‹ Histoire générale de l'Église de Toulouse (volume 3)Chapitre 3 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

34 te:mps lyrERMÉDuius.

Bernard-Henri possédait en Auvei^e une église nommée Bredon ; on ignore à quel titre. U entra, dans sa jeunesse à labbaye de Cluny, y fit profession , fut conduit par saint Hugues à Moissac , dont celui-ci le créa abbé ; quelque temps après, il fut élu par le clei^é et le peuple évêque de Toulouse. Son élection est manifestement indiquée par un acte dans lequel on cède à Durand, évêque de Toulouse et abbé de Moissac, leglise de Saint-Geny de Lectoure (1059).

L'abbaye de Lézat reçut aussi , à cette époque, dans la personne de Bernard, évêque de Couserans, son abbé, l'église de Saint-Paul de Lucan dans le territoire de Bouconne. Cette donation fut faite par Raymond-Âton, fils d'Aton-Raymond qui avait épousé une sœur de Pons HI, comte de Toulouse. Le donateur est celui de qui descendirent les seigneurs de File-Jourdain. Durand , évêque de Toulouse souscrivit à cet acte.

Roger V' comte de Foix et Amigue, son épouse, écrivirent à saint Hugues de Quny, en 1060^ pour lui offrir

le monastère de Frédelas (Pamiers). Hugues accepta cette offre. Les clunistes possédèrent dès lors cette abbaye ; mais ils furent remplacés, ainsi qu'on le verra plus tard, par des chanoines réguliers, vers la fin du xi^ siècle.

Pons vivait encore cette même année, puisqu'il fut présent,[avec Adémar, vicomte de Toulouse, à un acte solennel passé dans le vestibule de l'église de Saint-Saturnin, par lequel Durand fit restituer- à Moissac plusieurs biens situés près de Bioule dans le Quercy. Nous retrouvons encore son nom dans un acte très important et que pour cette raison nous devons citer ici. — « Sous le règne de Phi- » lippe, roi des Français, Pons étant comte palatin de Tou-

» louse, le très pieux et très érudit Durand en étant évêque, » au pays de Savès (dans le Toulousain) existait un lieu » désert où Ton remarquait d antiqiies ruines d'une église » de Saint-Lizier. Un de nos frères nommé Aymard, passant » un jour en ce lieu, dit aux habitants des villages voisins : » O malheureux, comment abandonnez-vous ainsi la maison » de Dieu aux bêtes des forêts ! . . . Semblable à une indus- » trieuse abeille, il poursuivit son œuvre, et obtint de Guil- » laume d'Unaud, possesseur de cette terre, qu'il en céde- » rait la moitié au monastère de Saint-Pierre de la Cour » (Mas-Garnier) ; quant à Vautre moitié, Raymond Arnaud » de Mondonville et Arnaud d'Ars, chevaliers, et leurs fem- » mes, firent la même cession. Gaufred de Quatrepuy céda » aussi tous les droits qu'il avait sur cette terre. »

« Peu de temps après, Guillaume d'Unaud, homme vé- » nérable, vint au monastère au jour de la fête de la Chaire » de saint Pierre ; nous le retînmes à l'Office du matin, et » voulant reconnaître le don qu'il avait fait, nous le con- » duisîmes au chapitre et nous l'associâmes à nos bonnes » œuvres. Il confirma en face des saints autels la cession » de ce lieu, et revint dans ses terres. » Cet acte est signé par Aton Raymond de Ylle, et Guillaume et Bertrand de YUe. Ces seigneurs appartenaient à la maison de l'Isle-Jourdâin. La terre dont il est ici question était située non loin du Burgâut et de Savenès. L'existence de cette antique église de Saint-Lizier confirme la tradition qui est venue jusqu'à nous que ce saint évêque, qui paraît avoir vécu vers le septième siècle, a prêché dans ces contrées, soit avant, soit pendant son épiscopat. Il existe, au couchant de la paroisse du Burgaut, des monticules qu'on nomme Mont Lou-

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zin (Mons Licerii), et Ton croit que c'est du haut de ces monticules qu'il annonçait l'Evangile. Saint Lizier était espagnol d'origine, disciple de saint Fauste évêque de Bigorre, et aussi de saint Quintin évêque de Couserans, auquelil succéda.

