‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 151 sur 324 · chapitre vn · texte numérisé non relu

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pendant Saladin voulait la paix; son bras, appesanti par l'âge, commençait à trouver trop lourd le glaive des combats. Une trêve de quatre ans fut signée entre le roi d'Angleterre et le sultan. Il fut convenu que Jérusalem serait ouverte à la dévotion des chrétiens, et qu'ils posséderaient toute la côte maritime , depuis Joppé jusqu'à Tyr. La ville d'Ascalon, que sa position rendait comme la clef de l'Egypte, fut vivement disputée entre les croisés et les Turcs. Pour terminer le différend, on convint que cette ville serait démolie. La troisième croisade était terminée : elle conservait aux Latins un vaste royaume en Palestine. Ce résultat, quoique incomplet, couronnait encore dignement tant de hauts faits d'armes et de prodiges de valeur (1192). Saladin ne survécut point à son triomphe ; il mourut à Damas (1193). Avant d'expirer, il ordonna à un de ses émirs de promener son drap mortuaire dans les rues de la ville , en répétant à haute voix : <c Voilà » ce que Saladin, vainqueur de l'Orient, emporte de ses con- » quêtes! » La puissance de Saladin avait semblé un vaste incendie qui menaçait de détruire le monde ; la troisième croisade arrêta cet embrasement et sauva la chrétienté.

45. Richard Cœur-de-Lion , en quittant la Palestine, s'était embarqué à Joppé (1192). Son navire, jouet des vents et des tempêtes, fit naufrage et vint échouer sur les côtes de Dalmatie. II faut le dire, le héros chrétien eût trouvé plus de sûreté dans les Etats de Saladin que sur les terres des rois chrétiens d'Europe. Le duc Léopold d'Autriche, au mépris du droit des gens, arrêta le monarque infortuné et l'enferma dans la forteresse de Durnstein. L'Europe ignora longtemps la captivité du héros. Par une infamie plus grande encore (Jue la première, Léopold d'Autriche vendit son prisonnier à Henri VI , empereur d'Allemagne. Le Pape Célestin III excommunia les deux tyrans. Tous les croisés étaient sous la protection immédiate du souverain Pontife. Célestin III employait les foudres de l'Eglise pour délivrer le guerrier qui avait si vaillamment combattu pour sa cause dans les champs de la Palestine. Cette odieuse intrigue se dénoua par un marche infâme. Henri VI vendit aux Anglais la liberté de leur roi, au prix de cent cinquante mille marcs d'argent. Célestin III renouvela la sentence d'excommunication, et déclara que si l'empe-

294 célestin ni (1191-1198).

reur elle duc d'Autriche ne rendaient immédiatement les sommes payées pour la rançon de Richard , ils seraient à jamais exclus de la communion catholique ; et , s'ils venaient à mourir , privés de la sépulture chrétienne. La vengeance céleste sembla se charger de faire exécuter la sentence du souverain Pontife. En 1194, Léopold d'Autriche mourait subitement d'une chute de cheval. Sur le point d'expirer, il demanda pardon de son crime et commanda qu'on remît au roi d'Angleterre l'argent payé pour sa rançon. A ce prix , il obtint l'absolution des censures qu'il avait encourues. En 1197, Henri VI, empereur d'Allemagne, mourut lui-même sans avoir été relevé de son excommunication. Confiant dans ses trésors et dans le nombre de ses troupes , il se riait des foudres de l'Eglise. Au mépris des ordres formels de Célestin III, il venait de s'emparer , à main armée , du royaume de Sicile. La reine Sibylle et le jeune Guillaume, son fils, derniers héritiers des princes Normands , furent condamnés à une détention perpétuelle ; le jeune prince eut les yeux crevés. L'empereur fit passer en Allemagne tous les trésors et toutes les richesses de la Sicile ; il ordonna de déterrer les cadavres du roi Tancrède et de son fils Roger, pour leur arracher la couronne de dessus la tête. Une nouvelle sentence d'excommunication le frappa pour toutes ces horreurs. Dieu lui-même se chargea de la confirmer, et Henri VI mourut à Messine ( 28 septembre 1 197 ) , maudit de la Sicile et détesté de tout l'univers. Le pape Célestin défendit de lui donner la sépulture chrétienne. Ce fut le dernier acte de son pontificat. Accablé de fatigues et d'années , il songeait encore à armer l'Occident pour une quatrième croisade ; la mort ne lui en laissa pas le temps (8 janvier 1 198). Avec Célestin III finissait le xu* siècle.

46. L'élan qui portait les âmes vers la pratique des plus sublimes vertus , ne s'était pas ralenti dans cette dernière période. Il nous suffira de citer les noms de saint Hugues, évêque de Lincoln ; de saint Albert , évêque de Liège ; de sainte Marie d'Oignies ; de saint Homobon , marchand à Crémone ; du bienheureux Pierre Acotanto, à Venise ; de saint Guillaume et de son fils saint Pérégrin, à Antioche ; de saint Drogon, patron des bergers. Ainsi , tous les rangs , toutes les conditions de la société fournis-

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