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» sans père, sans mère et sans généalogie. » Il mit le plus grand soin à ne confier les bénéfices qu'à des ecclésiastiques de mérite et après de sérieux examens* <c Mieux vaut, disait-il, pour les » dignités, de rester vacantes, que d'être confiées à des mains » inhabiles. » Il y avait chez Benoît XII un sentiment extraordinaire du devoir, et ce sentiment, dans certaines occasions, prêtait à son caractère personnel une énergie dont on trouve peu d'exemples. « Si j'avais deux âmes, disait-il un jour au roi de » France, je pourrais vous en sacrifier une, mais je n'en ai » qu'une et je tiens à la conserver. »
10. Parmi les derniers projets de Jean XXII, celui de transporter la cour romaine en Italie avait été l'un des plus importants. Benoit XII reprit ce dessein, et ce fut à cette occasion que l'illustre Pétrarque lui adressait une épître en vers latins, devenue fameuse , où il faisait parler Rome elle-même , sous l'emblème d'une veuve désolée qui rappelait son époux. Deux légats furent chargés d'annoncer cette bonne nouvelle à l'Italie; mais ils la trouvèrent tellement en proie aux factions, qu'ils conseillèrent au souverain Pontife de renoncer à ses projets de retour. D'un autre côté, les cardinaux, Français pour la plupart, supplièrent Benoit XII de ne point exposer le Saint-Siège aux orages qui l'attendaient en Italie , et de demeurer à Avignon. Forcé de rester en France, le souverain Pontife songea à élever à la Papauté une demeure indépendante , qui lui servît à la fois de palais et de forteresse. 11 fit donc construire, sur le rocher de Notre-Dame-des-Doms, l'édifice actuel, dont il acheva toute la partie septentrionale.
11. Jean XXII, en mourant, avait laissé à son successeur deux grandes affaires à terminer : la question de la vision béa ti fi que, et la querelle de Louis de Bavière avec l'Eglise. La controverse sur la vision héatifique avait eu trop de retentissement, l'intérêt qu'y prenaient les princes, les docteurs, les théologiens de l'époque, était trop ardent pour qu'il fût possible d'en décliner la décision. Les conférences sur ce sujet commencèrent à Avignon, dès le second mois du nouveau pontificat; elles durèrent une année. Enfin, le 4 février 1336, au milieu d'un consistoire solennel, Benoît XII publia la décrétale Benedictus Deus, dans
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laquelle il définit, en vertu de l'autorité apostolique, «que les » âmes justes, à qui il ne reste aucune faute à expier, jouissent, j> immédiatement après la mort , de la vision intuitive , c'est-àp dire du bonheur de contempler Dieu , face à face et dans son » essence. »
12. La querelle du Saint-Siège avec Louis de Bavière n'était pas susceptible d'une solution aussi facile. Benoît XII entreprit de la terminer par les moyens de douceur, car la mansuétude de son caractère les préférait aux mesures rigoureuses. Il écrivit à Louis, pour lui proposer les conditions auxquelles il attachait sa réconciliation, et envoya en Allemagne des nonces spéciaux, chargés de s'entendre avec le monarque sur ces conditions. Louis de Bavière feignit de répondre à ces avances généreuses par une soumission pleine et entière. Il promit d'annuler les procédures dirigées contre Jean XXII, de révoquer les donations des terres ecclésiastiques faites au nom de l'empire; d'accomplir toutes les pénitences qu'il plairait au Pape de lui infliger, et de satisfaire la cour romaine sur une foule d'autres points non moins importants. Ce n'était là qu'une ruse de la politique fallacieuse de Louis de Bavière. Par le conseil de Michel de Césène et de Guillaume Occam, dont il suivait toujours la perfide direction, en même temps qu'il faisait porter au Pape ces paroles de paix, il convoquait à Reuss (1338) une diète des électeurs et des princes de l'empire, où il fit rédiger un décret dans lequel il soutenait « que la dignité impériale venait immédiatement de Dieu, que » l'acte seul de l'élection faisait l'empereur, que la confirmation » du Pape ne servait qu'à rabaisser la majesté de l'empire, et » que quiconque pensait autrement était coupable de lèse- » majesté. » En apprenant cette audacieuse déclaration, Benoît XII fit éclater tout son mécontentement, et s'exprima en termes énergiques sur la duplicité de Louis de Bavière. « Votre » Sainteté, lui dirent les ambassadeurs bavarois, tenait naguère » un langage plus doux à notre maître. — Il aura voulu, reprit » le Pape , rendre le mal pour le bien. » Le roi de Germanie ne tarda pas à mettre le comble au scandale. Marguerite Maultascb, duchesse de Carinthie et comtesse du Tyrol, était mariée depuis longtemps à Jean-Henri, l'un des fils du roi de Bohème. Dére>