Guillaume Figuère, ûis d'un tailleur d'habits de Toulouse et tailleur lui-même. Ses poésies ne sont qu*ttne longue invective contre Rome, au sujet de la guerre sanglante des albigeois. Cette satire fut réfutée par une femme lioiibadour appelée dona Gennonda, de Montpellier. —
Cadenet, qui fut conduit à Toulouse par un chevalier du pa}\>, Guillaume de Lautar, et qui linit ses jours parmi les chevaliers de Saint-Jean. La plupart de ses pièces, au nombre de vingt-quatre, ne sont remplies que de fades galanteries. Il chanta aussi la comtesse de Toulouse. — ^ Hugues de Saint-Cyr, né à T^ra en Quercy. On Vavait d abord destiné à letat ecclésiastique; mais il céda aux charmes de la poésie, se fit jongleur, et célébra les grâces de Clara dame d'Anduze. — 6" Aymar le Noir, né à Castelviel en Albigeois. Raymond le vieux lui donna des maisous et des terres à Toulouse. — 7" Le comte de ^oix, qui faisait aussi des chansons. — 8** Savaric de Mauléon et (juillaume de Berguadon.
Peu de temps avant la mort de son père, le jeune Raymond ayant appris qu'Amauri de Montfort cherchait k le rendre odieux auprès du pape et du roi, écrivit à ce dernier la lettre suivante : « J*ai recuuis ù vous, seigneur, comme » à mon unique refuge, comme a mon seigneur et mon » maître, et, si je l'osais dire, comme à mon proche parent, » vous supphant d'avoir pitié de moi et de me £akire rentrer
H imS IMTEBHÉOlf lus.
» en vue de Dieu daas J unité de la sainte Eglise, afin » qu après avoir été délivré de l'opprobre d'une honteuse » e&hérédation, je reçoive de vous mon héritage. Seif gneur, j*atteste Dieu et les saints que je m'étudierai à » faire votre volonté et celle des siens. J aurais été moi- » même me présenter devant vous ; mais ne le pouvant » pour le présent, quoique je le souhaite avec ardeur, je » prie Votre Majesté d'ajouter foi à ce que diront de ma » part Gui de Cavaillou et Isaard Aldegarius, porteurs des » présentes. » Ce prince était à Avignon à l'époque de la mort de Raymuud Yl. U se hâta de revenir à Toulouse prendre possesâon de sa souveraineté. U était alors âgé de vingt-eiuq uns. Nous le rencontrons, au mois d'octobre,
à Lavaur, où il donne une charte par laquelle il confirme
aux hospitaliers de Saint-Gilles le droit de pacage dans ses terres, et donne à ceux d Orange le pouvoir de faire de nouvelles acquisitions dans ses fiefs avec exemption de péage.
Les chevaliers de la mihce du Temple de Toulouse firent aussi un accord par l'entremise d'Arnaud, leur prieur, avec Guillaume de Loret, prévôt de Téglise de Saint-£tienne, au sujet de la quinzième partie des biens qu'ils possédaient dans le Toulousain.
Au mois de mars 12i5, les religieuses du monastère de Prouilie virent terminer un lonc? «liffcrend qui existait entr'elles et les moines de Saint-Hilaire au diocèse de Carcassonue. Bérenger, archevêque de Narbonne, avait depuis longtemps cédé à Prouilie Téglise de Saint-Martin de Limoux ; mais les religieux s étaient opposés k cette donation. Ils ne furent pas heureux dans leur opposition, car leur propre abbaye l'ut unie à Piouille. Us placèrent alors leurs
TEUrS fltTBRMiDIAIIIES. 55
ïDlérêts eotre les mains de Thédise, évêque d*Âgde, qui
décida que Fabbaye reviendrait aux religieux et que le prieuré de Saint-Martin de lâmoox resterait en la possession de Prouille. Cependant les moines parvinrent à chasser les religieuses du prieuré de Saint-Martin, ce qui détermina révôque de Carcassonne à les rétablir dans leur prieur(^. Enfin, après bien des contestations, le légat Conrad rendit une dernière sentence qui confirmait Prouille dan§ la possession du prieuré de Limoux.
