‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 95 sur 192 · URBAIN VIII · texte numérisé non relu

URBAIN VIII

États italiens, qui ne voyaient qa'avec peine les agrandissements successifs de la puissance pontificale.

21 . Pendant que le bruit des armes retentissait dans le monde politique, une lutte nouvelle surgissait dans le monde religieux, et prenait les proportions d^une hérésie d'autant plus dangereuse, que ses partisans prétendaient demeurer plus étroitement unis au centre de l'unité. Les autres sectes affichaient hautement leur mépris pour l'autorité ecclésiastique. Luther, Calvin, Zwingle, se faisaient gloire d'avoir brisé tous les liens qui les attachaient à la communion romaine ; les jansénistes, au contraire, voulurent être de l'Eglise malgré l'Eglise, et ne reconnurent jamais qu'ils s'en étaient séparés. Cornélius Jansénius était né en 1585 dans un village de Hollande. Il commença ses humanités à Utrecht et les acheva à l'Université de Louvain. H étudia la théologie sous le neveu du fameux Michel Baïus et sous Jacques Janson, deux zélés propagateurs du balanisme. Le jeune homme se préoccupa tellement de la grande question de la grâce, agitée idors dans toutes les écoles, qu'il lut et relut dix fois de suite les ouvrages de saint Augustin, et résuma le firuit de ses lectures dans un énorme in-folio^ dont il conunença la publication après avoir été élu évêque d'Ypres, et qu'il intitula : Augustimis. U mourut avant l'impression complète de cet ouvrage, et il déclara, dans son testament, qu'il soumettait sa doctrine au jugement du Saint- Siège.

22. VAugustinus est divisé en trois parties, qui traitent de la grâce, du libre arbitre, du péché originel, de la prédestination. Jansénius établit en principe la non-liberté humaine. Suivant lui, la volonté est enchaînée et tenue en servitude par la concupiscence des choses terrestres, et ne peut sortir de cet état par ses propres forces : il faut que la grâce vienne à son secours. Cette impuissance provient, sdon l'auteur, de ce que la volonté est affaiblie par la concupiscence qui l'éloigné du bien, l'entraîne en sens contraire, de sorte que l'homme ne saurait plus vouloir d'une manière efficace. A cAté de cette faiblesse de la volonté, Jansénius accorde à la grâce une force irrésistible. Selon lui, la grâce est toujours efficace, et il n'est pas au pouvoir de Thomme de se soustraire à son action ou de lui résister. Ces tendances du livre

de Jansénîusont été résamées depiùs par le docteur Cornet, syndic de la faculté de théologie de Paris, et réduites aux cinq proposi* tions suivantes : « lo Quelques commandements de Dieu sont im- » possibles aux hommes justes, malgré leur bonne volonté et leurs » efforts. 2<> Dans Tétat de la nature tombée, on ne résiste jamais 9 à la grâce intérieure. 3<> Pour mériter et démériter, on n'a pas B besoin d'une liberté exempte de la nécessité d'agir ; il suffit que 1» l'on ait une liberté exempte de contrsdnte. 4^ Les semi-Péla- 9 giens n'étaient hérétiques qu'en ce qu'ils prétendsdent que » l'homme peut résister à la grâce intérieure et prévenante. » 5* Jésns-(ihrist n'est pas mort et n'a pas répandu son sang pour B tous les hommes. » Telle est l'essence doctrinale de VAugus^ tinus.

23. Dès qu'il parut à Louvûn (1640) , il souleva d'un côté les admirations les plus enthousiastes, de l'autre les plus justes cri* tiques. Un Français, Jean Duvergier de Hauranne, si connu sous le nom d'abbé de Saint-Cyran, introduisit VAtigustinus en France, et chercha à en propager les doctrines. L'abbé de Saint* Cyran était un novateur imbu de l'esprit du calvinisme, mais un novateur caché et adroit, qui préparait de loin les éléments de la secte dont il voulait s'entourer lui-même. Il avait réussi à gagner la famille d'Amauld d'Andilly, dont les deux filles, célèbres sous le nom des Mères Angélique et Agnès, dirigeaient alors l'abbaye de Port-Royal. Qu'il y ait eu, à cette époque, entre l'abbé de Saint-Cyran, Jansénius et autres affidés , une société sécrète^ un plan d'attaque contre l'Eglise, rédigé parles sectaires à Bourg- Fontaine, c'est là un de ces problèmes dont l'histoire n'a pas en* core trouvé la solution définitive. Quoi qu'il en soit, il est certain que tout était préparé en France pour les longs scandales qui commencèrent à l'apparition du livre de Jansénius. Urbain YBlj dans l'intention de couper court à des discussions qui s'envenimaient chaque jour, se hâta de rendre un décret par lequel lalec^ ture de l'ouvrage de Jansénius était interdite. L'Université de Louvain refusa de se soumettre à cette ordonnance pontificale. Vainement Urbain VIII adressa un nouveau bref aux docteurs récalcitrants pour leur faire sentir le scandale de leur désobéissance : cette seconde démarche du Pape n'obtint pas un meilleur

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succès que la première. Abandonnant donc les téfiractaires à leur sens réprouvé, Urbain résolut de prononcer un jugement solennel et détisif . On remit à la commission du saint-office le livre de Jansénius, avec les écrits composéis pour et contre, afin de tout examiner avec la plus grande maturité et la plus sérieuse attention.

