CHAPITRE III
» aux rois et aux peuples. L'un doit terminer par la justice les » affaires terrestres ; l'autre doit nourrir les peuples affamés b de la doctrine céleste. L'un est établi pour réprimer les mé-
* chants par l'autorité des lois; l'autre a reçu les clefs pour user
• de la sévérité des canons ou de l'indulgence do l'Eglise. » Ces sages considérations eussent produit , sans doute, peu d'effet sur le cœur de Henri IV; mais la crainte de voir l'Italie secouer son joug, s'il s'obstinait à y soutenir le parti de l'antipape, fut plus puissante dans les conseils de la cour d'Allemagne. On chargea de politique quand on s'y crut engagé par un motif d'intérêt. Saint Ajinon, archevêque de Cologne, fut député en Italie pour terminer les divisions. Dans un concile tenu à Mantoue, en présence du saint archevêque, l'élection d'Alexandre II fut solennellement confirmée; etCadaloùs, unanimement condamné, fut déposé de Tépiscopat. Il ne céda pas cependant encore. Un coup de main le rendit maître de la cité Léonine et de lY-gli^e de Saint-Jean de Latran. Le peuple indigné l'en chassa. Renfermé, avec quelques troupes, dans le château Saint-Ange, il soutint nn siège de deux ans contre les soldats du parti d'Alexandre II. Eafin, réduit aux dernières extrémités, il parvint à s'évader, et alla mourir dans une campagne isolée, couvert du mépris public, et continuant néanmoins, jusqu'au dernier moment, à usurper les fonctions pontificales.
31. Délivré des incessantes attaques de Cadaloùs, le Pape songea à arrêter les progrès d'une erreur qui se répandait alors dans les provinces de la Toscane, et à laquelle on donna le nom d'hérésie des Incestueux, On appelait ainsi ceux qui, pour favoriser les mariages au degré de consanguinité défendu par les lois canoniques , se refusaient à compter les degrés d'après les règles de l'Eglise, mais voulaient conserver la coutume des lois romaines, qui ne mettaient les frères et les sœurs qu'au second degré. « C'est avec raison, disait saint Pierre Damien, que nous » les nommons Incestueux, puisque , par leur doctrine relâchée, » ils autorisent les unions illégitimes, véritables incestes anathé- > matisés par l'Eglise. » Alexandre II, dans un concile tenu à Rome (10 G 5}, décida que les degrés de consanguinité, relativement au mariage, devaient se compter suivant l'ordre des ca-
02 ALEXANDRE n (1061-1073).
nons, qui placent les frères et sœurs au premier degré, et non suivant les lois romaines, qui les mettent seulement au second.
32. Le concile de 1065 eut à s'occuper d'une question bien plus grave encore. Le siège métropolitain de Florence était occupé par un évêque publiquement simoniaque, Pierre de Pavie. H vendait ostensiblement les charges de l'Eglise, et déshonorait, par une conduite infâme, la sainteté de son ministère. Dénoncé au concile de Rome, ses accusateurs offraient de prouver la vérité de leurs allégations , suivant les mœurs de l'époque , par le jugement de Dieu, connu sous le nom à' épreuve du feu. Le Pape se refusa à admettre un pareil témoignage, et renvoya le jugement définitif de Pierre de Pavie jusqu'à plus ample informé. Mais ces délais devaient avoir de fatales conséquences. Les esprits étaient aigris. L'évêque, au lieu d'en profiter pour amender sa conduite et ses mœurs, redoubla d'injustices et de violences. Le peuple, soulevé, le chassa de sa ville épiscopale. Des négociations s'entamèrent alors entre Pierre de Pavie et les Florentins. Malgré la défense énergique du souverain Pontife , il fut convenu , de part et d'autre, que la question serait vidée par l'épreuve du feu. Deux bûchers immenses furent dressés sur la place publique de Florence, à une distance de deux pieds l'un de l'autre. Un saint moine nommé Pierre , si célèbre depuis sous le hom de Pierre Ignée (tgneus) , fut choisi par les accusateurs de l'évêque pour subir la formidable épreuve , et prouver ainsi la vérité de leurs griefs. On mit le feu aux bûchers, et quand ils ne présentèrent plus qu'une fournaise de flammes, Pierre Ignée , revêtu des ornements sacerdotaux, parut au milieu de la foule. « Dieu touti» puissant, s'écria-t-il , secourez-moi dans ce jugement ter- » rible ! Si Pierre de Pavie a usurpé , par simonie , le siège de » Florence, préservez-moi des atteintes du feu, comme vous » avez autrefois conservé sains et saufs les trois enfants dans te » fournaise. » Sa prière achevée , Pierre Ignée fait le signe de la croix, et, sans émotion, s'avance gravement au milieu des flammes, qu'il foule de ses pieds nus. Le vent, activé par le feu, agitait sa chevelure, soulevait son aube , faisait flotter son étole, et emporta son manipule au milieu de l'un des bûchers. L'héroïque témoin du Seigneur va le reprendre, poursuit sa marche