Le comte Pons mourut quelque temps après la cession de l'église de Saint-Lizier au monastère de Saint-Pierre de la Cour; il était âgé de 70 ans, et fut inhumé dans l'église de Saint-Sernin, où l'on voit encore son tombeau à côté de celui de Guillaume Taillefer son père. Les mœurs corrompues du siècle où il vivait n'expliquent que trop la conduite qu'il tint dans ses alliances, prenant et répudiant tour à tour diverses femmes : ce qui n'empêche pas que dans les chartes des monastères il soit qualifié de très excellent et de vénérable. Il laissa trois fils et une fille d'Almodis , sa seconde femme. Guillaume, l'aîné, lui succéda dans le comté de Toulouse, l'Albigeois et le Quercy, sous le nom de Guillaume rv ; le second fils, Raymond, eut le comté de Saint- Gilles; dont il prit le nom, mais dont il ne jouit qu'après la mort de sa mère; Hugues, le troisième fils de Pons, mourut jeune et sans postérité. Quant à sa fille, elle fut appelée Almodis, comme sa mère, et épousa plus tard Pierre comte de Melgueil ou de Substancion.

A l'époque de la mort de leur père, ces jeunes seigneurs avaient dix-huit à vingt ans. Raymond de Saint-Gilles épousa sa cousine, fille et héritière de Bertrand comte de Provence, dont il prit aussi le nom. Cette princesse avait un frère nommé Raymond, qui devint, par le mariage de sa sœur, le beau-frère de son cousin. Il faut supposer que ce jeune seigneur vint à Toulouse et qu'il y mourut, puisque son

tombeau se voit encore dans l'église de Saint-Sernin avec cette inscription : Raimundus Bertrandi.

Durand de Dôme se rendit en ce temps-là en Gascogne, dans la contrée qui porta plus tard le nom d'Armagnac ; il y souscrivit à un accord passé entre Bernard, comte de cette province, et saint Austinde, archevêque d'Auch, au sujet du monastère de Saint-Mont qui venait d'être fondé par un seigneur du pays. Par cet accord, cette maison fut cédée à saint Hugues abbé de Gluny et à ses religieux, qui en prirent possession. La réputation de sainteté et de savoir de Févêque de Toulouse devait s'étendre assez au loin, puisqu'en 1061 nous voyons un religieux riommé Dieudonné (Deusdet), abbé de Rodez, céder, au nom de Robert comte de ce pays, l'abbaye de Vabres à l'illustre abbé de Cluny, à la condition expresse que Durand de Dôme, évêque de Toulouse et abbé de Moissac, la gouvernerait par lui-même. Cette célèbre abbaye recevait tous les jours des témoignages éclatants de la munificence des grands et nobles seigneurs : c'est ainsi que Guillaume IV comte de Toulouse lui céda, avec le consentement de Foulques, évêque de Cahors, l'église de Cos en Quercy. C'est là le premier monument que nous trouvons de la pieuse munificence de ce comte.

Selon toutes les apparences, Durand de Dôme avait emmené dans son voyage en Gascogne Ebbon, prévôt de son église cathédrale. Le clergé et le peuple de ce pays avaient dû bien apprécier le mérite de ce dignitaire, puisque, après la mort de Jean évêque de Lectoure, il fut désigné pour lui succéder. Ebbcm garda la prévôté avec son évêché, dont les revins étaient assez modiques ; en cela il ne faisait que marcher sur les traces de son ancien évêque qui n'avait

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cessé de posséder ensemble et Févêché de Toulouse et l'abbaye de Moissac.

S'il fallait ajouter foi à une charte qui porte la date de 1062, un quatrième concile aurait été tenu à Toulouse sous le pontificat de Nicolas II, de Fan 1059 à 1061. Cette charte est un acte d'union du monastère de Troclar ou de Sainte- Sigolène en Albigeois à Fabbaye de S'-Victor de Marseille. U est dit dans cet acte que Géraud Amélius, laïque, et Vidian Ermengaud, archidiacre d'Albi, possesseurs de ce monastère, touchés du décret du concile de Toulouse auquel Hugues, légat du pape Nicolas, avait présidé, et qui ordonnait de restituer les biens ecclésiastiques injustement possédés, avaient résolu de remettre ce monastère dans son ancien état. Les historiens du Languedoc ont adopté ce concile ; mais nous pensons qu'il y a ici erreur dans la date, et que c'est 1072 qu'il faut lire, et non 1062 ; dès lors la charte dont il est question aurait trait au concile qui fut réellement tenu à Toulouse, quelques années plus tard, par Hugues Le Blanc, comme nous le dirons bientôt^

