CHAPITRE PREMIER
26. La réaction contre l'autorité de FEglise entraînait alors la majorité des docteurs français. Ellies Dupin composait dans cet esprit : 1" V Histoire de FEglise en abrégé y par demandes et par réponses, depuis le commencement du monde jusquà présent; 2* V Histoire profane depuis son commencement jusquà présent; 3* Bibliothèque universelle des historiens; 4° Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques. Ce fut ce dernier ouvrage qui provoqua le plus de réclamations. Les Bénédictins de Saint^-Yannes, sous la direction de Dom Petit-Didier, abbé de Senones, furent les premiers qui signalèrent les erreurs d'ËUies Dupin. Elles concernaient le péché originel, le purgatoire, les livres canoniques, rétemité des peines, la vénération des saints et de leurs reliques, l'adoration de la croix, la grâce, le Pape et les évêques, le carême, le divorce, le célibat des clercs, les Pères et la tradition. On le voit, l'idée protestante presque tout entière se retrouvait dans les écrits d'un docteur qui prétendait rester dans la communion catholique. Les Bénédictins de Saint-Yannes publièrent en trois volumes leurs Remarques sur les oeuvres d'EUies Dupin : mais cet auteur trouva bientôt un adversaire plus redoutable. Bossuet adressa au chancelier de France un mémoire dont l'argumentation serrée, vive, éloquente, concluait à la suppression d'un ouvrage aussi pernicieux, a Dans l'abrégé de la discipline, dit » Bossuet, notre auteur n'attribue autre chose au Pape, sinon que » l'Église romaine , fondée par les apôtres saint Pierre et saint i> Paul, soit considérée comme la première, et son évêque comme 3» le premier entre tous les évêques, sans attribuer au Pape aucune » juridiction sur eux, ni dire le moindre mot de l'institution di-* D vine de sa primauté ; au contraire, il met cet article au rang de D la discipline, qu'il dit lui-même être variable. Il ne parle pas » mieux des évêques, et il se contente de dire que l'évêque est » au-dessus des prêtres, sans dire qu'il y est de droit divin. Ces D grands critiques sont peu favorables aux supériorités ecclésiasi> tiques, et n'aiment guère plus celle des évêques que celle du » Pape. Une des plus belles prérogatives de la chaire de Saint- » Pierre est d'être la chaire de saint Pierre, la chaire principale 1» où tous les fidèles doivent garder l'unité, et, comme l'appelle » saint Cyprien, la source de l'unité sacerdotale. — C'est le génie
» de nos critiques modernes, de trouver grossiers ceux qui reconx> naissent dans la Papauté une autorité supérieure établie de droit » divin. Lorsqu'on la reconnaît avec toute l'antiquité, c'est qu'on D veut flatter Rome et se la rendre favorable. » Bossuet conclut ainsi son mémoire : a Sans pousser plus loin l'examen d'un livre » si rempli d'erreurs et de témérité, il est facile de voir qu'il tend y> manifestement à la subversion de la religion catholique; qu'il D y a partout un esprit de dangereuse singularité qu'il faut répri- D mer; en un mot, que la doctrine en est insupportable, d Ellies Dupin fut exilé par Louis XIY et privé de la chaire qu'il occupait à la Sorbonne. Sa Bibliothèque universelle fut condanmée par l'archevêque de Paris, supprimée par un arrêt du Parlement, en. 1696, et flétrie par les anathëmes de la cour de Rome. — Un autre savant, non moins dangereux, le docteur Richard Simon, écrivait dans le même esprit que Dupin : 1* V Histoire critique du texte, des versions et des commentaires du vieux Testament^ 2® V Histoire critique du texte du Nouveau Testament; i^^V Histoire critique des principaux commentateurs du Nouveau Testament. Tous ces ouvrages ont été condamnés à Rome. Bossuet les dénonça encore au chancelier comme a un amas d'impiétés et un rempart de libertinage. r> Richard Simon s'y déclare en effet le partisan des Sociniens et le précurseur des modernes incrédules. « Son » véritable système, dit encore Bossuet, est de détruire l'authenx> tidté des écritures canoniques, d'attaquer directement l'inspim ration de l'Ecriture, et d'en rejeter, contre le décret formel du p concile de Trente, plusieurs passages comme douteux ou apo- » cryphes; d'aflFaiblir toute la doctrine des Pères, et par un dessein » particulier, celle de saint Augustin sur la grâce. » L'illustre évêque de Meaux, pour réfuter le docteur Simon, composa son magnifique traité intitulé : Défense de la tradition et des saints Pères, où il déploie une érudition, une logique^ une éloquence victorieuses. Malgré ses énergiques efforts, la gangrène de l'esprit janséniste continuait à infester le clergé français, et, plus tard, un chanoine de Sainte-Geneviève de Paris, Pierre-François Le Courrayer, donnait au monde le spectacle d'une apostasie complète. Dans un livre intitulé : Dissertation sur la validité des ordinations anglicanes, il se prononçait presque sans détour pour