Ce monastère rentra aussi en possession de plusieurs biens qu il possédait à Limoux et à Fanjaux, biens qui lui forent restitués par Raymond-Roger comte de Foix. Ce seigûeur, après avoir recouvré la plupart de ses domaines et repris le cbâteau de Mirepoix qu'il laissa aux anciens possesseurs, mourut par suite des iatigues du siège et d un ulcèro dont il était depuis longtemps attaqué. Le comte de Foix ne fut jamais hérétique ; la seule cLose qu ou puisse loi reprocher, c*est d*aYoir toléré ces sectaires dans ses domaines, et d'avoir souffert que quelques-uns de ses proches les ÊiYorîsassent Le comte Ra3nnond- Roger fût un des plus giaads capitaines de son temps, et dans la guerre contre les albigeois il donna des preuves éclatantes de sa valeur. Nous trouvons aussi son nom parmi les troubadours. 11 avait épousé Philippe, qui mourut avant lui. Cette comtesse eut le malheur â*embrasser Thérésie, qu'elle abjura avant sa mort. Il eut plusieurs enfants de cette princesse : l"» Roger-Bernard, qui lui succéda ; 2<* Amauri, qui hérita des domaines situés dans les diocèses de.iNarbonne et de Carcassonne; 3* Cécile, qui fut mariée à Bernard, fils du comte de Comminges.
56 TIHP8 UmUIÉDIAIIIB.
On donne à Raymond-Roger qpielques enfiatnts natoreis :
Loup, qui devint la souche des seigneurs de Rabat;
Ësclarmonde, qui épousa plus tard Bernard d'Alion seigneur de Quérigul ; Raymond, qui embrassa la vie religieuse à Bolbonne. Raymond-Roger choisit sa sépulture dans cette dernière abbaye, à laquelle il laissa 1500 sols de rente annuelle pour la nourriture des pauvres.
Le premier soin de Raymond VII en prenant les rênes de son gouvernement, tut de chasser Amauri de Monti'ort du pays. Dans ce but, il attaqua vers là fin de Tbiver le château de Penne en Albigeois et celui de Verdun sur Garonne. A cette nouvelle, Amauri, suivi du légat, de révôque de Limoges et de quelques autres prélats, savança vers Penne pour en'foire lever le si^e; mais il s'aperçut bientôt qu'il ferait d'inutiles efforts : c'est ce qui l'engagea à conclure une trêve avec le comte de Toulouse. R fat convenu qu'ils se réuniraieut k Saint-Flour en Auvergne. Cette conférence n'ayant eu aucun résultat, ils en indiquèrent une autie à Sens, où' le légat Conrad devait assembler un concile.
Raymond quitta Saint-Flou r et se rendit à Toulouse, où il reçut, le 26 juin 1223, pour le château d'Albin en Rouergue, l'hommage de Déodat d'Estaing, qui promit que si on venait à découvrir des mines d argent dans le territoîre de ce château, il céderait la moffié du profit k ce prince. Cette dernière condition a sans doute servi de fondement à la prétendue découverte de plusieurs titres enfouis.dans ie château d Estaing et par lesquels on prétendait, attribuer à cette maison une origine commane avec la maison de Toulouse.
TBHFS INTEftMiDUimSS.
Les albigeois, que n'afaient pu réduire ni les armes des
croisés ni les foudres des conciles, quiuèrent en partie le midi de la France pour se porter vers le Nord, du côté de là Bulgarie et de la Hongrie, lis y élurent un pape, qu on allait consulter de toutes parts. Celui-ci institua pour la France un vicaire général nommé Barthélemi , natif de Carcassonne. Barthélemi institua à son tour un évèque nommé Vigoureux de Bathone, qu'il plaça à Perles (au comté de Foix), et se transporta dans le Toulousain où il $*efforça de reconstituer la secte. D se foisait appeler serviteur des serviteurs de la sainte foi.