Almodis, ancienne comtesse de Toulouse, devenue comtesse de Barcelonne, avait une sœur nommée Rengarde qui avait épousé Pierre-Raymond, vicomte de Béziers et d'Agde. Il paraît que cette princesse avait reçu quelque insulte, ou dans sa personne ou dans ses biens, de deux seigneurs toulousains qui étaient frères; ils se nommaient Roger et Raymond-Bataille, et possédaient dans le pays deux châteaux, Fun portant le nom de Prouille (Prolianm) et l'autre de Mirepoix (Mirapixus), Par une charte qui porte la date de 1062, ils cédèrent à la comtesse Rengarde et à Royer son fils la moitié de ces châteaux. Cette charte signale ici

leux noms devenus historiques, le premier par rétablissement d'un célèbre couvent de religieuses dominicaines ; le second, par la fondation de la ville de Mirepoix, devenue plus tard le siège d'un évêché.

Gardien fidèle des biens et des droits de l'Eglise, le pape Nicolas II, dont le pontificat fut d'assez courte durée, avait lancé la sentence d'excommunication contre tous les usurpateurs des abbayes. Frappés par cette autorité souveraine, Frotaire, évêque de Nîmes, et Raymond, son neveu, qui avaient donné en fief à quelques seigneurs du pays l'abbaye de Sorèze dans le Toulousain, résolurent d'y rétablir la régularité et la cédèrent à l'abbé de Saint-Victor de Marseille; Frotaire se réserva cependant une certaine prééminence sur cette abbaye. Il paraît toutefois que la cession ne fut point consommée.

Il n'était pas rare alors de voir des abbayes gouvernées par plusieurs abbés à des, titres divers; ainsi celle de Moissac en avait quatre : l'évêque de Toulouse, abbé immédiat ; Hugues de Quny, abbé général ; Guillaume comte de Toulouse, suzerain du lieu, et Gausbert, abbé laïque ou chevalier. Au mois de juin 1063, celui-ci confirma entre les mains de Guillaume l'union qui en avait été faite à celle de Quny. Cette qualité d'abbé laïque se transmettait par voie testamentaire, car Gausbert déclare que si le comte de Toulouse venait à mourir sans enfants, ses frères, et après eux leurs enfants, lui succéderaient dans ce titre. Il ajoute que si la postérité des comtes palatins de Toulouse venait à s'étendre, leurs successeurs dans le comté jouiraient du même pouvoir.

Cette célèbre abbaye de Moissàc reçut alors un nouvel

éclat par les soins et les libéralités de Durand de Dôme : ce prélat fit construire une nouvelle église plus grande el plus belle que la première, et la consacra solennellement au mois de décembre 1063. Âustinde d'Auch, Raymond de Lectoure, Guillaume de Gomminges, Guillaume d*Agen, Héraclius de Bigorre, Etienne, dont nous ne connaissons pas le siège, et Pierre d'Aire assistèrent à cette stolennité. Foulques Simonis ne se rendit pas, parce que, Fabbaye de Moissac se trouvant dans son diocèse, il contestait k l'évoque de Toulouse le droit de consécration. Le nom de ces évéques nous a été conservé par une inscription lapidaire dans l'église de Moissac. Guillaume de Gomminges qui assista a la consécration de cet édifice avait succédé à Bernard.

Une année après cette consécration, Durand de Dôme assista à une donation que fit à l'abbaye de Gluny Bernard comte de Bigorre, des églises de Saint -Félix et Saint- Lizier, situées dans ses domaines. On ne doute pas que ce ne fût à l'instigation du prélat que ce seigneur augmenta ainsi les possessions de cette abbaye au sein de laquelle Durand avait embrassé la vie religieuse. Cet acte est daté du mois de novembre 1064.

