CHAPITRE III
prières même, on mit tout en usage pour en obtenir une rétractation. Un instant ébranlé, Jean Hus parut y consentir; mais sur le point de signer la formule qu'on lui dictait en langue bohémienne, il jeta la plume loin de lui, en disant : « Jamais je ne > commettrai ce sacrilège. » En conséquence, le 6 juillet 1414, la sentence définitive fut prononcée; et l'hérésiarque dégradé du sacerdoce, fut remis à Sigismond, qui le condamna à la peine du feu. Sur le bûcher, le duc de Bavière lui cria : c Rétractezvous. * — t II vau| mieux obéir à Dieu qu'aux hommes , » répondit l'hypocrite martyr; et il mourut en prononçant ces mots : < Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, ayez pitié de moi! » Jérôme de Prague eut le même sort. Les flammes de ces deux bûchers embrasèrent la Bohème, la Moravie et une partie de la Pologne, du feu de la guerre civile. Les efforts de l'empereur Sigismond, nendant le reste de son gouvernement, furent imDuissants à éteindre ce vaste incendie. On a reproché au concile de Constance, d'avoir violé, à l'égard des réformateurs bohémiens, les sauf-conduits impériaux, et d'avoir injustement déployé contre eux une rigueur sanguinaire. Ces deux griefs reposent , le premier sur une fausse appréciation des faits , le second sur l'ignorance, réelle ou supposée, de la véritable législation du moyen âge. En accordant des sauf-conduits à Jean Hus et à Jérôme de Prague, Sigismond n'avait nullement l'intention de les dispenser d'obéir aux décrets du concile. Il voulait seulement protéger leur voyage et leur séjour à Constance, pendant lequel ils furent, en effet, traités avec égard et laissés en liberté. Jusque-là ils n'étaient que prévenus; mais après la condamnation de leur doctrine, leur opiniâtreté à la maintenir, malgré le jugement unanime des Pères, changea leur situation et les constitua dans une rébellion véritable. Ils devinrent alors des coupables obstinés; ils tombaient sous le coup de la législation pénale en vigueur. Or, cette législation, nous l'avons dit, avait à protéger une société essentiellement chrétienne. Tout ce qui altérait la foi et en ébranlait les fondements, était un crime de lèse-société. Voilà pourquoi les peines les plus sévères étaient décernées contre les hérésiarques et les sectaires. Il n'en est plus ainsi de nos jours; mais ce n'est pas une raison pour juger, d'après nos idées et no*
544 jean xxm (1410-1415).
mœurs, un fait historique antérieur. Nous avons vu trop souvent dans notre siècle, les criminels de la veille devenir les héros du lendemain , pour que nous ne comprenions pas la nécessité de tenir compte, dans nos jugements sur les hommes et les choses, des idées et des habitudes contemporaines. On n'inventa donc pas contre les novateurs bohémiens une pénalité inconnue. On leur appliqua la législation constamment et universellement en vigueur au moyen âge, où la mort par le feu était le supplice usité contre les hérétiques et les sectaires obstinés. D'ailleurs Jean Hus et Jérôme de Prague n'étaient pas des discoureurs ou des théologiens pacifiques, dont l'erreur fût indifférente. Leur doctrine avait armé des milliers de bras et fait répandre des flots de sang. Les philanthropiques lamentations du Luthéranisme et de l'école de Voltaire, sur leur trépas mérité, pourraient , à plus juste titre, s'appliquer aux malheureuses victimes des doctrines hussites, et à tout le sang innocent qu'elles ont fait répandre. La décision du concile de Constance fit rétrograder le Protestantisme d'un siècle et sauva l'Eglise.