CHAPITRE n
» reux se présentèrent devant lui : c'étaient un serf de l'Eglise » de Mayence, une veuve délaissée et un pauvre orphelin. Le » nouveau roi s'arrêta pour écouter leurs plaintes. Un des sei- » gneurs de son cortège lui fît observer que le service divin allait j» commencer. — Qu'importe, dit Conrad ; les évêqwjs m'o/U » appris que ce ne sont pas seulement ceux qui entendent la » parole, mais ceux qui la mettent en pratique, qui obtiendront * le royaume des deux. 11 écouta tranquillement les suppliants » et les renvoya consolés » Heureux le peuple dont le roi est pins empressé à rendre la justice qu'à recevoir la couronne et les hommages de ses sujets! Conrad, dans tout le cours de son règne, se montra digne de cet heureux déhut. L'héritago de saint Henri II devait lui revenir tout entier, et nous verrons bientôt le Pape déposer sur sa tète la couronne impériale. Cependant, le mouvement des esprits en Italie n'était, pas favorable à cette politique. Le joug de l'Allemagne paraissait dur à ces peuples remuants et légers. A la mort de saint Henri II, ils détruisirent le palais impérial de Pavie, et offrirent le trône d'Italie d'abord au ûls aîné de Robert-le-Pieux, puis au duc Guillaume d'Aquitaine. Ces deux princes refusèrent. Par sa position géographique, enfoun'e par la mer de trois cotés, enfermée et défendue au nord par de hautes montagnes, l'Italie semble, au premier coup d œil, appelée à être une monarchie compacte et puissante. Cette idée s'est agitée, à toutes les périodes de l'histoire moderne, dans le cœur de ses peuples, mais toujours sans aboutir. C'est que le plan providentiel paraît s'opposer à sa réalisation. Si les forces de l'Italie, forces immenses parce qu'elles sont susceptibles d'un développement toujours plus grand, étaient concentrées dans les mains d'un seul souverain, ni Rome, ni le chef de l'Eglise ne seraient plus libres. Voilà pourquoi toutes les tentatives de ce genre, depuis la chute du royaume desOstrogoths, ont constamment échoué , et l'Italie ne s'est jamais reconstituée dans l'unité politique.
2. Benoît VIII eut pour successeur son frère , second fils de Grégoire, comte de Tusculum, qui prit le nom de Jean XX (19 juillet 1024). Le moine Glaner rapporte qu'il était encore laïque quand il fut élu Pape, et que son élection fut entachée de
36 jean xx (1024-1033).
simonie. L'influence prépondérante que le comte de Tusculum, son père , s'était arrogée sur le choix des souverains Pontifes, l'absence d'un empereur qui pût faire respecter les dernières stipulations convenues entre saint Henri II et Benoît VIII, pour assurer la liberté des suffrages, rendraient ce fait assez probable. Cependant Glaber sait quelquefois avec trop de complaisance des bruits populaires. Ce qui ferait suspecter son récit, en cette occasion , est une lettre écrite peu de temps après l'exaltation de Jean XX, par saint Fulbert, dans laquelle l'illustre évêque de Chartres félicite le nouveau Pontife en termes qui expriment la plus vive et la plus sincère vénération. « Je rends grâce . dit-il, » au Dieu tout-puissant qui vous a élevé au faîte de la dignité » apostolique. Tout l'univers tourne ses regards vers vous, et » tous vous proclament bienheureux. Les saints contemplent » votre élévation , et se réjouissent de ce que vous vous êtes fait » leur image vivante, en reproduisant toutes leurs vertus dans » votre personne. » Quelles qu'aient été du reste les circonstances qui accompagnèrent l'élection de Jean XX, ce Pape se montra digne de ses hautes fonctions par le courage avec lequel il sut résister aux ambitieuses prétentions du patriarche de Constantinople.
3. La première année de son règne, une ambassade solennelle des deux empereurs byzantins et du patriarche Eustathe arriva à Rome, avec des présents considérables pour le Pape et les officiers les plus influents de la cour pontificale. Cette mission avai/ pour objet de faire consentir le Pape à ce que les évêques de Constantinople prissent le titre de patriarches universels d'orient. L'argent de Basile II et du patriarche parvint à corrompre la plupart des prélats de la cour de Rome; mais la fermeté du Pape déjoua cette intrigue. Il provoqua et accueillit avec faveur la protestation des principales Eglises d'Occident, qui lui écrivirent immédiatement pour réclamer contre les nouvelles tentatives des Grecs. Saint Guillaume, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, écrivait à ce sujet au Pape : a On publie que les Grecs ont » obtenu ce que la vanité seule leur a fait demander à celui qui, » malgré le partage de l'empire romain entre plusieurs potentats, » n'en a pas moins la puissance primitive de lier et de délier.