‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 296 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

combat devient dès lors plus égal, et les Infidèles commencent à plier. Mais douze janissaires, envoyés par le renégat Paléologue, s'attachent uniquement à tuer l'intrépide grand-maître. Pierre d'Aubusson reçoit cinq blessures profondes par lesquelles son sang coule à grands flots. Les chevaliers le conjurent d'abandonner le champ du carnage. « Mourons ici, leur répond-il, » plutôt que de reculer. Aurons-nous jamais une occasion plus » glorieuse de mourir pour la foi et la religion? » Ces paroles, cet exemple plus éloquent encore, élèvent les chrétiens au-dessus d'eux-mêmes. Chaque soldat devient un héros. Les Turcs épouvantés prennent la fuite, et se tuent les uns les autres pour s'ouvrir un passage dans la mêlée. Paléologue , la honte et le désespoir dans l'àme, est contraint de se rembarquer, avec les débris de son armée taillée en pièces. Rhodes était sauvée. Une immense acclamation de triomphe accueillit en Europe la nouvelle de cette victoire; et, Tannée suivante, Pierre d'Aubusson était nommé cardinal. Jamais sang plus glorieux n'avait rougi la pourpre romaine. Furieux de cet échec, Mahomet II se vengea par la prise d'Otrante, où tout fut mis à feu et à sang. On compta jusqu'à 12,000 chrétiens égorgés ou faits prisonniers (11 août 1480). Une armée de 300,000 Ottomans se préparait, sous les ordres du sultan, à faire la conquête de l'Italie. D'après toutes les prévisions, rien ne pouvait plus sauver la chrétienté, lorsqu'on apprit la mort de Mahomet II, qui venait de succomber à une courte maladie, dans la fleur de son âge; il n'avait que cinquante-trois ans (3 mai 1481).

8. Cependant des révolutions politiques ensanglantaient Titane. La fortune des Médicis commençait à remplir Florence de son éclat; mais, comme tout ce qui s'élève attire nécessairement la haine et l'envie, les nouveaux ducs, Laurent et Julien, comptaient, parmi leurs compatriotes, de nombreux ennemis. L'ancienne famille des Pazzi essayait de reconquérir la souveraineté. Deux factions redoutables se disputaient ainsi le pouvoir à Florence, et tous les Etats italiens prirent parti dans cette grande , lutte. Sixte IV envoya son neveu, le cardinal de Saint-Georges % avec mission de rétablir la paix. Les Pazzi avaient organisé une conspiration, qui n'attendait qu'un moment favorable pour éclaiii. 38

591 sixte iv (1471-1484).

ter. Pendant la messe solennelle, célébrée le 22 avril 1478, par le cardinal, les conjurés se jetèrent à main armée sur les deux Médicis. Le complot ne réussit qu'à moitié. Julien mourut sous les coups de poignard. Laurent, légèrement blessé à la gorge, parvint à s'échapper des mains des meurtriers; mais la fureur populaire vengea ce crime. Jacques Pazzi , qui avait dirigé tout le complot, fut mis à mort avec quinze de ses complices, parmi lesquels se trouvait François Salviati, archevêque de Pise. C'était chose grave que l'exécution d'un évêque, faite ainsi sans jugement préalable, sans information juridique, et sans aucun recours au Saint-Siège. Le Pape ne pouvait laisser impuni un pareil attentat, sans amoindrir aux yeux de l'Europe l'influence de la chaire apostolique. Il n'eut pas besoin d'être dirigé dans cette affaire, par des vues politiques ; et c'est vainement que \es historiens des Médicis l'ont accusé d'être entre dans le complot formé contre Laurent et Julien. Sixte IV l'ignorait complètement. Il apprit en même temps, à Rome, le crime, la punition arbitraire qui l'avait suivi, et l'arrestation du cardinal de Saint- Georges, son neveu, que le peuple avait jeté en prison , comme complice des Pazzi. En présence de tels faits, il lança l'interdit sur la ville de Florence, et excommunia Laurent de Médicis. Une alliance se conclut alors entre les Florentins, la France, Venise et Milan. Les évêques de Toscane se réunirent sous l'influence de cette ligue, et appelèrent du Pape au concile générai. Louis XI imagina de créer au souverain Pontife d'autres embarras. Il assembla, à Orléans, le clergé et les grands du royaume, pour rétablir avec eux la pragmatique sanction, qu'il avait si souvent voulu lui-même abroger. En même temps il envoya des ambassadeurs au Pape, pour le prier de lever l'interdit de Florence, et de punir les meurtriers de Julien de Médicis. La position était critique. Sixte IV avait noblement soutenu les intérêts du Saint-Siège, et il se voyait menacé à la fois par Louis XI et par les plus puissantes républiques de l'Italie septentrionale. Le vicomte de Lautrec, ambassadeur du roi de France, avait ordre, si le Pape refusait d'obtempérer aux désirs de son maître, de protester et d'en appeler de son jugement au futur concile. La réponse de Sixte IV fut digne du vicaire de Jésus-Christ, t Le

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