Ce fut pour tâcher d apporter remède à ces maux que le concile de Sens s assembla dans les premiers jours de juillet, n s*y trouva six archevêques et vingt évêques, parmi lesquels on remarque Foulques de Toulouse, le seul de la province. Peu de jours a[»^s, mourut k Mante le wiûqueur de Bouvines, Philippe-Auguste, l'un de nos plus grands rois. 11 ne voulut jamais se môler directement de la guerre contre les albigeois, et se contenta de iuuinir de son argent aux frais de Texpédition et d'envoyer son fils à la croisade. 11 lut inhumé à Saint-Denis, et les évèques du coDcile de âens (transféré à Paris) assistèrent à ses royales hfiérailles.
Di^uis la mort de Philippe-Auguste, Amauri n éprouva <{Be des revers. Après la trêve, les deux comtes de Toulom et de Foix assiégèrent Carcassonne, où Amauri se vit ^iKuidonné de ses troupes. Gelm-K^i perdit encore quelques places pendant que Raymond VU s'emparait du comté de VelgaeîL En vain le pape écrivît-il à Louis VIII pour Teng^er k continuer rexpédition contre les albigeois, tout fut
58 TSMPS imnftoiAnu.
inatile : Âmauri se vit forcé de céder à la force des é?è-
nemenls.
Après les foDétailles de Philippe-Auguste, Foulques rentra
dans son diocèse. Il ne fut pas étranger à une déiiiarche que fit le comte de Toulouse auprès du chapitre général de Citcaiix : il était question, pour établir une plus grande régularité dans les monastères de religieuses, de les incorporer à cet ordre. Une ancienne abbaye appelée de Ponts (de Pmtium) dont nous ignorons et le lieu et la fondatioD, existait dans le Toulousain. Cette mauson, qui peu^être était occupée par des chanoinesses, fut donc placée, vers la fin de Tannée 1223, sous la dépendance de Gteaux et devint régulière, de séculière quelle était.
On ne saurait douter quMl n*y eut, à cette époque, des chanoinesses de Saint-Elienne puisqu'on voyait dans le cloître de cette éghse une inscription tumulaire qui portait que dans Tannée 1225 dame Alamanda de Castelnau, veuve du chevalier Guillaume de Castelnau, était morte chanoinesse de la cathédrale. L'écu qui accompagnait Tinscription paraissait indiquer que cette illustre dame appartenait à la maison comtale de Toulouse.
L'égUse de S^-£tienne fut alors souillée par un sacrilège commis par un albigeois. L*actlon k laquelle il se livra sur Tautei même est si dégoûtante quil est impossible de la rapporter dans cette histoire, quoique des annalistes moins déhcats nous Talent racontée dans tous ses détails, (iette action n'avait aucun trait aux bonnes mœurs.
Il ne restait plus d'autre ressource à Amauri que de traiter avec les comtes de Toulouse et de Poix. Ceux-ci se rendirent devant Carcassonne le 14 Janvier 1224, et là il
TIKP8 INTBRMÉDIilBBS. 59
fiit passé des accords touchant la possession de certaines
villes. Après ce traité, ii lui facile à Amauri de lecuanaître qu*ii ne loi était plus possible de rester dans la province et de garder les places qui avciient été conquises par les croisés ; c'est ce qui le détermina à revenir en France et à abandonner le pays, après quatorze ans de possession par la conquête. Le 15 Janvier, il sortit de la ville de Carcassonne, qui se soumil au comte de Toulouse, et que celui-ci rendit au jeune Trencavel. Albi fit aussi sa soumission, de même que le Quercy.
