CHAPITRE ne
se soumettre à la constitution de Grégoire X , et le Saint-Siège demeura vacant pendant plus de six mois. Enfin, le 25 novembre 1277, les suffrages se réunirent sur le cardinal Gaëtano des Ursins, qui prit le nom de Nicolas III. La situation de l'Orient attira tout d'abord l'attention du nouveau Pape. Charles d'Anjou, roi de Sicile, avait donné sa fille eji mariage à Philippe de Courttmay, fils de Baudoin II, dernier empereur latin de Constantinople. Il ne cachait pas son intention de renverser Michel Paléoiogue, et de relever en faveur de Baudoin , un trône dont sa fille serait devenue l'héritière. La réunion des deux Eglises, ménagée par l'empereur grec au concile de Lyon, si elle n'était pas l'œuvre d'une foi sincère , était un coup d'habile politique. Elle ralliait à Michel Paléoiogue les sympathies du Saint-Siège, et lui ménageait un défenseur contre les tentatives du roi de Sicile. Mais le schisme grec était entré dans les mœurs des populations dégénérées de l'Orient. A leur retour du quatorzième concile général, les ambassadeurs impériaux furent accueillis parles imprécations du peuple et du clergé, qui les traitèrent d'hérétiques et d'apostats. Les signataires grecs du traité de réunion et de soumission au Saiut-Siége n'étaient pas hommes à souffrir le martyre pour la foi jurée; ils foulèrent aux pieds tout ce qu'ils avaient fait à Lyon. Le patriarche de Constantinopîe, Veccus, qui avait rédigé de sa main le serment d'obéissance à Rome, n'hésita pas ensuite à publier un décret qui mettait au nombre des compagnons de Judas , ceux qui abjureraient le schisme, et gui reconnaîtraient la suprématie de l'Eglise latine. Cliarles d'Anjou profita de cette réaction pour continuer ses projets d'armement, et, en 1278, il renouvela tous ses préparatifs de guerre contre Paléoiogue. Nicolas 111, dont il était vassal, comme roi de Sicile, l'arrêta dans sa belliqueuse entreprise. Charles, imposant silence à son désespoir, s'inclina devant les ordres formels du Pape, a et mordit de rage, au rapport d'un historien » contemporain , le sceptre d'ivoire qu'il tenait toujours à la » maiu. »Cependant le souverain Pontife envoyait à Constantinopie des légats chargés de presser l'exécution du traité d'union. Michel Paléoiogue répondit à ces instances par des promesses magnifiques, qu'il n'était peut-être pas en son pouvoir de tenir,
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quand même il l'eût voulu. En même temps il préparait contre Charles d'Anjou, une lâche et cruelle vengeance.
48. L'activité de Nicolas III se multipliait pour suffire àla fois à tous les besoins de l'Eglise. Il travaillait à rétablir la paix entre les rois de France et de Castille. Philippe-le- Hardi avait embrassé la cause des cnfantstle Lacerda, dépouillés, par leur oncle San che IV, du trône de Castille, dont ils étaient les légitimes héritiers. Les efforts du Pape furent couronnés de succès et une trêve intervint entre les deux rois. Nicolas III défendait les frères mineurs contre les calomnies dont ils étaient l'objet, et publia une bulle pour appuyer de l'autorité apostolique un ordre religieux qui honorait l'Eglise par sa science et ses vertus. 11 entretenait en même temps une correspondance suivie avec Rodolphe de Habsbourg, et concertait avec lui un dessein dont la réalisation aurait eu des résultats immenses pour l'avenir de l'Italie et les destinées de l'Europe entière. Le Pape avait conçu l'idée de partager l'empire en quatre grandes souverainetés : celle d'Allemagne pour la postérité de Rodolphe de Habsbourg , et celle de Vienne en Dauphiné, qui aurait été donnée en dot à Clémence, fille de Rodolphe et femme de Charles-Martel, petit— fils du roi de Sicile. L'Italie devait être partagée en deux royaumes, l'un en Sicile et l'autre en Lombardie. La mort prématurée de Nicolas IU (22 août 1280), fit avorter ce vaste dessein.
| 14. Pontificat de Martin IV (12 février 1281 -28 mars 1285).
49. Après une vacance de six mois, causée par la mésintelligence des cardinaux et les intrigues des partis Guelfe et Gibelin, le cardinal Simon de Brienne fut élu Pape, le 22 février 1281, sous le nom de Martin IV (1), que ce Pontife voulut prendre, en souvenir de l'église de Saint-Martin de Tours, dont il avait été chanoine et trésorier. Son règne fut inauguré par un traité avec les Romains, conclu à des conditions extraordinaires. Fatiguée de l'anarclûe républicaine qui fermentait dans son sein depuis
(1) 11 n'était pourtant que le second Pape de ce nom. On a confondu les deux Marin avec Martin , et on lui a donné le nom de Martin IV, que l'usage lui a conservé.