24. Sur le rapport des consulteurs, et d'après son propre examen, le Pontife trouva YAugustinus condamnable à deux points de vue : par un motif préjudiciel, puisqu'il traitait des matières de la grâce contre la défense formelle du Saint-Siège, et quant au fond , parce qu'il renouvelait presque à chaque page les erreurs déjà anathématisées dans les écrits de Balus. En conséquence, le 6 mars 1 642 , la bulle In Eminenti, qui condamnait le Ûvre de Jansénius , fut rendue par le Pape : « Après un examen » approfondi de l'ouvrage intitulé : AugtistinuSj dtsaît Urbain VIIT, » on a reconnu qu'il renferme d'une manière formelle plusieurs » propositions déjà condamnées par nos prédécesseurs, et qu'il les r> enseigne, au grand scandale des catholiques, sans aucun respect n pour l'autorité du Saintr-Siége. Dans le dessein d'apporter iin D remède convenable à ce désordre qui émeut toute la société » chrétienne et qui tend à la ruine de la foi catholique , de notre » propre mouvement, de notre science certaine et de la plénitude » de la pmssance apostolique, nous confirmons et approuvons, en » tout et pour toujours, par la présente constitution, qui aura force » à perpétuité , les constitutions de nos prédécesseurs les Papes D Pie et Grégoire. En vertu de la même autorité, nous défendons » absolument, par les présentes, et voulons qu'on tienne pour dé- » fendu le livre intitulé Augustinus, comme contenant et renouji vêlant, ainsi que nous l'avons reconnu, les articles, les opinions » et les sentiments réprouvés et condamnés par les constitutions » susdites. De plus, nous ordonnons, sous toutes les peines et les » censures contenues dans la constitution de Pie, notre prédéces- » seur, qu'aucun des fidèles, de quelque condition et qualité qu'il » soit, n'ose parler, écrire, disputer touchant les articles condam- » nés dans ce livre. L'absolution des censures encourues par les D contrevenants sera exclusivement réservée au souverain Pontife, » excepté à l'article de la mort. » Ce jugement de l'Église ro-

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maine, auquel Janséuius avait déclaré se soumettre eu mouraut, ne rencontra pas la même docilité dans ses disciples. L'Université de Louvain ne reçut la bulle qu'après bien des délais et des tergiversations. Ces contestaticms passèrent en France. L'archevêque de Paris, Jean-François de Gondi, avant même la décision du SaintrSiége, avait imposé silence aux deux partis. Dès que la bulle lui fut parvenue, il en ordonna la réception dans son diocèse. La faculté de théologie de Paris , secondant ses efforts , défendit de soutenir les propositions censurées: cependant, elles conservèrent encore de nombreux partisans, entre lesquels se distinguaient l'abbé de Saint-Cyran et le docteur Âmauld, jeune encore. La bulle In Emmenti avait été envoyée à toutes les églises catholiques de l'univers : partout elle fut accueillie avec soumission et respect. Le roi d'Espagne, comme souverain des Pays- Bas, enjoignit aux docteurs de Louvain d'imiter cet exemple et de mettre fin à leurs récriminations. Mais les partisans delà nouvelle erreur ne tinrent aucun compte ni des ordres du roi , ni des censures pontificales. Les subterfuges et les discussions se multiplièrent et se prolongèrent dans l'Université de Louvain.

25. Urbain YIII se préparait à fulminer de nouveau les pehies ecclésiastiques contre ces théologiens rebelles. Mais il ne devait pas voir la fin des troubles qui allaient retentir pendant toute la durée du xvii* siècle. Le jansénisme a été, de toutes les hérésies , la plus hypocritement obstinée. Son esprit pénétra plus ou moins la société , surtout en France , et cette erreur ne disparut entièrement que dans la grande tempête qui bouleversa, à la fin du xvm* siècle, la France et le monde. Urbain VDI mourut le 29 juillet 1644. Louis Xm l'avait précédé au tombeau (16 mai 1643). Ce prince s'était montré sur le trône un modèle des vertus chré« tiennes. Ses contemporains l'avaient surnommé le Juste. Père de Louis XrV, il avait dû, aux prières les plus ardentes, la naissance de cet enfant royal qui devait porter si haut la gloire de la France* En reconnaissance de cette faveur du ciel, Louis XTÏT avait placé son royaume sous la protection de lasainteVierge (1) (1 5 août 1 638).