Nous trouvons encore le nom de ce prélat dans une cession que firent, l'an 1065, au monastère de Sainte-Foi de Gonques, des seigneurs du pays toulousain d'une église située dans le territoire de Lavaur et dédiée à saint Ghris^

tophe. Les donateurs se nommaient Guillaume et Pierre; leurs six enfants, qui sont désignés dans l'acte, étaient Raymond, Ysarn, Guilabert, Bernard, Pierre et Hugues. Ils déclarent que cette donation leur a été conseillée par le comte Guillaume et l'évêque Durand de Dôme. G'est ici

l'un des plus anciens monuments que nous possédions sur le territoire d'Afranium (Lavaur), où fut plus tard établi xin évêché soumis à la métropole de Toulouse.

L'influence qu'exerçait par son savoir et sa vertu l'évêque de cette ville se manifestait de toutes parts ; il n'existait point de chartes ou d'actes de donation auxquels il ne souscrivit en qualité de témoin, et souvent de principal auteur ; sûnsi, en 106fts Guifred archevêque de Narbonne et Bernard Bérenger vicomte de cette ville déférèrent à son tribunal les causes de leurs longues querelles et acceptèrent sa médiation ; il souscrivit aux lettres par lesquelles la comtesse Almodis et Raymond son fils cédèrent à la congrégation de Cluny l'abbaye de Saint-Gilles ; il était encore présent à la donation qu'Amaury, comte d'Auch, et Bernard son frère firent a Hugues, abbé de Cluny, du monastère de Saint- Orens situé dans la ville de Nîmes. Guillaume de Comminges signa aussi cet acte .

Durand de Dôme assista sans doute aussi au mariage d' Almodis, sœur de Guillaume FV et de Raymond de Saint- Cilles, avec Pierre comte de Substancion. CSes noces furent célébrées à Toulouse avec une pompe presque royale. La comtesse douairière de Barcelonne, mère de la jeune princesse, se rendit exprès a Toulouse. A la suite des fêtes nuptiales, Almodis de Barcelonne et te comte de Toulouse son fils confirmèrent à l'abbaye de Moissac et à Durand de Dôme qui en était abbé la donation de la terre allodiale de Saint-Pierre des Cuisines, située près de Toulouse, et que Pons III avait déjà donnée à cette même abbaye. Dans cette terre d'une grande étendue se trouvaient un village^ et une famille du nom d'Etienne Picola, qui j)assâ avec tous ses

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membres et ses serfs sous la dépendance de Tabbaye de Moissac. La charte retrace les limites de cette terre : elle s'étendait, d'un côté, de la maison de Pierre Ratige jusqu'à^ la Garonne, et de l'autre, du jardin de Pierre Rabie jusqu'en un lieu appelé Las Crozes (Crozas), et ensuite jusqu'au fleuve. Il est stipulé ' dans- cet acte que les habitants de Saint-Pierre des Cuisines ne seront plus tenus d'avoir recours aux fours des comtes pour faire cuire leur pain et leurs vivres, mais.qu'ils pourront se servir de leurs propres fours. Cet article indique que la terre allodiale cessait d'appartenir à la maison comtale, et qu'elle passait sous une domination étrangère. On établit plus tard en ce village un prieuré ou monastère dépendant de l'abbaye de Moissac. L'église de ce prieuré servait de lieu de réunion pour les habitants de Toulouse, lorsque les comtes avaient quelque affaire à leur communiquer. Nous verrons plus tard ce prieuré uni à la chartreuse de Toulouse.

Nous retrouvons encore, en 1068, l'évêque de Toulouse présent à l'accord que le comte et la comtesse de Barcelonne passèrent au mois de mars avec le vicomte Raymond Bernard et Ermengarde sa femme, touchant les domaines de la maison de Carcassonne. Par cet acte, les premiers cédèrent aux seconds tous les villages, châteaux et alleus qu'ils avaient possédés dans les comtés de Carcassonne, de Razès, de Toulouse, de Narbonne, et dans le Minervois. Ainsi, par cet accord, Raymond Bernard et Ermengarde entrèrent dans la possession de tout le domaine utile de là maison de Carcassonne qu'ils avaient aliéné en faveur du comte de Barcelonne.

Le pape Alexandre II occupait a cette époque le siège

apostolique ; il envoya son légat le cardinal Hugues Le Blanc en Espagne pour y présider un concile à Gironne, dont la comtesse Almodis et le comte de Barcelonne avaient sollicité la convocation. L^évêque de Toulouse y fut appelé, mais il ne put s'y rendre ; il y députa à sa place, un prêtre du nom de Seguin, qui était moine, nous ignorons de quel monastère. Guillaume de Comminges assista au concile de Gironne.

