‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 220 sur 324 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'autre les réprouvés, dans sa justice; il représente, dans la scène la plus terrible, la redoutable puissance de Dieu qui attend au fond du sanctuaire les pécheurs à la pénitence et les justes (1) à Uîie plus grande perfection. Tantôt le Christ, entouré de ses Apôtres, semble inviter le monde à venir écouter dans son temple la parole de vie et de salut. D'autres fois, c'est la Vierge qui nous apparaît ayant pour cortège les patriarches dont elle fut l'espérance, les rois d'Israël dont elle fut la fille, les justes et les prophètes de l'ancienne loi dont elle inspira la vie et les oracles; couronnée par les anges dont elle est la reine, saluée par les confesseurs, les martyrs et les vierges dont elle est la mère. Elle semble ouvrir la porte du salut aux hommes et les attirer vers le divin Fils qu'elle tient dans ses bras. Janua Cœli. L'ordonnance intérieure du temple répond à la magnificence qui l'entoure extérieurement. La cathédrale gothique est la représentation en pierres de la croix sur laquelle Jésus est mort. Presque toujours l'abside incline visiblement sur la gauche, comme pour imiter l'inclination suprême du Verbe mourant sur la croix (2). Les piliers de la nef principale sont au nombre de douze , pour figurer les douze Apôtres qui vont porter la bonne nouvelle de l'Evangile aux extrémités de la terre. — La nature tout entière s'est donné rendez-vous pour orner la demeure que l'Homme-Dieu s'est choisie au milieu des hommes. Les chapitaux historiés offrent au roi vainqueur de la mort une exubérante végétation de fleurs et de fruits. Dominant l'ensemble de ce magique tableau, les verrières resplendissantes de l'histoire des saints projettent leurs couleurs vives et variées sur les dalles du sanctuaire et illuminent l'humble prière du fidèle, en y mêlant un rayon comme échappé à la gloire du ciel. Enfin toute cette nature muette, toutes ces histoires enluminées empruntent une voix puissante et mystérieuse à l'orgue, le roi des instruments religieux, qui fait retentir de ses mélodies célestes les voûtes ogivales, les berceaux de pierre, les dômes sculptés qui s'élancent au-dessus de nos têtes. Ce n'étaient pas des artistes vulgaires que

(1) Qui sanctus est sanctificetur adhuc. (Apocalyp. 22, il.)

(2) Et incltnalo capitc tradidit spiritual. (Joann. 19, 30.)

ceux qui élevaient ces édifices majestueux, dont les lignes régulières, les colonnes sveltes, les forêts de piliers, les mille détails des arceaux, des culs-de-lampes, des chapiteaux forment un ensemble merveilleux. Cependant leurs noms pour la plupart nous sont restés inconnus : c'est que leur génie avait la foi pour giûde. Satisfaits d'avoir achevé leur œuvre, ils se contentaient ordinairement de demander à être enterrés sous le portail de leur cathédrale, et sur leur tombe qui n'a pas toujours résisté au temps, ils prenaient le titre modeste d'eniailleur de pierres. Les xne et xiu* siècles virent, sur tous les points de l'Europe chrétienne, la foi transporter ainsi les ?noîitagnes, et élever ces augustes basiliques, restées comme un défi jeté à l'impuissance moderne. C'est à cette époque que remontent en Espagne les églises de Burgos et de Tolède; en Angleterre : Westminster, la nef de Durham , le chœur d'Ely, les cathédrales de Salisbury et d'York; en France : celles de Chartres, de Reims, de Troyes. d'Orléans, de Tours, de Beau vais, de Strasbourg, d'Amiens, Notre-Dame de Paris, la Sainte-Chapelle; en Belgique : l'église de Sainte-Gudule à Bruxelles; en Allemagne : les cathédrales de Cologne , de Trêves , de Fribourg ; en Danemarck : la cathédrale de Saint-Olaùs à Drontheim, etc., etc. C'est ainsi que l'art chrétien semait ses merveilles, au milieu d'une société pour laquelle l'élément religieux était le principe et la fin de toutes choses, et qui subordonnait tous les intérêts de la terre à ceux du ciel.

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