CHAPITRE IV
générale qui devait tout pacifier. Cependant l'Allemagne entière suppliait le Pape de se prononcer, d'une manière définitive, entre les deux prétendants, et de mettre fin, par sa décision, aux horreurs de la guerre civile. Il essaya encore une fois de fléchir le caractère indomptable de Henri IV, qui refusa toutes les positions d'accommodement. L'heure des négociations était passée : saint Grégoire VII allait agir.
19. D convoqua, à Rome , un concile qui fut le septième tenu sous son pontificat (1080). Après avoir confirmé et renouvelé Panathème contre les investitures, il admit les envoyés de Rodolphe, qui exposèrent leurs plaintes contre Henri. Le Pape prit alors la parole, et, dans un long discours, il rappela ce qu'il avait fait pour la paix de l'empire, et les obstacles qu'il avait toujours trouvés de la part de Henri IV. Par un magnifique mouvement d'éloquence, il s'adressa à saint Pierre et à saint Paul, dont il représentait l'autorité, et prononça la sentence en ces termes : « Saint Pierre, prince des Apôtres, et vous, saint Paul, docteur » des nations, daignez, je vous prie , me prêter l'oreille et m'én coûter favorablement. C'est par la foi que j'ai en vous, après » Dieu et sa sainte Mère, la vierge Marie, que je résiste aux pé- » cheurs et aux méchants, et que je soutiens vos fidèles servi- 9 teurs. Les rois de la terre, les princes du siècle, se sont réunis d contre le Seigneur et contre vous; ils ont dit : Brisons leur » joug et rejetons-le loin de nous. A leur tête, Henri, qu'on ap- » pelle roi, s'est élevé contre votre Eglise, et s'efforce de me pré- » cipiter du trône pontifical. 11 s'oppose à toutes les propositions » de paix, et repousse la diète qui devait terminer ces longues » guerres. Il a causé la mort d'une infinité de chrétiens, livré m les églises à la profanation et au pillage de ses soldats, et semé » la désolation dans le royaume teutonique tout entier. C'est » pourquoi, confiant dans la miséricorde de Dieu et de sa Mère, » la vierge Marie, et usant de votre autorité, j'excommunie » Henri et tous ses fauteurs; et, le déclarant de nouveau déchu » des royaumes d'Allemagne et d'Italie, je lui ôte la puissance et » la dignité royales. Je défends à tout chrétien de lui obéir » comme à un roi, et je délie de leur serment de fidélité tous » ceux qui le lui ont prêté. Que Rodolphe , élu pour souverain
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» par les Allemands, gouverne et défende le royaume qui lui » appartient désormais. J'accorde à tous ceux qui lui sont dé— r> voués l'absolution de leurs fautes et la bénédiction apostolique. j> De même que Henri est justement dépouillé de la dignité » royale, en punition de son orgueil, de sa désobéissance et de » sa mauvaise foi : ainsi, la puissance et Pautorité royales sont » conférées à Rodolphe, en récompense de son humilité , de sa » soumission et de sa droiture. »
20. Henri IV se crut assez fort pour lutter, de puissance à puissance , contre l'autorité qui le frappait. A une sentence de déposition, il répondit par les conciliabules de Mayence et de Brixen, qui déclarèrent saint Grégoire VII indigne de gouverner l'Eglise (1080). « Réunis au nombre de vingt-neuf évêques, d disaient les prélats simoniaques, nous avons résolu de déposer, » de chasser , et, s'il refuse d'obéir à notre injonction , de vouer » à la damnation éternelle, Hildebrand, cet homme pervers qui » prêche le pillage des égbses et l'assassinat, qui soutient le par- » jure et le meurtre, qui met en question la foi catholique ; Hild debrand, fauteur de l'hérétique Bérenger; Hildebrand, ce » moine possédé de l'esprit infernal, le vil apostat de la foi de » nos pères. » Au milieu de ces grossières injures, inspirées par la haine la plus furieuse, on est d'autant plus surpris de trouver \e reproche de favoriser l'hérésie de Bérenger, que saint Grégoire VII venait de la condamner solennellement dans un concile tenu en 1078. L'hérésiarque avait même déposé, entre les mains du Pape, son abjuration définitive. Après ce manifeste violent, les évêques de Brixen élurent, unanimement, pour antipape, Guibert de Ravenne , qui prit le nom de Clément III. Celui-ci parut alors, revêtu des ornements pontificaux , et il jura solennellement de protéger le roi Henri. Il prit ensuite le chemin de l'Italie, suivi d'un pompeux cortège. Henri IV appuya de toute sa puissance une élection qu'il avait commandée lui-même, et qui fut, néanmoins, accueillie par l'indignation de tous les cœurs honnêtes. De son côté, Rodolphe se préparait à une lutte, qui, cette fois, devait être décisive. Au mois d'octobre (1080), les deux armées se rencontrèrent près de Mersebourg , dans les marais de Grona. Le brave Othon de Nordheim, à la tête des