Après le concile de Gironne, le cardinal-légat se rendit à Toulouse ; il y fut reçu par Durand de Dôme. Hugues y assembla aussitôt un concile, que nous regardons comme le quatrième de cette ville. Voici les actes de ce concile.

« L'an de l'incarnaôon du Seigneur 1068, la huitième » année du pontificat d'Alexandre H, la seconde année du » règne de Philippe roi des Francs, sous la protection de » Baudouin comte de Flandres, Hugues Le Blanc, principal » cardinal de la sainte Eglise romaine, par l'ordre du pape » et de l'avis des autres cardinaux, a tenu à Toulouse un » saint concile avec onze évêques, plusieurs abbés, clercs » et laïques. On y a traité d'abord de tout ce qui a rapport » aux Eglises, c'est-à-dire aux évoques, clercs, moines,

» laïques, indigents, d'après les saints canons Les pères

» du concile, animés de l'esprit de Dieu, se sont efforcés » par sentences, défenses et jugements, de couper non seu- » lement les branches de la simonie, mais encore d'en ex- » tirper jusqu'aux racines.

» On a jugé convenable ensuite de s'occuper principale- » ment de l'église de Lectoure depuis longtemps en voie de » destruction. Il existait en ce lieu un certain monastère » construit aux dépens de l'évêché. Les choses en étaient

» venues à ce point par l'ignorance du peuple, que non seulement on avait cédé au monastère tous les biens de Févêché, mais encore les autels, les pierres et autres accessoires. Il a donc plu au Saint-Esprit de rendre à sa primitive institution ce monastère que Grégoire, évêque de Lescar, prétendait sans raison dépendre de Vabbaye de Saint-Sever; ainsi, de la même manière qu'on avait fait à tort un monastère d'un évêcl;ié, il faut par un juste retour faire tm évêché d'un monastère.

» Il a donc été enjdnt aux frères qui habitent ce monastère de recevœr pour évêque le très févérend Raymond, qui doit établir là son siège épiscopal. Si les moines veulent demeurer en ce lieu, qu'ils y vivent' selon la règle de saint Benoît ; qu'il leur soit permis de choisir un autre monastère. Le seigneur évêque introduira dans son église, à la place des moines, des clercs religieux, réguUers, probes et chastes selon Dieu ; qu'a l'avenir on n'y reçoive ou ordonne plus aucun moine, et que ce monastère devienne a jamais le siège de l'évêchè. Ainsi l'ont déclaré et confirmé, sous peine, d'anathème, le très excellent car- » dinal Guillaume d'Auch, Aymon de Bourges, Durand de » Toulouse, Geraud de Cahors, Godemar de Saintes, Grè- » goire de Lescar, Pierre d'Aire, Guillaume de Comminges, » Raymond de Lectoure , Bernard de Couserans , avec les » abbés Hugues de Cluny, Adémar de Saint-Martial, Berauld » de Saint-Gilles, Raymond de Condom, Odon de Saint- » Jean, Bernard de Marseille, Constant de Qayrac, Ray- » mond de Saint-Papoul et Frottard de Saint-Pons. »

Tels sont les actes du quatrième concile de Toulouse. Les canons qu'on y dressa ^t qui avaient trait à la simonie

TEMPS INTERMÉDIilRES. 45

ne sont point venus jusqu'à nous. Parmi les abbés qui assistèrent à ce concile, on distingue Raymond I" de Saint- Papoul. Un modeste oratoire, comme on Ta déjà vu, fut élevé au lieu même où le saint reçut la couronne du mar- "tyre. Au temps de Charlemagne, cet oratoire fut entouré ^^édifices et on y éleva un monastère qui se trouve nommé dans l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, au ix*' siècle. A la fin du siècle suivant, le monastère de Saint-Papoul fut uni à l'abbaye de Saint- Victor de Marseille ; la noble famille de Hoquefort en augmenta beaucoup les bâtiments.

