CHAPITRE n
vertus. Ce fut sur l'humble vierge que la seigneurie de Florence jeta les yeux, pour défendre ses intérêts à la cour d'Avignon , la . jugeant le -seul ambassadeur capable de flédiir le juste courroux du souverain Pontife. La servante de Dieu fut donc mandée à Florence; on l'y entoura d'honneurs. Les principaux citoyens de la ville allèrent à sa rencontre , la suppliant de prendre en main l'œuvre de leur réconciliation avec le Saint-Siège. Catherine accepta, pour la gloire de Dieu, cette mission délicate ; et la jeune religieuse, dont la vie s'était jusque-là écoulée dans le silence du cloître et l'extase de la prière, se trouva tout à coup devenue l'ambassadeur d'une puissante république. Grégoire XI reçut sainte Catherine de Sienne avec toute la distinction que méritaient son dévouement et ses vertus ; et , pour lui prouver à la fois la confiance qu'elle lui inspirait , et son désir d'arriver à une réconciliation , il remit entre ses mains les conditions de la paix, se bornant à lui recommander l'honneur de l'Eglise. Mais les négociations n'aboutirent pas encore. Pendant que Xangélique ambassadeur de Florence s'efforçait d'aplanir les voies à la paix , la république venait de créer le fameux tribunal connu sous le nom des Huit de la guerre. En apprenant cette nouvelle à Avignon , le Pape dit à la sainte : « Croyez-moi , Catherine, » ils vous tromperont comme ils m'ont trompé moi-même. » Cependant la guerre continuait avec un acharnement incroyable. Les Florentins avaient opposé aux terribles Bretons la compagnie de l'Anglais Haukood. L'incendie, le meurtre et le pillage se promenaient sous des bannières diverses dans toutes les villes de la malheureuse Italie.
41 . Cependant Grégoire XI , malgré l'anarchie qui désolait la Péninsule , se disposait à revenir à Rome. Sainte Catherine de Sienne l'en pria instamment. « Vous me demandez mon avis » touchant votre retour lui écrivait-elle en 1 376. De la part de » Jésus-Christ crucifié, je vous réponds qu'il vous faut partir le » plus tôt qu'il vous sera possible. » La querelle entre la France et l' Angleterre, si fatale au premier royaume sous Jean-le-Bon , s'était en quelque sorte équilibrée depuis que Charles V, par sa sagesse , avait contrebalancé la fortune. Les intérêts de la France ne retenaient donc plus le souverain Pontife. Le 13 sep-
500 Grégoire xi (1370-1378).
tembre 1376, Grégoire XI quitta le palais pontifical et la ville d'Avignon pour ne plus les revoir. Il traversa toute la Provence au milieu des populations accourues pour lui témoigner leurs regrets. Vingt-deux galères l'attendaient à Marseille, sous les ordres du grand-maître des chevaliers de Rhodes, Ferdinand d'IIérédia. Le retour de la Papauté avait soulevé un tel enthousiasme en Italie, que la république de Florence elle-même, malgré la guerre qu'elle soutenait alors contre l'Eglise, avait envoyé à Grégoire un superbe navire équipé à ses frais. On mit à la voile le 2 octobre, a Dieu ! s'écrie l'historien français, té- » moin oculaire, qui pourra jamais se représenter les lamenta- » tions, les gémissements, les sanglots que les cardinaux firent » entendre alors? Le Pape lui-même versait des larmes. Non, » les douleurs de l'enfantement sont moins cruelles que ne le » furent celles d'une telle séparation. » Le 18 janvier 1377, le Pape, à cheval, faisait son entrée dans Rome au milieu d'un peuple ivre de joie. On jetait des fleurs sur son passage, on éclairait sa marche avec des flambeaux, toute la ville retentissait des cris de : Vive Grégoire XI! Rien ne manqua à la pompe de cette solennité, rien, si ce n'est peut-être les hymnes de triomphe qu'aurait chantées Pétrarque, s'il avait pu être témoin d'une restauration si désirée; mais le poète était mort trois ans auparavant (1374). En rétablissant le Saint-Siège à Rome, Grégoire XI y trouva organisée une magistrature populaire, sous le j nom de Ba?inerets. Ils s'empressèrent de déposer aux pieds du Pontife les baguettes, emblème de leur pouvoir. Grégoire XI, par un noble sentiment de générosité, ne voulut signaler les premiers actes de son administration par aucune réforme dans le gouvernement. Il laissa donc subsister l'ancien état de choses; mais il ne tarda pas à s'en repentir. Dans l'histoire de l'Eglise, rien n'égale la mobilité des Romains, si ce n'est la patience des Papes. Grégoire se vit bientôt en butte aux éternelles factions qui divisaient la ville. Pour y échapper, il fut obligé de se retirer à Auagni.
42. A ces complications politiques vint tout à coup se joindre la nouvelle alarmante qu'une grande hérésie se formait en Angleterre. L'auteur de cette secte était un théologien d'Oxford,