Le premier soin d'Âmauri en arrivant à la cour de France, fut de céder à Louis VIII tous les domaines que son père avait possédés dans la province. Cette cession ne déplut pas au roi. En même temps les députés du pape, qui étaient larchevéque de iîourges et les évéques de Langres et de Seolis, le pressèrent de la part du pape de se charger d'une nouvelle expédition contre le comte de Toulouse et ses alliés. Avant de répondre aux désirs du pontife, Louis fit dresser quelques articles dont il demandait au pape Texécution préalable. Ces articles étaient au nombre de neuf. Le roi demandait pour ceux qui seiigageraient dans cette expédition les mêmes indulgences que pour la terre sainte; il exigeait que les archevêques de Bourges, de Reims et de Sens eussent le pouvoir de lancer des excommunications d*une manière illimitée ; il voulait que le pape accordât une i)uiie par laquelle il déclarât que les Raymond père et fils et tous leurs héritiers avaient été et fussent exclus de la possession du comté de Toulouse, de ses dépendances, et de tous leurs autres domaines situés dans le royaume.
60 TEMPS INTiSUltoliIRRS.
Louis ne mit aucan douta à Vacceptation de ses articles,
et se prépara k rexpéditiou. 11 anaonça son projet aux habitants de Narbonne par une lettre qu'il leur écrivit et qui porte la date de février 1224.
Mais les cboses allaient prendre une face nouvelle. Raymond, averti des desseins du roi, chercha de son côté à se rendre le pape fovorable. Ayant confié ses intérêts au roi d*Angleterre, son cousin, ce roi députa aussitôt à Rome révêque de Lichiield pour y soutenir la cause de Raymond. En même temps, ce seigneur écrivit à Uonorius des lettres respectueuses dans lesquelles il lui annonçait qu'il lui enverrait des ambassadeurs et qu'il était disposé à exécuter en tout ses volontés suprêmes. L'ambassade de Raymond VII partit en effet pour Rome ; à sa tête se trouvait le vicomte de Cavaillon. Honohus écrivit alors au comte de Toulouse la lettre suivante :
« Âu très noble seigneur Raymond, l'esprit d'un conseil • salutaire. Nous avons reçu vos députés avec une extrême » joie et les avons écoutés, en admirant leur sagacité et > leur prudence. Après avoir examiné avec soin tout ce » qu'il nous ont dit de vive voix et ce que renferment vos » lettres, nous envoyons dans la province le cardinal Saint- » Ange, homme illustre par sa naissance, son savoir et » rbonnêteté de ses mœurs, pour qu'il mette un terme à » tout ce qui est encore en litige. Recevez-le avec respect, » et fasse le ciel que vous obtempériez à ses ordres! »
A peine les députés de Raymond eurent-ils quitté Rome, que ceux de l'empereur y arrivèrent pour demander de prompts secours pour la terre sainte. Cet incident fit abandonner les aûaires des albigeois. Le pape écrivit au roi de
TEMPS IMTEIMfiDUl&fi:». 61
France pour ïm iniormer, et le pressa en même temps d*agir avec vigueur pour obliger le comte de Toulouse, par la seule terreur de ses armes, d'obéir au sainl-siége.
ËD attendant, Raymond s'empara de la ville d*Agde le 7 avril, icçut le serment de fidélité de habitants, et ût arborer son drapeau aux cris de TauUnm/ TmUouse/ Sur ces entrefaites, Conrad arrive à la cour de Fianco et remet au roi des lettres du pape dans lesquelles il déclaraii que Raymond était bon catholique. Louis, surpris et irrité de ce qu Uonorius avait changé de sentiment au sujet de TaCfoire des albigeois, fait assembler un parlement au mois de mai et y déclare qu'il ne se mêlera plus à Tavenir de ïgslpédition qu*il avait projetée, et que c'est à FEglIse romaine à traiter des articles de foi avec Raymond VU.
Ce seigneur profita de ces circonstances pour poursuivre la conclusion de la paix avec TEglise. 11 se rendit à Montpellier aux fêtes de la Pentecôte, et entra en conférence avec Tarchevêque de Narbonne. Après avoir consenti à garder la foi catholique, à cbasser les hérétiques de ses domaines ainsi que les routiers, à rendre aux églises tous leurs droits et privilèges, à payer vingt mille marcs d*argent en réparation des dommages qu il avait pu causer, il demanda que le pape engageât Amauri à renoncer à toutes les demandes qu'il pourrait faire sur ses domaines. Après cette première, conférence, et pour garanthr la fidélité de ses promesses, le comte restitua la ville d'Agde à Tévêque; il se rendit ensuite dans sou comté de Rouergue , où il reçut quelques hommages, et de là en Quercy, où Etienne de Montpezat lui donna, en présence de bicard de Lautrec, tout ce qu*il possédait à Montpezat et à Beaufort.
