SAINT TROPHIME
De saint Crescent passons à saint Trophime. Il est parlé, dans trois circonstances, d'un Trophime aux Actes des Apôtres et dans la deuxième épitrc de saint Paul à Timo-
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thée. Saint Luc rapporte au XIXe chapitre des Actes que saint Paul passa deux années à Ephèse, uniquement occupé à annoncer l'Evangile ; il dit expressément que tous les Asiatiques, soit juifs, soit païens, vinrent écouter sa prédication — 'factura est ut omnes qui habitabant in Asiâ audirent verburu Doraini, sive judœi, sive gentiles. Au chapitre XX, il parle du départ de saint Paul d'Ephèse pour la Macédoine, et nomme ceux qui l'accompagnèrent dans ce voyage. Parmi ces compagnons, il désigne Tkhique et Trophime, l'un et l'autre Asiatiques — Asiani vero Tichicus et Trophimus. Il parait que ces deux hommes étaient du nombre de ces Asiatiques qui avaient écouté à Ephèse les prédications de l'Apôtre et s'étaient convertis de la gentilité au christianisme. Nous savons que ce Trophime était d'Ephèse et gentil, puisque, se trouvant avec Paul à Jérusalem, les juifs, ayant cru qu'il l'avait introduit dans le temple, prirent de là occasion d'exciter un tumulte contre saint Paul — viderant mira Trophimura Ephesium in civitate cura ipso, quera estimaverunt quoniara in teraplum introduatisset Paulus. Voilà les deux passages dans lesquels il est parlé de Trophime aux Actes des Apôtres. Nous apprenons de là 1° qu'il était idolâtre, 2° qu'il était né à Ephèse, 3° qu'il se convertit aux prédications du saint Apôtre, 4° qu'il accompagna Paul d'Ephèse à Jérusalem.
Dans la seconde épître de saint Paul à Timothée, au chapitre IV, le saint Apôtre parle de la dispersion de ses disciples : Demas, dit-il, a été à Thessalonique, Crescent en Galatie — Crescens in Galatiam. (C'est sur ces paroles que l'on a prétendu que saint Crescent avait été envoyé dans les Gaules. Si par le mot Galatiam il faut entendre les Gaules
que nous habitons, il faudra admettre alors que l'épître de saint Paul ad Galatas a été adressée aux Gaulois. ) « J'ai envoyé, continue-t-il , Tichique à Ephèse. Eraste est demeuré à Corinthe. J'ai laissé Trophime malade à Milet — Trophimum antem reliqui infirmum Mileti. » Il n'est plus question après cela de Trophime dans les écrits des Apôtres.
Est-ce bien ce disciple qui a été envoyé dans les Gaules au premier siècle et qui a fondé l'Eglise d'Arles? Raban Maur suppose qu'il a été envoyé par saint Pierre. Mais cet auteur est postérieur de plusieurs siècles à Grégoire de Tours! Nous admettons que certains monuments de l'Eglise d'Arles le placent au rang des soixante et douze disciples : tels 1° qu'une inscription gravée sur le pied de sa statue au portail extérieur de la cathédrale (1); 2° le sceau des anciens archevêques de cette ville, sur lesquels on lit ces mots : Sancti Trophimi xpi discipuli.... Mais ces monuments' n'appartiennent pas à une antiquité très reculée, puisque le sceau n'est que de la fin du xne siècle, en 1193. Il faut en dire autant de quelques monuments liturgiques de cette Eglise, renouvelés au xvne siècle, et qui désignent Throphime comme ordonné par saint Pierre (2).
La seule conséquence légitime que l'on puisse tirer de ces monuments, c'est qu'au moyen-âge l'opinion qui place saint Trophime au premier siècle était acceptée à Arles;
(1) Ccrnitur eximius
Vir Christi discipulorum De numéro Trophimus Septuaginta duorum.
(2) Arelatensi populo Petro jubente apostolo Christi praedicat gratiam Calcat idololatriam.
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mais cela ne prouve pas que cette opinion soit fondée sur la vérité.
Pour placer la mission de saint Trophime au premier siècle, on est obligé d'avoir recours à des suppositions vraiment chimériques. Ainsi, comme il est constant que Trophime se trouvait malade à Milet Tan 64 de l'ère chrétienne, il faut dire qu'après avoir été envoyé à Arles par saint Pierre, il a quitté son Eglise, est revenu en Orient au pas de course, et s'est trouvé ainsi à Milet avec saint Paul. Quel voyage facile à faire , surtout en ces temps-là, que celui d'Arles à Milet!... Les partisans de cette opinion ne sont point embarrassés de tout cela; et comme les menées des Grecs affirment que Trophime a eu la tête tranchée en Asie ou à Rome, ils répondent sérieusement qu'il a bien pu fonder l'Eglise d'Arles, se rendre a Milet, de Milet revenir à Arles, et d'Arles retourner en Orient ou à Rome pour y avoir la tête tranchée. Tout cela est absolument possible sans doute, mais n'est guère probable.