(1) Telle est Torigine de la procession annaelle de FAssomption, dite da Vœu ëe Louis Xllî, qui se fait encore maintenant dans la plupart des églises de France.

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n mourut entre les bras de saint Vincent de Paul. Richelieu, son ministre, avait lui-même terminé sa vie quelques mois auparavant (4 décembre 1642). Génie fait pour commander les hommes, Richdieu savait concevoir et exécuter de grandes choses. Les deux objets qu*il avait poursuivis constamment, pendant sa longue administration, étaient obtenus. Les calvinistes étûent abattus en France. La maison d'Autriche, attaquée à la fois dans toutes ses possessions, en Alsace, dans les Pays-Bas, enltalie,en Catalogne» pendant la période française de la guerre de Trente ans, avait perdu son influence prépondérante dans les conseils européens. Ûépée de Gondée allait, quatre ans plus tard, consommer la grande œuvre de Richelieu, et forcer, par les victoires de Rocroy, de Fribourg, de Nordlingue et de Lens, les Impériaux à signer le traité de Westphalie, qui mit fin à la guerre de Trente ans et à la prédominance de l'Autriche (1648). Le colosse impérial qui, depuis Charles-Quint, menaçait d'écraser l'Europe^ ne fut plus, selon l'expression prophétique de Henri lY, que la statue deNabuchodonosor, aux pieds d'argile et à la tête d'or. A considérer seulement ces grands résultats, le ministère de Richelieu n'aurait màrité que les éloges de l'histoire et l'admiration de la postérité. Mais le génie, quelle que soit sa sublimité, paie toujours par quelque endroit son tribut à la faiblesse humaine. Richelieu crut, en exagérant la force du pouvoir royal, rendre un service à son pays, n se donna la mission d'anéantir la puissance des grands seigneurs, pour grandir le trône sur leurs débris. Ce fut une profonde erreur politique. Quand il ne resta plus d'intermédiaire entre le roi et le peuple, une question de principe se substitua à une question de personne. La souvendneté populaire se posa en face de la souveraineté royale et fit son avènement au milieu des ruines de la France. Tout se tient et s'enchaîne en cette histoire (1). Les supplices du maréchal de Marillac et du jeune de Thou furent autant de cruautés inutiles et injustes que la gloire ne suffit point à faire oublier.

26 . Pendant que le monde était attentif aux divers mouvements

(1) Le sang héroïque de Montmorency, que Richelieu sacrifia à use fausse et malheureuse idée, fit au manteau du cardinal une tache à jamais ineffaçable.

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des puissances belligérantes, et aux grandes négociations de la politique, la charité chrétienne accomplissait en silence de plus hautes merveilles. Un humble prêtre s'était donné la mission de guérir toutes les blessures^ de soulager toutes les souffrances causées par la guerre. Saint Vincent de Paul nourrit la Lorraine, la Champagne et la Picardie dévastées. Il fait passer des secours aux catholiques d'Ecosse, d'Irlande et d'Angleterre, opprimés par les protestants. Dans son zèle infatigable, il court au-devant de toutes les misères pour les consoler. Les trésors de la charité sont inépuisables dans ses mains. Il recueille les enfants que leurs mères selon la nature ont abandonnés, et devient leur père selon la grâce. H ouvre des hôpitaux pour les malades y les vieillards , les incurables ; et afin de perpétuer, dans l'avenir, tant d' œuvres fécondes dont il dote son siècle, il crée cette institution admirable des ScBurs de la Charité^ la merveille du monde et la démonstration vivante de la divinité de la religion catholique. Cependant la congrégation de Saim-Lazarey qu'il avait fondée, envoie, par ses ordres, des missionnaires aux esclaves chrétiens de Barbarie, sur les plages de Flnde et à Madagascar. Le cœur de Vincent de Paul embrassait à la fois tout l'univers. — Dans le même temps» saint François Régis évangélisait les montagnes du Vivarais^ des Cévennes et du Vélay et Michel Le Nobletz les plaines de la Bretagne. — Adrien Bourdoise et Claude Bernard, dit le Pauvre Prêtre j rappelaient la sainte vie et les pieux travaux du clergé des premiers siècles. Le vénérable curé de Saint-Sulpice, Olier , fondsdt, sur sa paroisse, le séminaire qui en porte le nom et dont la règle est devenue celle de la plupart des séminaires de France. L'esprit religieux animait encore toute la société, malgré les ra- Tages du calvinisme et du protestantisme. L'Eglise était toujours le champ fécond du père de famille, qui produit au centuple des fruits de grâce et de salut.

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