CHAPITRE IX
1290, seigneur du nouvel empire romain. Le parti desGibclins, qui l'avait élu , promena en triomphe ce fantôme de prince, par les rues de la ville , aux acclamations de la foule qui l'appelait César. Cependant les Orsini, chefs des Guelfes, commencèrent une lutte sanglante et acharnée. Rome fut un théâtre d'émeutes, d'incendies et de carnage. En 1292 , à la suite d'un combat terrible, les deux partis se décidèrent à transiger. Stefano Colonna et Orso Orsini furent élus conjointement sénateurs. Mais cette paix dura peu. Un mois après, la mort de Stefano et la démission d'Orsini furent le signal de séditions nouvelles. La mort de Nicolas IV, survenue sur ces entrefaites (4 avril 1292), empêcha ce Pape d'employer son influence à la pacification de Rome. Les deux dernières années de son pontificat avaient été absorbées par la sollicitude que lui causait le déplorable état des chrétiens de la Palestine. La prise de Ptolémals, dernier boulevard du royaume latin de Jérusalem, venait de plonger l'Europe dans le deuil. Nicolas IV écrivit en vain les lettres les plus pressantes aux rois d'Occident, pour les engager à une nouvelle croisade; sa voix ne fut pas écoutée. L'Egypte, la Palestine, la Syrie, toutes ces riches provinces, si fécondes autrefois en églises nombreuses et florissantes, restaient définitivement au pouvoir des fils du Prophète. Nulle main n'est venue, depuis, les délivrer de ce joug honteux. L'Eglise seule a conservé le titre purement nominal de leurs sièges fameux, et c'est ce qu'on a nommé, depuis, les évêchés in partibus.
\ f f • F«atMcat de saint Céle.tln ¥ (7 jwllet 1294-13 décembre 1291).
54. Pendant plus de deux ans, les cardinaux ne purent s'accorder sur le choix d'un souverain Pontife. Ces longues et fréquentes vacances du Saint-Siège auraient suffi seules à prouver la sagesse du décret de Grégoire X, sur la tenue des conclaves, auquel les cardinaux refusaient de se soumettre. Après d'interminables débats, les suffrages se réunirent enfin sur saint Pierre Morone, instituteur de l'ordre des Célestins, dont nous avons parlé plus haut. La nouvelle de son élection vint surprendre le pieux vieillard dans son austère retraite, et lui fit verser un tor-
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rent de larmes. Il fallut l'arracher de force à sa chère solitude, et le sacrer malgré lui à Aquilée (29 août 1294). D prit le nom de Célestin Y. Arraché tout à coup aux extases de la contemplation , étranger au monde , à son mouvement, à ses passions, l'expérience des hommes lui manquait. Pendant qu'enfermé dans une cellule qu'il s'était fait construire à l'intérieur du palais, il vaquait à l'oraison et à la méditation des choses célestes, tout était en désordre dans le gouvernement de l'Eglise. Les mêmes grâces étaient accordées à deux, trois et même quatre personnes
mins marqués en blanc du sceau pontifical. Charles-le-Boileox obtint un décret, qui le déliait du serment exigé de lui par les cardinaux, de ne point retenir la cour romaine dans les Etats napolitains. A son insu , Célestin V livrait ainsi le pouvoir pontifical aux mains de l'astucieux monarque. Les hommes sensé* gémissaient d'un pareil état de choses. Leurs plaintes parvinrent aux oreilles du Pape. Il n'avait accepté le souverain pontificat que pour ne pas se montrer rebelle à la volonté de Dieu. 11 crut entendre, dans ces voix accusatrices, l'expression de la même volonté divine, qui l'avertissait de déposer un fardeau trop lourd pour ses épaules. Le 13 décembre 1294, le saint Pape convoqua les cardinaux à un consistoire solennel. Il parut devant eux, revêtu de tous les ornements pontificaux, et lut à haute voix l'acte de sa renonciation au Saint-Siège. Se dépouillant ensuite des insignes de la Papauté, il reprit le modeste habit de l'ermite Morone , et prit congé de l'assemblée , qui l'accompagnait en fondant en larmes et en recommandant à ses prières le vouvage de l'Eglise. Son abdication terminait la cinquième époque de l'histoire ecclésiastique.