Les religieux de Saint-Papoul se firent distinguer par une parfaite régularité. Guillaume I*' est regardé comme le premier abbé ; il eut pour successeur Raymond I'', qui assista au concile de Toulouse. Vivait alors un noble seigneur originaire de cette ville, nomme Bérenger ; il était fils de "Bernard et d'Hilloarde. La réputation de sainteté des moines de Saint-Papoul l'attira dans ce monastère; il y prit Vhabit religieux, sous la conduite de Raymond, après avoir renoncé à toutes les espérances du siècle. Donnant à ses <5onfrères l'exemple de toutes les vertus, il remplit divers emplois dans le monastère, et entr autres celui d'économe. Un autre seigneur de Toulouse nommé Jean, mais dont la famille nous est inconnue, prit aussi à la même époque l'habit religieux et se retira à l'abbaye de Saint- Victor de Marseille, après avoir demeuré quelque temps dans celle de Saint-Papoul qui dépendait de la première. L'histoire ne nous donne aucun document sur l'époque certaine de sa mort. Pour celle de Bérenger , nous en parlerons en son lieu.

Alexandre 11 écrivit à Grégoire évêque de Périgueux, à

46 TEMPS LNTERxMÉDIAIEES.

Durand évêque de Toulouse et à Hugues abbé de Cluny, une lettre au sujet d'un crime de fratricide. Le pape s'exprimait ainsi en s'adressant à ces prélats :

« Le porteur de nos lettres est venu jusqu'à nous et nous » a confessé avec larmes qu'il avait commis le crime de » fratricide. Quoiqu'il ait été la cause indirecte de ce for- » fait, il s'est cependant accompli sans la participation de sa » volonté. Son frère étant son ennemi, il lui a tendu des » pièges , et l'ayant forcé à le suivre en le menaçant de le » frapper de la garde de son épée, son cousin qui sur- » vint le tua sans le conseil, la préméditation, la volonté du » prévenu. Votre piété lui a imposé une pénitence conve- » nable ; cependant, voulant le traiter avec bonté, nous lui » ordonnons, lorsqu'il sera de retour dans ses terres, de » distribuer la moitié de son patrimoine aux pauvres pour » le repos de l'âme de son frère. Quant à l'autre part, elle » aura la même destination, mais il en retiendra la jouis- » sance pendant sa vie. Après avoir réglé ses affaires, il se » retirera dans un monastère et y fera pénitence pendant » un an. Depuis la Pentecôte jusqu'à la fête de saint Mi- » chel, il jeûnera une fois la semaine au pain et à l'eau; de » là au carême, il jeûnera trois jours au pain et à Feau ; » pendant trois ans, il s'abstiendra de la participation du » corps du Sauveur, à moins de péril de mort ; il jeûnera » tout le carême, le dimanche excepté; il ne portera plus » aucune arme pendant sa vie, vivra séparé de son épouse » pendant sept ans ; tant qu'il vivra, il jeûnera tous les ven- » dredis. Si votre prudence juge que cette pénitence est au » dessus de sa faiblesse, elle peut en adoucir la rigueur. »

Telle est la lettre d'Alexandre II, d'après laquelle nous

trouvons encore en vigueur les saintes règles de la pénitence canonique. Le coupable paraît être un seigneur laïque et un homme marié, et les paroles du pontife ne peu- Tirent s'appliquer qu'à quelque chevalier qui devait dépendre, pour le spirituel, de Févêque de Périgueux et de celui de Toulouse : sans doute, parce qu'il avait quelques domaines dans l'un et l'autre de ces diocèses.

Le prieuré de Camon, situé dans le Toulousain, reçut aJors (1070) dans la personne d'Arnauld, son prévôt, l'abandon de certains droits seigneuriaux dont jouissaient Pierre-Bernard comte de Foix et Roger II son fils, moyennant une mule et dix sols monnaie de Toulouse, à titre de retour. Ce prieuré existait vers le commencement du dixième siècle; vers la fin, il fut cédé parrSulpice, qui le possédait, à l'abbaye de la Grasse. Ce prieuré était situé dans la partie du diocèse de Toulouse, qui forma plus tard celui de Mirepoix.