62 TEMPS INTBRMÊUUiaE;!}.
Nous apprenons d'une lettre que le pape écrivit à l'archevécine de Narbonne qu'une seconde conférence devait se tenir à Montpellier, après rAssuaiption de Notre-Dame. Amauri de Mootfort fit tout ce qu*il put pour en empêcher le succès. Malgré tous ses elîorls, la conférence eut lieu ie 25 août. Tous les prélats de la Provence y assistèrent, ainsi que les abbés de Graud-Sélve, de Belleperche et de Saint- Saturnin de Toulouse. Raymond Vil, Roger-Bernard de Foix, Trencavel de Bezîers s'y trouvèrent aussi. Ces puissants seigneurs y prêtèrent le serment suivant :
« Au- nom de notre Seigneur J.-C., Tan de son incarna*» » tion Mccxxxiv, le 25 d'août, Nous Raymond, par la grâce » de Dieu duc de Narbonnne, comte de Toulouse, marquis » de Provence, désirant ardemment de faii e la paix avec » la sainte Eglise romaine, à Thonneur de Dieu, de la » même Eglise et de notre très-saint père en J.-C. Honoré » souverain pontife : nous vous offrons d'un cœur pieux et » avec uuu véritable dévotion, tant pour nous que i»uui nos » vassaux et nos alliés, seigneur Arnaud archevêque de » Narbonne, et par vous à la sainte Eglise romaine et au » pape, tout ce que nous avons offert et promis à la sainte » Eglise romaine dans l'autre conférence, savoir : que nous » garderons la foi catholique, etc. Cependant, personne ne » s'étant présenté ni dans cette conférence ni dans l'autre » pour le comte de Montlort, avec lequel nous n'avons pu » traiter, ainsi que notre saint père le pape Honoré l'avait » ordonné, nous ne pouvons rien répondre présentement » Ui-dessus ; mais comme nous allons envoyer une ambas- » sade soleimelle au pape, on pourra traiter pleinement » avec nos ambassadeurs tant sur cet article que sur tous
TBMP6 LNTEBMÉDlàllŒS. 63
» les autres qui regardent notre réconciliation, et conduire » le tout, ayec la grâce de Dieu, à une heureuse fin : ac- » cui'Jaiu et promettant de ratifier k jamais et d'observer a fidèlemeui tout ce qui sera* £edt et ordonné par la volonté » du pape avec nos ambassadeurs au sujet de notre alïaii e. » £t quoique nous croyons avoir iait restitution, pour la » plus grande partie, aux églises et aux ecclésiastiques, » ainsi que nous l'avions promis dans Tautre conférence, » nous promettons néanmoins maintenant de leur restituer » entièrement tout ce qui peut rester, suivant le jugement
> du pape ou de Tarchevéque de Narbonne, ou enfin de » chaque évêque dans son diocèse. Quant à nos sujets de » Toulouse qui ont été chassés, nous les rappellerons et » les rétabbrous dans leurs biens de la manière que le pape » le jugera à propos. £nûn , si tout ce que nous avons » offert au pape ne suffit pas, comme c'est régner que de » servir la sainte Ëglise, nous exécuterons humblement et » fidèlement tout ce qu'il voucha nous ordonner, sauf la » domination de notre trësHSérénissime seigneur roi de » France et du seigneur empereur ; et nous donnerons des
> cautions sufKisantes, au jugement du pape, peur le par- » Csût accomplissement de toutes ces choses. Et nous Roger- » Bernard, par la grâce de Dieu comte de Foix, et Tren- » cavel , par la même grâce vicomte de Beziers, promettons » de les exécuter de la même manière dans nos domaines » et de les garder à perpétuité, comme notre seigneur le » comte de Toulouse a promis de les observer à jamais, j» tant pour lui que pour nous et pour ses autres confé* » dérés. — Donné à Montpellier, le jour et Tan marqués. »
