‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 143 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

PEglise. A la faveur des longues guerres de Frédéric Barberousse, l'hérésie des Albigeois s'était fortifiée dans le Midi; les liens de la discipline s'étaient relâchés; les peuples s'étaient habitués à mépriser l'autorité du Saint-Siège, qu'ils avaient vu fouler aux pieds par l'empereur. Pour remédier à ces désordres, pour asseoir la paix sur des bases inébranlables, pour rendre au gouvernement pontifical son unité et sa force , le Pape convoqua le onzième concile général, troisième de Latran. Il s'ouvrit au mois de mars 1179 Trois cent deux évêques, de toutes les provinces du monde catholique, et un nombre infini d'abbés, se trouveront réunis dans ces états généraux de la chrétienté. Deux points fondamentaux fixèrent l'attention du concile : la liberté de l'Eglise et la paix des royaumes chrétiens. Pour assurer la première, il fallait pourvoir à la sûreté des élections pontificales, contre les dangers du schisme; il fallait resserrer les liens de la discipline et rétablir les lois canoniques dans leur ancienne splendeur. Pour assurer la seconde, il fallait raffermir les bases de la société contre les efforts des révolutionnaires, contre les dangereux principes de l'hérésie manichéenne , qui n'était au fond que la négation de toute autorité. Telle fut l'œuvre du onzième concile général. Pour prévenir les schismes, il décréta que, dans ls cas où les suffrages des cardinaux ne seraient pas unanimes, on reconnaîtrait, pour Pape, celui qui aurait réuni les deux tiers des salf rages. Les ordinations faites par les antipapes Oclavien, Guy de Crème, Jean de Strum et Lando Sitino, furent déclarées nulles, et les titulaires, nommés par eux, privés de toutes dignités ecclésiastiques. — A l'avenir nul ne pourra être élu évèque avant l'âge de trente ans. — Il est défendu à tout laïque de s'arroger le droit d'investiture pour les bénéfices ecclésiastiques. — Il ne sera exigé aucun tribut, ni présent, de quelque nature qu'il puisse être, pour l'installation des évêques et des abbés. — Les bénéfices vacants devront être pourvus dans les six mois qui suivront la mort du titulaire. — Les précédente réglemente, relatifs à la simonie et à la continence des clercs, sont renouvelés et confirmés. — H est défendu aux seigneurs et aux vassaux d'établir de nouveaux péages, ou tributs extraordinaires, sans l'autorisation préalable de leur suzerain. Enfin le dernier eanon du con-

cile de Latran est conçu en ces termes : « L'Eglise, dit saint » Léon-le-Grand , tout en rejetant les exécutions sanglantes, a » le droit d'invoquer le secours des princes chrétiens pour faire » respecter ses lois ; et souvent la crainte du supplice corporel a » fait recourir aux remèdes spirituels. Sous les noms de Cathares » et de Patarins, les hérétiques se sont tellement fortifiés dans » la Gascogne, l'Albigeois et le territoire de Toulouse, qu'ils y ont » organisé la révolte à force ouverte. D'un autre côté, les Braban- » çons, les Aragonais, Navarrais, Basques, Cottereaux et Rou- » tiers, ne respectent ni les églises, ni les monastères, n'épargnent » ni l'âge, ni le sexe, ni les veuves, ni les orphelins. Ils renou- » vellent les fureurs des païens et des Barbares. Nous les décla- » rons solennellement excommuniés. Nous enjoignons à tous les » fidèles de s'opposer courageusement à leurs ravages et de » défendre les chrétiens contre leurs incursions. Nous accordons » l'indulgence et le pardon de leurs fautes à tous ceux qui pren- » dront les armes pour cette sainte croisade. » L'Eglise, reine des sociétés européennes, et confirmée dans cette suprématie par le droit public du moyen Age, armait ainsi ses enfants contre les éternels ennemis de tout ordre, de tout droit, de toute société. L'Eglise n'empiétait pas sur le pouvoir temporel, elle le dirigeait.

28. Le onzième concile général de Latran couronna glorieusement le pontificat d'Alexandre III. Après vingt ans de luttes, de persécutions et d'exil , ce grand Pape se reposait enfin dans la victoire; il mourut le 30 août 1181, léguant à l'Eglise la tranquillité qu'il avait achetée par tant de combats. Ses derniers regards, en se portant sur le monde catholique, n'y rencontraient qu'un seul sujet d'affliction. Les malheurs de la Terre-Sainte , les désastres des royaumes latins d'Orient, la puissance victorieuse et toujours croissante de Saladin , connus en Europe par les récits des pèlerins, avaient retenti douloureusement dans l'âme de l'héroïque Pontife, n emportait, en mourant, les regrets de n'avoir rien pu pour réparer ces revers, et assurer, en Palestine , les glorieuses conquêtes de Godefroi de Bouillon. Le roi de France, Louis-le-Jeune, l'empereur de Gonstantinople, Manuel Comnène, l'avaient précédé au tombeau. Louis VII avait réparé, par trente ans d'un règne glorieux et d'une pieuse vie,

Page 1