‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 217 sur 324 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

d'atroces souffrances. Les Trinitaires, qui échangèrent plus tard ce nom pour celui de Pères de la Merci, parce qu'ils se placèrent sous la protection de Notre-Dame-de-la-Merci [de Mercede) , s'étaient voués, au commencement du xme siècle, au rachat des chrétiens captifs chez les infidèles. — A côté de ces milices pacifiques du cloître, des hôpitaux, des léproseries, des œuvres de charité de tout genre, nous avons vu se former à la suite des croisades, les ordres militaires qui défendaient de leur épée la foi que leurs frères faisaient briller à l'ombre des solitudes. La vie chrétienne se développait ainsi sur toutes les plages , sous toutes les bannières, partout où la charité trouvait une larme à sécher, une blessure à guérir, une douleur à soulager. Pour mieux faire comprendre à notre siècle frivole et léger, la vie intérieure et les habitudes saintes d'un monastère au xm* siècle, nous empruntons à un chroniqueur contemporain, un passage souvent reproduit. Ce tableau ne ressemble guère aux calomnieux récits qu'une philosophie hostile a popularisés pour dénigrer ces héros de la solitude et flétrir leur mémoire, « Je passai huit » mois à Marmoutiers, écrit Guibert de Gemblours, et j'y fus » accueilli non comme un hôte, mais comme un frère. Les » haines, les jalousies, les animosités, sont inconnues dans ce » paisible séjour; la loi du silence, observée avec exactitude et y> maintenue avec une prudence paternelle , les en bannit à ja- » mais. Un coup-d'œil de l'abbé suffit pour rappeler la règle, et » en prescrire l'observation. Les charges sont exercées par des » religieux d'une vertu éprouvée. Où trouver plus de recueilled ment aux offices, plus de piété dans la célébration des saints 9 mystères , plus de bienveillance et de charité pour les étran- » gers? La modestie, la douceur, le calme d'une bonne cons- » cience régnent sur tous les visages; on respire en ce lieu la » véritable paix de Jésus-Christ. La déférence , les égards mu- » tuels maintiennent une harmonie céleste , le fort supporte le » faible, le supérieur se dévoue au service des marieurs qui lui » rendent en reconnaissance et en respects sincères, ce qu'il leur » donne de sollicitude et de soins. C'est ici que le chef et les » membres forment véritablement un seul et môme corps. Les » souvenirs du monde sont restés à la porte du monastère; nul

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» ne se vante de sa naissance, des emplois ou des dignités dont » il fut revêtu dans le siècle ; la seule noblesse , la seule milice » reconnue ici est d'être les serviteurs et les soldats de Jésus- » Christ. Les travaux, les jeûnes et les veilles, domptent le corps » avec ses passions et ses convoitises et le réduisent en servitude. » Toutes les actions, toute la conduite extérieure sont soumises » à une règle pleine de sagesse, qui a tout pcévu et tout ordonné. » Aux champs, à l'église, à l'atelier, rien ne se fait qu'avec la » mesure et au temps prescrit. La présence de Dieu domine toute » la vie et anime toutes les actions. Le repos strictement néces- » saire est accordé à la nature; et le reste du temps est consacré » au Seigneur. Il semble que dans cette milice céleste, lessol- » dats font retentir leurs armes spirituelles, depuis la naissance » du jour jusqu'à la sixième heure. Dieu seul sait le secret de » leurs abondantes aumônes. Chaque jour, à la porte du mo- » nastère, il se fait une distribution de vivres aux indigents; et » de plus, l'abbé fait manger à ses côtés trois pauvres, comme » les représentants de Jésus-Christ. Pendant la durée des repas, » une lecture pieuse sert d'aliment spirituel aux religieux, qui » sont plus attentifs à cette nourriture céleste qu'à celle du corps. » — Un grand nombre d'entre eux est occupé , pendant la jour- » née, à la transcription des manuscrits précieux. Ce sont là » leurs trésors, où chaque jour ils viennent puiser la science et » la vertu. Outre les instructions quotidiennes, à chaque grande » fête des prédicateurs éloquents rompent à leurs frères le pain » de la parole évangélique. J'entendais ces pieux habitants de la » solitude s'exhorter mutuellement à la pratique de la vertu, se » consoler, se rappeler les voies du ciel. Murailles saintes! Pieux » habitants! Avec quelle douleur je me séparai de vous. Mais » vous avez gardé la meilleure partie de moi-même; pendant » que mon corps s'éloignait de vous, ma pensée et mon cœur » vous restaient fidèles. »

Tels étaient ces ordres religieux , contre lesquels on a depuis déchaîné la haine et les colères des générations qui nous ont précédés. Sans doute, et nous ne craignons pas d'en faire l'aveu, car la faiblesse humaine imprime son caractère à toutes les œuvres des hommes, sans doute, dans le cours des âges et parmi

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