II
de Citeaux, Navarre de Couserans et Hugues de Riez. Le pape les exhortait à engager leurs diocésains à prendre part à la croisade, ouvrant pour les clercs et les laïques le trésor des indulgences, les exemptant de payer les usures auxquelles ils se seraient obligés, jusqu'après leur retour. Le même jour, il écrivit au roi de France, en l'invitant, pour la rémission de ses péchés, de donner aide et conseil à ses légats , et l'exhortant à employer tous ses efforts et toute son autorité royale pour que ses sujets contribuassent de leurs personnes et de leurs biens à une si sainte entreprise ; il déclara enfin solennellement à toute la chrétienté qu'il prendrait sous sa protection spéciale tous ceux qui se croiseraient contre les hérétiques provençaux.
Le pape, au moment où l'évêque Foulques quitta Rome, lui donna la mission spéciale de se rendre au monastère de Saint-Victor de Marseille avec l'évêque de Riez et Alignon, prieur de Saint-Honorat d'Arles, pour y régler les affaires de cette maison qui étaient en grand désordre. Ces députés parvinrent k les rétablir, et y dressèrent de très amples constitutions. Foulques se trouvait, au mois d'octobre, à Orange, où il assista à la consécration de l'église cathédrale que Guillaume Hélie, évêque de cette ville, d,édia à la très sainte Vierge et à tous les saints, en présence de Gausserand, évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux.
Au mois de février 1209, Innocent 111 pria Philippe- Auguste de nommer un capitaine général de l'armée qui devait servir contre les hérétiques ; il écrivit en même temps à ses légats une lettre beaucoup trop importante pour ne pas être ici rapportée tout entière. On y verra
par quels mouvements stratégiques ils devaient faire attaquer le comte de Toulouse.
» Quoique le comte de Toulouse, dit le pontife, nous » ait déjà fait supplier par ses ambassadeurs de recevoir » son hommage pour le comté de Melgueil, qui est la » propriété de Saint-Pierre, nous avons rejeté sa prière, » dans la crainte qu'en recevant cet hommage nous ne fus- » siôns censé lui en confirmer la possession ; guidés sur- » tout parce qm vous, abbé de Citeaux, nous avez observé » que, s'il persévérait dans sa malice, nous pourrions, après » l'avoir dépouillé de ce comté, en disposer plus facilement
• pour le bien de l'Eglise. Vous nous avez demandé com- » ment il fallait diriger l'armée des croisés contre ce comte ; » le voici. Suivant l'enseignement de l'apôtre, qui dit : » Etant adroit mot-même, je vous ai pris par la ruse, » cette ruse devant être appelée prudence : après avoir » délibéré avec les plus habiles d'entre les chefs, vous
• attaquerez séparément les hérétiques; vous ne vous en » prendrez pas d'abord au comte, si vous voyez qu'il ne » s'empresse pas de les secourir et s'il paraît mettre un » peu moins de folie dans ses conseils. C'est ainsi qu'en » ayant l'air, par une prudente dissimulation, de l'oublier, » vous attaquerez les autres hérétiques. Si vous réunissiez » toutes vos forces pour les attaquer tous ensemble, vous » auriez moins d'espoir de les vaincre, précisément parce » qu'ils augmenteraient par leur union leur résistance. » Ainsi les sectaires, étant moins secourus par le comte, » seront vaincus plus facilement. Peut-être qu'alors ce » seigneur, témoin de leur défaite, rentrera en lui-même; » mais s'il persévère dans sa malice, il sera plutôt défait.
» se trouvant seul et privé de leur appui. Telle est la » marche que vous suivrez pour plus grande sûreté. Vous » trouvant, du reste, sur les lieux, vous agirez, suivant » les circonstances, ainsi que le ciel vous l'inspirera dans » l'affaire du comte, après avoir pris ensemble vos mesures » pour l'honneur de Dieu et l'utilité de la sainte Eglise. » Ainsi, Innocent III rusait avec le comte de Toulouse. D'un côté, il paraissait céder à la demande de Raymond en envoyant en France un nouveau légat; de l'autre, il laissait toujours l'abbé de Citeaux, si opposé au comte, dans sa légation. Milon, notaire du pontife, fut donc envoyé avec la qualité de légat d latere; on lui donna pour conseil un chanoine de Gènes nommé Thédise. Les historiens font un grand éloge de ces deux personnages.