chapitre n
« Malgré les instances de l'empereur, si pleines de bienveillance » à mon égard , il ne m'est point possible de consumer en » voyages le temps que j'ai promis de consacrer à Dieu dans la » retraite. Je vous envoie la lettre impériale pour que votre » Sainteté décide en dernier ressort. Mon âme est percée de » douleur en voyant les Eglises de nos provinces plongées dans » une honteuse confusion , par la fauté des mauvais évéques et » des mauvais abbés. À quoi nous sert d'apprendre que le Saint- * Siège est revenu des ténèbres à la lumière, si nous demeurons » encore dans les mêmes ignominies? Or, nous espérons que ?» vous serez le rédempteur d'Israël. Travaillez donc, très saint » Père, a rétablir le royaume de la justice, et employez la vigueur » de la discipline à humilier les méchants et à relever le courage » des gens de bien, »
30. Henri-le-Noir, à son retour en Allemagne, emmena avec lui le pape Clément II. La ville de Béncvent refusa d'ouvrir ses portes au souverain Pontife, qui, à la demande de l'empereur, lança contre elle une sentence d'excommunication. Clément II resta peu de temps en Allemagne, sa patrie; il revint à Rome. Son zèle apostolique le porta à visiter en personne les églises de rOmbrie , dont la lettre de Pierre Damien lui avait appris le déplorable état. Mais, arrivé au monastère de Saint-Thomas d'Aposelle , avant même d'avoir atteint le but de son voyage, il fut surpris par une maladie mortelle. Sa dernière pensée fut pour sa chère Eglise de Bamberg, à laquelle il adressa, de son fit de mort, un diplôme où il la confirmait dans tous ses anciens privilèges, et où il l'assurait, dans les termes les plus touchants, de son inviolable tendresse. Clément II mourut le 0 octobre 1047, et ses restes mortels furent transférés à Bamberg, selon le voeu le plus cher de son cœur,
| 5. Poatfificot de MemaU EK (deuxième période) (ûûv. 1047-17 juillet 1048).
31. Le jour de Noël 1047, l'empereur Henri-le-Noir célébrait àPolden, en Saxe, l'anniversaire de son propre couronnement et de l'exaltation de Clément II, son ami, quand des députés de Rome arrivèrent, lui annonçant que le Pape était mort. Frap-
60 dàmàse ii (1048).
pante leçon de la brièveté des grandeurs d'ici-bas , donnée ainsi au milieu d'un appareil de fête ! Ces députés demandaient en même temps pour Pape, Halinard, archevêque de Lyon, prélat d'un rare mérite, qui eût fait le bonheur du monde et la gloire du Saint-Siège, si une humilité dont rien ne put vaincre la pieuse obstination, lui eût permis d'accepter la haute dignité qui lui était offerte. Les Romains se montraient ainsi fidèles à rengagement qu'ils avaient pris l'année précédente, vis-à-vis de l'empereur, de ne procéder désormais à aucune élection pontificale sans sa permission. Mais, pendant ces négociations, les événements s'étaient autrement dessinés à Rome. Benoît IX s'était fatigué de sa vie solitaire et retirée. L'ambition avait repris dans son cœur la place que d'autres passions, plus honteuses encore, y avaient si longtemps et si exclusivement occupée. L'influence qui l'avait élevé une fois sur le Siège pontifical, fut assez puissante pour l'y rétablir, et, à la consternation du monde chrétien, celui que Pierre Damien avait appelé le serpent vénéneux de l'Eglise, le nouveau Simon, le nouveau Giézi, reparut sur la chaire de saint Pierre (8 novembre 1047). Il s'y maintint pendant huit mois, mais enfin, touché de repentir, et ouvrant sou âme à la grâce de Dieu, il appela près de lui le pieux. Barthélémy, abbé du monastère de Grotta Ferrata, lui confessa tous ses péchés, et lui demanda le moyen de rentrer en paix avec sa conscience. Le saint abbé, digne de sa haute mission, lui fit entendre le langage de la vérité. Il lui déclara qu'il ne lui était plus permis d'exercer même les fonctions du sacerdoce et le persuada de renoncer désormais à toutes les idées ambitieuses qui avaient perdu sa vie, pour ne plus songer qu'à se réconcilier avec Dieu par une sincère pénitence. Benoît IX, grand cette fois parce qu'il avait retrouvé l'humilité , suivit ce conseil : il abdiqua volontairement la dignité pontificale , embrassa la vie monastique, sous la conduite de celui qui venait ainsi de lui ouvrir le chemin du ciel, et mourut humble moine au couvent de Grotta Ferrata.
% 6. PoaUScAt de Damate II (17 juillet 1048-8 août 1046).