CHAPITRE n
sous son T^gae^ avait été environnée d'un éclat et d'une splendeur sans égale ; il meurt, et un professeur obscur succède au plus brillant des Médicis, le cardinal Adrien d'Utrecht, l'ancien précepteur de Cbarles-Quint, qui était alors retiré au milieu de ses livres et plongé dans ses chères études, dans la petite ville de Yittoria, en Biscaye. Son impérial disciple avait d'abord voulu lui confier la régence de l'Espagne ; mais Adrien d'Utrecht avait trouvé trop lourde la tâche de gouverner les hommes. Il n'aspirait qu'au repos et à la tranquillité d'une vie privée. Rien ne peut rendre son douloureux étonnement, quand deux légats, envoyés par le sacré Collège, vinrent lui remettre le procès-verbal de son élection au souverain pontificat. Les cardinaux avaient porté sur lui leurs suffirages, dans la pensée que, soutenu par le crédit dont il jouissadt près de Charles-Quint^ il pourrait, mieux que tout autre, axnbattre la formidable hérésie qui bouleversait l'Allemagne. Le nouvel élu quitta l'Espagne, en pleurant, et fut solennellement eonronné à Rome, le 29 août 1522. Dérogeant à l'usage depuis longtemps consacré par les souverains pontifes, ses prédécesseurs, il voulut garder, sous la tiare, son nom de cardiAal et de professeur, n s'appela Adrien YI. En mettant le pied dans la Ville éternelle, il avait aperçu les préparatifs d'un arc de triomphe magnifique, que les Romains élevaient pour la fête de son intronisation* Le nouveau Pape donna immédiatement l'ordre d'interrompre les travaux. « Ces pompes, dit-il, conviennent plus à des princes » païens qu'à des chrétiens et à des religieux. » Ces paroles indiquaient la tendance du pontificat qu'il inaugurait ainsi par une pieuse austérité, et qu'il voulait consacrer à de salutahres réformes, dans l'intention d'enlever tout prétexte aux déclamations hostiles de Luther et de ses adhérents. <c Adrien YI, dit l'historien B protestant Ranke, avait une réputation tout à fait irréproji chable; il était pieux, actif, d'un caractère tellement sérieux » qu'on ne vit jamais qu'un imperceptible sourire effleurer ses » lèvres; il était rempli de vues bienveillantes et pures. C'était 9 un pontife selon le cœur de Dieu. » Au moment où il prenait en main le gouvernement de l'Église, la situation de l'Europe chrétienne était pleine de dangers. Le roi de Finance et Charles- (hiint continuaient leurs sanglantes rivalités; au dehors, Sdi- IV. 5
man II, fils de Sélim, attaquait la Hongrie, avec toutes les forces musulmanes; Fanarcfaie religieuse de l'hérésiarque de Wittemberg s'étendait de plus en plus en Allemagne, et menaçait la tranquillité de tous les États chrétiens. Adrien Yl s'efforça de porter remède à ces trois calamités. Malheureusement, il ne réussit pour aucune. L'ambition de François I" et de Charles-Quint ne voulait entendre à aucune proposition de paix. Il fut impossible au Pape de tourner contre Tennemi commun de la chrétienté les forces que les deux princes rivaux voulaient employer l'un contre l'autre. Soliman, qui s'était déjà rendu maître de Belgrade (1521), vint, l'année suivante, assiéger la ville de Rhodes, que le grand maître des Hospitaliers, faute d'être secouru, fut obligé de rendre par capitulation^ ainsi que l'Ile tout entière. Plus tard, Gharles-Quint leur donna l'Ile de Malte (1530), où ils sont demeurés, jusqu'à l'extinction de l'ordre, sous le nom de chevaliers de Malte.
2. Impuissant à faire accepter son influence sur la politique générale de l'Europe, Adrien YI voulut du moins marquer soa passage au Pontificat par une réforme intérieure du clergé et de la cour romaine, réforme salutaire, demandée depuis longtemps, et à laquelle les membres éminents du catholicisme travaillaient avec ardeur. Frappés des maux que la publication des indulgences avait enfantés, il s'attacha à en arrêter l'abus. Il défendit qu'on vendit les charges et les offices de la cour romaine^ il modéra les taxes de la daterie, abolit les coadjutoreries, et n'omit rien pour que les emplois fussent toujours donnés aux plus dignes. Il avait coutume de dire : a Je veux orner les églises de prêtres, et non » les prêtres d'églises. »
3. Après la mort de Léon X, Luther sortit de sa retraite de la Wartboiu*g, plus enflammé que jamais pour la lutte. Gharles- Quint^ revenu en Espagne, était trop préoccupé de ses armements contre François I*' pour arrêter ce nouvel essor, et personne, en Allemagne, n'était assez fort pour faire exécuter l'édit de Worms. Le moine saxon resta donc seul maître du terrain ; il fit de fréquents appels aux peuples et aux passions, et sa voix puissante trouva partout de l'écho. Ce n'est déjà plus seulementun prêtre hérétique^ c'est un tribun, a Princes catholiques, s'écrie-t-il, la main de Dieu est <K suspendue sur vos têtes; la corruption se répandra sur vous;