Nous touchons au terme de l'épiscopat de Durand de Dôme. Peu de temps avant sa mort, il donna son consentement à ce que Raymond, qui venait d'être élu abbé de Sofèze, reçût dans l'église de la Daurade la bénédiction abbatiale. Cette abbaye vaquait depuis dix ans lorsque les religieux obtinrent de Frotaire, évêque de Nîmes, la permission d'élire un abbé. Ils s'assemblèrent à Toulouse, dans Wglise de Sainte-Marie, et Raymond fut élu. L'évêque de Toulouse était présent à l'élection, et ce fut lui sans doute qui bénit le nouvel abbé. A cette occasion, il confirma l'abbaye dans la possession de tous les biens que les chevaliers et les laïques avaient usurpés sur elle, avec ordre de les restituer. L'acte est souscrit par Frotaire, protecteur de

Sorèze ; par Raymond , abbé de Saint-Papoul , et Izarn, prévôt de Saint-Sernin.

Durand de Dôme mourut peu de jours après cet acte. On prétend, mais sans fondement, que, contre Favis de son chapitre, il unit à la congrégation de Cluny Féglise de la Daurade. Cette union a eu lieu, en effet, un peu plus tard. Durand laissa une grande réputation de sainteté et de savoir ; son érudition était assez étendue pour le siècle où il vivait. Il se montra plein de zèle pour la discipline régulière, et surtout pour l'agrandissement de la congrégation de Cluny, dont il était membre et à laquelle il soumit plusieurs abbayes voisines. Les qualités dont il était orné ^empêchaient pas qu'il n'eut quelques légers défauts : on lui a reproché de mêler quelquefois à ses discours des paroles inconsidérées. Le reproche n'est point sérieux. — Une ancienne légende affirme que saint Hugues de Cluny, dont il était le contemporain et l'ami, lui avait prédit que, s'il ne se corrigeait pas, ses lèvres s'enfleraient après sa mort et sa bouche reildrait une abondante écume ; que cette prédiction s'accomplit ; que Durand apparut à un prêtre nommé Seguin , et que saint Hugues, l'ayant appris, fit garder le silence à sept religieux pour un temps déterminé afin de délivrer son âme. Quoi qu'il en soit de cette histoire, les moines de Moissac regardèrent Durand comme un saint , et lui rendirent une espèce de culte : ils placèrent son image dans leur cloître, vis-à-vis de la porte do la salle capitulaire, avec le titre de Bienheureux.

Le comte de Barcelonne cherchait à étendre ses domaines en deçà des Pyrénées. En 1070, il était déjà en possession du comté de Carcassonne et de plusieurs châteaux

Situés dans le Toulousain, entr'autres, de celui d'Auriac près de Revel , qui lui avaient été vendus par Rengarde, comtesse de Garcassonne. Le projet du comte de Barcelonne était de constituer de vastes domaines à son flis Raymond Bérenger en deçà des Pyrénées. Le pays de Lauraguais avait été compris dans les nouvelles acquisitions. Guillaume IV, qui ne .voulait pmnt perdre ses droits, demanda au comte de Barcelonne et à son fDls le serment de fidélité et d*honmu^e pour ce pajrs. Ces princes refusèrent cet hommage, sous prétexte qu'on ne trouvait alors personne qui Feût vu rendre au père ou à l'aïeul du comte de Toulouse. On parvint cependant à s'accorder : Guillaume céda aux princes et à leur postérité tout ce qu'U avait acquis dans le château à Laurac, moyennant la somme de dix mille mancases (monnaie de Barcelonne) et une qertaine somme à la comtesse de Toulouse. Le comte de Barcelonne s'engagea, de son côté, tant pour lui que pour ses descendants, à tenir en fief le château de Laurac et ses dépendances du comte de Toulouse et de sa postérité. Cet accord fut passé le 7 septembre 1071, en présence de Raymond de Saint-Gilles, de Févêque de Cahors, de Roger comte de Foix, de Frotard abbé de Saint-Pons, de Pierre vicomte de Minervôis, de Humbert évêque élu de Barcelonne, de plusieurs seigneurs des deux cours, et de Guillaume prévôt de Toulouse. Il nous est imposable de déterminer quel était ce Guillaume ; — s'il faut le compter au nombre des prévôts de Saint-Etienne, il aurait succédé à Raymond EbboD qui fut fait évêque de Lectoure ; mais son nom ne se trouve point dans le catalogue des dignitaires de cette église. Le siège épiscopal de Toulouse ne demeura pas long-

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