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homme venait d'apprendre que Mahomet II faisait des levées considérables. 50,000 hommes s'avançaient pour former le siège de Croîa, capitale de l'Albanie. Sçanderberg accourut à la défense de la ville, et après une résistance de deux mois, força les Turcs à se retirer. Une nouvelle armée, envoyée par le sultan , ne fut pas plus heureuse. L'Albanie, province pauvre, dévastée, impraticable par ses défilés, défendue par un héros et des soldats qu'on croyait invincibles, humiliait chaque jour l'orgueil do Mahomet. Le sultan voulut enfin se débarrasser de Sçanderberg; convaincu qu'il ne pouvait le vaincre, il tenta de le faire assassiner. Cette perfidie fut reconnue et les émissaires périrent du dernier supplice. Le héros survécut peu à cette tentative. Il mourut à Lissa, le 17 janvier 1467, après avoir été, pendant vingttrois ans, la terreur des Turcs, qu'il avait vaincus dans vingtdeux batailles rangées, à une époque où l'Europe tout entière tremblait devant eux, et où leur puissance était à son apogée.
2. Cependant Paul II veillait avec le plus grand soin au maintien de la foi et de la discipline ecclésiastique. Georges Podiébrad, roi de Bohème, s'était ouvertement déclaré comme le protecteur des Hussites. Il déclamait, à leur exemple, contre l'autorité du souverain Pontife, contre les propriétés temporelles de l'Eglise, et contre le gouvernement des évêques. Les catholiques de la Bohême l'accusèrent juridiquement devant le Saint- Siège, et demandèrent qu'on instruisît son procès. L'empereur d'Allemagne, Frédéric III, voulut en vain intervenir en sa faveur. Les informations, commencées contre Podiébrad, furent poursuivies avec activité, et le roi de Bohême demeura convaincu de parjure, de sacrilège et d'hérésie. Restait à fulminer la sentence. Paul II hésitait, dans la crainte de ne pas rencontrer en Allemagne des dispositions satisfaisantes. Mais le cardinal de Porto, Jean Carvajal, dont la parole exerçait un grand empire dans toutes les délibérations , fit cesser les scrupules du Pape, a Si les secours humains nous manquent, s'écria-t-il, Dieu lui— » même s'armera pour renverser les desseins des impies. Rem- » plissons d'abord notre devoir, la Providence fera le reste. » En conséquence, Paul II prononça son jugement définitif, le jour de Noël 1466, dans l'église de Saint-Pierre. Podiébrad fut
588 patxh (1144-1471).
condamné comme hérétique , et la sentence le déclarait « déchu » du royaume de Bohême , qu'il avait mal acquis et plus mal » administré.)) La conGance de Carvajal ne fut point trompée. Aussitôt que le jugement du Saint-Siège fut connu en Bohème, les grands du royaume s'assemblèrent et offrirent la couronne à Mathias Coryin, digne fils du grand Hunyade. Le nouveau roi fut couronné à Olmutz. Cependant une fraction des électeurs avait réuni ses suffrages sur Uladislas , fils aîné de Casimir IV, roi de Pologne. De son côté , Podiébrad conservait des partisans nombreux. La guerre entre les trois prétendants se prolongea jusqu'à la mort de ce dernier (1470), après laquelle Uladislas fut unanimement reconnu par tous les Etats du royaume. Ainsi , malgré l'affaiblissement de l'autorité pontificale en Europe, suite du grand schisme d'Occident, la Papauté exerçait encore un pouvoir souverain.
3. Le Pape songeait alors à reprendre avec la France, l'affaire de la Pragmatique sanction, entamée sous le pontificat précédent. Geoffroy , cardinal d'Arras , et Jean de la Balue , alors évêque d'Evreux et confident de Louis XI, furent chargés de cette négociation. La résistance du parlement fut plus vive que jamais. Le procureur général , Jean de Saint-Romain , refusa obstinément d'entériner les lettres-patentes, par lesquelles le roi avait prononcé l'abrogation. Jean de la Balue fit inutilement les plus vives instances. Le zèle qu'il déploya dans cette affaire lui valut le cardinalat. Mais ce fut tout le fruit qu'il en obtint. Le procureur-général lui déclara positivement qu'il ne consentirait jamais à l'abolition d'une loi, qu'il regardait comme la sauvegarde du royaume. « Abolir la Pragmatique, disait-il, serait renverser » l'ordre ancien des élections et jeter l'Eglise dans une confusion Y> effroyable. Les sujets les plus distingués se rendraient à Rome » pour y solliciter des faveurs et des grâces ; les Universités se » trouveraient ainsi dépourvues d'hommes de mérite et de pro- » fesseurs capables. Enfin, si l'abrogation était prononcée, fout )) l'argent du royaume serait porté h Rome. » De telles exagéra* tions ne supportent pas un examen sérieux. L'ordre ancien des élections était précisément celui que voulait rétablir Paul II. Si les sujets distingués se fussent rendus à Rome, le seul inconvé-;
CIÏAPITRE V.
