‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 70 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

efforts qu'il avait faits pour ramener Ilenri IV à une conduite plus sage et plus digne d'un prince chrétien. Les évéques s'écrièrent qu'il fallait prononcer contre lui la sentence d'excommunication. Alors le Pape se leva, et au milieu d'un silence profond, plusieurs fois interrompu par les acclamations du concile, il parla ainsi : et Saint Pierre, prince des Apôtres, écoutez » votre serviteur. Vous m'êtes témoin, vous et la sainte Mère de j> Dieu, saint Paul votre frère et tous les saints, que l'Eglise de » Rome m'a obligé malgré moi à gouverner. Au nom de Dieu ï> tout-puissant, Père , Fils et Saint-Esprit, et par votre autorité, d je défends à Henri de gouverner le royaume teutonique et PI- » talie. Je relève tous les chrétiens du serment qu'ils lui ont » prêté, et je défends à toute personne de le servir comme roi. » Parce qu'il a refusé d'obéir comme chrétien, en méprisant les » avis que je lui avais donnés pour son salut , et en se séparant » de l'Eglise qu'il a voulu diviser, je prononce contre lui l'ana- » thème, afin que les peuples sachent, même par expérience, » que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre le Fils du Dieu * vivant a bâti son Eglise, contre laquelle les portes de l'enfer » ne prévaudront jamais (4) (1076). » Une bulle pontificale notifia à tout l'univers catholique la sentence portée contre Henri IV. « Si, par la grâce de Dieu, disait le Pape, il vient à résipiscence, » malgré tout ce qu'il a fait contre nous , il nous trouvera tou- » jours prêt à le recevoir à la communion de l'Eglise; et il pourra » se convaincre que nous l'aimons beaucoup plus véritablement d que ceux qui secondent ou favorisent maintenant ses iniquités. »

14. La nouvelle de l'excommunication et de la déposition de ^ Ilenri IV produisit dans le monde catholique une immense sensation. L'Allemagne se trouva bientôt partagée en deux camps : du côté du Pape, se rangèrent un nombre considérable de clercs,

(1) « C'est dans le concile de 1076 qu'auraient été promulgués, suivant quelques historiens, les Diclatus Papœ. On appelle ainsi la réunion de vingt-sept maximes, renfermant en abrégé toute la doctrine de saint Grégoire VII, sur la suprématie des Papes. Mais, de nos jours, presque tous les savants combattent l'opinion qui attribue à saint Grégoire VII cet exposé des idées qui réglaient sa conduite, quoique, d'un autre côté, il peigne parfaitement l'esprit de cette époque <et la tendance du Pontife, t ( Voigt, Histoire de Grégoire VU.)

120 s. Grégoire vn (1073-1085).

de moines, de seigneurs, la Franconie, la Bavière, la Souabe, la Lombardic, la Saxe et la Thuringe tout entière. Henri IV avait d'abord essayé de dissimuler combien le coup lui avait été sensible; il affectait de dédaigner la sentence pontificale comme une attaque impuissante. Sa colère se déchargea avec plus de violence que jamais contre les malheureux Saxons. « La Saxe et la Thu— » ringe, dit un historien du temps, étaient en proie à une dévas- » tation telle, que de mémoire d'homme on n'en avait pas vu de* » pareille. » Mais bientôt les défections se multiplièrent parmi les défenseurs d'un roi qui ne faisait servir son pouvoir qu'à l'injustice et à la tyrannie. Une assemblée solennelle des évêques et des seigneurs allemands se réunit à Tribur, près de Mayence^ (1076). Deux légats du Pape , Siccard , patriarche d'Aquilée , et Àltman, évêque de Passaw, y assistaient; ils déclarèrent, au nom du Saint-Siège, que, Henri ayant été canoniquement. excommunié, ils promettaient l'appui de l'autorité pontificale pour l'élection d'un nouveau roi. La délibération des princes dura sept jours. Enfin, ils conclurent à la nécessité de donnée un autre chef à l'Allemagne. Cependant Henri , effrayé des proportions que prenait cette affaire, négociait activement près des membres influents de la diète de Tribur, et promit de donner toutes les satisfactions qu'on exigerait de lui. Un traité intervint alors; les seigneurs déclarèrent à Henri IV que si, « dansTes- » pace d'un an, il ne s'était pas fait relever de la sentence d'ein * communication et de déposition qui pesait sur lui , il serait » considéré comme définitivement déchu du trône. » Us lui imposèrent ensuite les conditions les plus dures, dont les principales consistaient à ce qu'il licenciât son armée et se retirât à Spire, sans pouvoir exercer l'autorité royale , jusqu'à ce qu'il eût obtenu l'absolution du souverain Pontife. On indiqua en même temps une diète à Augsbourg, et le Pape fut prié de venir la présider, pour terminer l'affaire.

15. Saint Grégoire VII se mit immédiatement en route ; mais, au lieu de l'attendre en Germanie, Henri IV vint au-devant de lui jusqu'à Canosse, forteresse des états de la comtesse Mathilde. L'entrevue fut accompagnée de circonstances remarquables. « La forteresse de Canosse, dit M. Voigt, avait une triple en-

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