CHAPITRE n. 4C
noncée contre Louis de Bavière, et que personne n'avait encore osé publier à Rome. C'était un membre de la famille Colon na, si longtemps eunemie des Papes, qui réparait ainsi, par une sainte audace, les révoltes du passé. Jeau XXII récompensa son courage en élevant Jacques Colonna à la dignité épiscopale. Sur les instances du Pape, Robert d'Anjou, roi de Naples, vint camper avec son armée sous les murs d'Ostie. La fortune sembla abandonner Louis de Bavière, du jour même où il avait consommé le scbisme. Il redoubla toutefois ses violences et ses cruautés. Deux Romains, convaincus d'avoir appelé Jean XXII Pape légitime, furent brûlés vifs sur la place Saint-Pierre. L'antipape publia deux prétendus décrets daus lesquels il confirmait la déposition de Jean XXII , privait de leurs bénéfices tous les ecclésiastiques ses adhérents, et menaçait de la peine du feu tous les séculiers qui n'abandonneraient point son parti. Louis de Bavière se chargea de faire exécuter la sentence par ses soldats. Cependant Frédéric de Sicile et les Gibelins de la Lombardie témoignaient hautement leur indignation contre l'intrusion schismatique de l'antipape. Ils refusèrent d'envoyer à Louis les secours depuis longtemps promis. Le prince manquait d'argent : il voulut frapper une contribution extraordinaire sur la ville de Rome. Le peuple se révolta, et Louis de Bavière quitta la ville, traînant après lui son fantôme de pape et sa cour. En traversant Viterbe et les autres villes des domaines pontificaux, le cortège impérial était poursuivi par les insultes de la populace, qui jetait des pierres, en criant : a Mort à l'antipape ! Vive le Saint-Siège ! » Comme si tous les appuis devaient manquer à la fois au prince excommunié, Marsile de Padoue, qui avait pu se convaincre durant ce trajet que ses doctrines impériales n'étaient point encore encore entrées dans les mœurs populaires, mourut d'épuisement, de faim et de fatigue. Milan, Pise, sur lesquelles Louis voulut essayer son système d'impôt forcé, ne se montrèrent pas plus dociles; et le monarque, abandonnant son antipape, se hâta de quitter l'Italie et de reprendre la route d'Allemagne.
7. Un vengeur des droits méconnus du Saint-Siège parut en même temps en Lombardie : c'était Jean de Luxembourg, fils de l'empereur Henri VII, couronné par son père, en 1310, roi de
461 jean xxii (1316-1334).
Bohême. Il n'y résidait point. Etranger à ses sujets, par les mœurs autant que par le sang, il leur préférait les fidèles habitants de son duché. Du reste, l'Europe entière était sa résidence; il la parcourait sans cesse d'un bout à l'autre, à la tète d'une armée, prenant partout en main la cause des opprimés contre leurs oppresseurs. Jean de Luxembourg possédait au suprême degré les qualités qui font les héros. Aussi noble de cœur que de physionomie, actif, infatigable, se jouant des dangers et des obstacles, il était le type de la chevalerie dans sa plus noble acception ; il lui fallait des tournois et des champs de batailles: c'était là qu'il régnait véritablement, et s'était acquis une considération qui le rendait le prince le plus influent de l'Europe. Sa présence en Italie fut le signal d'une réaction guelfe qui acheva de détruire le parti de Louis de Bavière. Brescia, Bergame, Crémone, Pavie, Novarre, Parme, Modène, Mantoue, Reggio, Vérone, se donnèrent à Jean de Luxembourg. Partout il rappelait les exilés, éteignait les factions et effaçait jusqu'aux moindres traces de la discorde. Les Romains, ivres de joie, espérèrent un moment que ces heureux événements ramèneraient parmi eux le souverain Pontife. L'antipape Rainallucci de Corbière s'était rendu à Avignon. Là, il s'était publiquement jeté aux genoux de Jean XXII, en habit de pénitent et la corde au cou. Touché de son repentir, le Pape le releva avec bonté, l'embrassa, lui offrit un asile dans son palais, et, chaque jour, lui envoyait des mets de sa table. Heureux de voir se terminer ainsi un schisme déplorable et d'apprendre la soumission de l'Italie, Jean XXII songeait à reporter le Saint-Siège à Rome. La mort le surprit avant qu'il pût donner suite à ce projet (4 décembre 1334) ; il avait quatre-vingt-dix ans. La vieillesse n'avait point affaibli l'activité et l'énergie de son esprit. Son pontificat fut le modèle d'une administration sage, vigoureuse et réglée. Pendant les dix-huit années de son règne, Jean XXII avait gouverné le monde sans sortir de son palais, sans faire une seule promenade dans les environs si attrayants de sa belle résidence. Il régla l'administration intérieure de la cour pontificale; c'est à lui que la chancellerie romaine, que le tribunal de la Rota doivent leur existence. Il s'appliqua particulièrement à