nient qui pût en résulter , eût été que le Pape connût personnellement leur mérite. Ils auraient été renvoyés en connaissance de cause , aux différents postes dont ils auraient été jugés dignes. On pouvait s'en rapporter à Louis XI du soin de ne pas laisser passer à Rome tout l'argent de son royaume. Les pitoyables raisons du procureur-général n'étaient en réalité, que la protestation du Gallicanisme aux abois. Cependant l'Université de Paris secondait avec ardeur l'opposition du parlement. Le recteur se rendit officiellement auprès du légat et lui déclara qu'il en appelait au futur concile. Frappés d'un mouvement aussi énergique , les représentants de Rome n'osèrent aller plus loin ; l'affaire en resta là, pendant tout le règne de Louis XI.
4. Le cardinal de la Balue , qui venait de signaler son zèle dans cette négociation difficile , ne conserva pas longtemps les bonnes grâces du soupçonneux monarque. La cause de sa disgrâce n'est pas bien connue. Sans entrer ici dans des recherches qui ne sont pas de notre sujet, nous croyons que le caractère assez connu de Louis XI suffit seul à l'expliquer. Quoi qu'il en soit , ce prince fit enfermer son ancien ministre dans une cage de fer, où il le retint pendant onze ans (1469-1480). En sa qualité de cardinal, la Balue ne pouvait être condamné que par un jugement pontiCcal. Paul II adressa dans ce sens les réclamations les plus énergiques en faveur du malheureux prisonnier. Il députa en France cinq commissaires , chargés d'évoquer la procédure à leur tribunal et de prendre connaissance des faits. Mais Louis XI ne lâchait pas facilement la proie qu'il avait dans les mains. Il refusa de s'expliquer et maintint l'odieuse détention de son ancien favori. De son côté Paul II ne cessa de faire entendre les protestations les plus vives contre cet acte arbitraire. Sixte IV, son successeur, obtint enfin la liberté de la Balue, qui se retira à Rome , où les honneurs dont il fut comblé lui firent oublier les malheurs de sa dure captivité.
5. Paul II n'avait pas cessé de négocier auprès des princes chrétiens, pour les décider à une croisade. Il croyait toucher en-* fin au terme de tant de vœux et d'espérances , lorsqu'il mourut subitement, le 26 juillet 1471. Son administration avait été celle d'un pontife vigilant et ferme. H signa une constitution qui dé-
590 sixte rv (1741-1484).
fendait aux légats , gouverneurs et juges des provinces, d'accepter aucun présent de quelque nature que ce fût. Ce décret avait pour but d'éteindre la vénalité, dont , jusque-là , le gouvernement avait été entaché. Pour soulager les peuples et rendre sa domination moins lourde , Paul II voulut que la garde des forteresses et le gouvernement des villes , appartenant au Saint- Siège, fussent exclusivement confiés à des ecclésiastiques. Jamais les motifs humains ne déterminèrent son choix dans la collation des bénéfices, a II ne faut, disait-il, distribuer les dignités ccclé- » siastiques, ni avec précipitation, ni par égard pour les prières » et les recommandations des personnes influentes, mais seule- » ment, après une mûre et profonde délibération, dans laquelle » on a examiné les mérites personnels. » Paul II introduisit le premier, à Rome, Fart de l'imprimerie, découvert vingt-cinq ans auparavant par Guttemberg. « Son plus beau titre de gloire, » dit Quirini, fut d'avoir doté la capitale du monde de la divine » typographie. »
§ t. PontlOeaf *e SJxto IV (9 août ! 171-13 août 1184).
6. Les suffrages du conclave se portèrent d'abord sur le cardinal Biîssarion, l'un des plus illustres personnages de son temps ]>our la science, la vertu et la grandeur d'àme. Mais il s'excusa lui-même sur ses quatre-vingts ans et détermina le choix de son ami François de la Rovère, cardinal de Saint-Pierre-aux- Liens, qui prit le nom de Sixte IV. La défense de l'Europe contre l'invasion ottomane était la préoccupation constante de la Papauté. L'histoire dira, à la gloire des souverains Pontifes, qne seuls, parmi tous les princes chrétiens, ils ne perdirent jamais de vue cette mission sacrée et qu'ils se montrèrent toujours les vrais représentants du patriotisme et de la civisation. Animé du même esprit que ses prédécesseurs, le nouveau Pape donna ses premiers soins à former une ligue contre les Turcs. Pour y réussir, il songea d'abord à convoquer un concile à Rome, mais les princes chrétiens refusèrent d'y envoyer leurs ambassadeurs ; il résolut alors de négocier l'affaire par des légats, n choisit le cardinal d' Aquilée pour l'empire d'Allemagne , la Hongrie et