Pour assurer la ûdéUté de ses promesses, Raymond VU
64 TEMPS iNTSRMiDUUlES.
. s'empressa de restituer à diverses églises plusieurs domaines : Agen , à révéque de cette ville ; 2* Millaod, à 1 evèque de Nîmes ; les châteaux de Baux et de Malamort, à TéTéque de GarpeQtras. Il envoya ensuite en ambassade à Rome plusieurs évêques et abbés, parmi lesquels se trouvait Fabbé de Saint-Satnrnin de Toulouse, et revint après en cette ville. Vers la lin de Tannée, R.iyiiiond se rendit au château de Salvagnac en Albigeois pour y conclure le ma* riage de Bertrand, son frère naturel , avec Comtoresse, fille de Mainfroi de Rabastens, et lui donna les châteaux de Bruniquel, de Monclar en Quercy et celui de Salvagnac. Sicard de Lautrec, Pons d'Olargues, Pilefort de Rabasteos assistèrent à cette donation.
Le vicomte de Trincavel se retira alors dans ses domainés, ainsi que Roger-Bernard. Nous pensons que ce dernier seigneur était déjà rendu à Foix lorsque le pape Houorius publia une bulle très étendue en Êiveur de Fabbaye de Saint-Volusien de cette ville, et par laquelle il confirmait tous les biens qui avaient été cédés à cette maison ^ depuis les temps les plus reculés. Cette huile nousappiend encore que «ette abbaye relevait immédiatement du saintsiège et qu elle était alors occupée par des chanoines réguliers qui y vivaient sous la règle de saint Augustin. . La huile porte la date du mois de décembre 1224'.
L'évêché de Comminges était toujours gouverné par Grimoald, Fancien religieux de Sauve-Majeure. Nous trouvons son nom dans un acte qui, cette année, fut passé dans ce monastère par Raymond de Donzac, évéque de Bayonne, au sujet du rachat de quelque rente. Donzac avait été aussi . moine de Sauve-Majeure.
TEMPS iNT£&MÉDiAiaB6.
Les ambassadeurs que Raymond VII avaient envoyés au pape après le concile de Montpellier ne pureut riea obtenir pour terminer la réconciliation du comtes avec FE^lise et conclure une paix si désirable. Le comte tenait de restitaer les biens aux églises, et cependant, sous prétexte qn*il en retenait encore quelques-uns, on refusa d'accéder à ses désirs. D'indignes calomnies sur sa catholicité furent répan- (lues de toutes parts ; on alla même jusqu'à dire qu*il avait demandé la liberté de conscience dans le Languedoc. Le pape, peu iavorable à Raymond, envoya le cardinal de Saint- Ange dans la province, au mois de février 1225, avec des instructions très étendues, toutes dirigées contre le comte de Toulouse et favorables à Amauri de Montfort. Le légat devait surtout s'attacher à engager le roi de France à faire une trêve avec le roi d'Angleterre, afin de pouvoir tourner tootes ses armes contre les hérétiques. Le cardinal arriva à Paris, et fut appelé à laire partie d'une assemblée qui se tînt le jour de Toctave de l'Ascension, et dans laquelle on délibéra sur TatTaire des albigeois. 11 se rendit ensuite à Tours, et de là à Ghinon, oii se trouvait le roi. Il y fut décidé qu'on tiendrait un concile à Bourges, au mois de novembre, et qu'Amauri de Montfort et le comte de Toulouse y seraient appelés.
Raymond se hâta de se faire des alliés et forma une ligue avec le roi d'Angleterre, son cousin ; les accords, une fois dressés, ils furent mis en dépôt dans une maison religieuse. Le roi y engageait le comte à faire tous ses efforts pour se réconcilier avec l'Ëglise, lui promettant de s'armer pour sa défense et de se battre pour son honneur. Après cette ligue, Raymond se trouva à l'ouverture, du