CHAPITRE PREMIER
Le 15 septembre 1644 , le cardinal Pamphili fut élu Pape et prit le nom d'Innocent X.
3. Le nouveau Pontife signala son avènement par deux actes d'énergie et de fermeté. L'évêque de Castro venait d'être assassiné, avant d'avoir pris possession de son siège, par les ordres du duc de cette ville, mécuiitent de sa nomination. Innocent X fit aussitôt avancer ses troupes contre un sujet rebelle. La ville fut rasée et l'on éleva sur ses débris une pyramide avec cette inscription italienne : Qui fu Castro ! Ici fut Castro ! — Le cardinal Antonio Barberini, camerlingue ou trésorier général d'Urbain VIII, s'était livré à des exactions qui avaient compromis l'administration pontificale, et produit à Rome une explosion de mécontentement. Sans attendre l'instruction du procès qu'on allait lui intenter, Barberini se réfugia en France où il trouva, près du cardinal Mazarin, premier ministre de Louis XTV, une protection puissante, grâce aux sommes d'argent qu'il versa au trésor royal et qui devaient servir à la guerre de la France contre la maison d'Autriche. Innocent X ne recula point, dans une circonstance où l'honneur du Saint- Siège était engagé. En 1646 , il publia une bulle dans laquelle il déclarait que tous les membres du sacré Collège qui s'éloigneraient des Etats romains sans sa permission, seraient punis parla confiscation de leurs biens ; que six mois après, s'ils n'avaient pas fait leur soumission entre les mains du Pape , l'entrée des églises leur serait interdite et qu'ils seraient dépouillés de leurs bénéfices et de leurs emplois; qu'enfin, s'ils persistaient, ils perdraient même le chapeau, sans pouvoir être rétablis autrement que parle souverain Pontife lui-même. La bulle d'Innocent X provoqua en France une violente opposition. Le Parlement de Paris, qui depuis deux siècles s'arrogeait le droit de contrôler les décrets pontificaux, la déclara. ;nulle et abusive. Un arrêt du conseil royal défendit d'envoyer désormais de l'argent à Rome pour l'expédition des bulles . on parla de s'emparer d'Avignon ; un armement de terre et de mer sembla menacer l'Italie. Mais comme Richelieu , dans une position analogue , Mazarin comprit qu'il lui était impossible de faire la guerre à un Pape, auquel il avait prêté serment de fidélité et d'obéissance en qualité de cardinal. Des négociations furent entamées avec la cour de Rome. Les Barberini
284 innocent x (1644-1655).
firent leur soumission , et le Pape déclara qu'il consentait à leur pardonner, à la considération du roi très chrétien qui les avait honorés de sa protection. Le cardinal Barberini obtint, dans la suite, l'archevêché de Reims et le titre de grand aumônier de France.
4. Deux graves événements venaient d'éclater à Naples. Un pêcheur d' Amalfi , dans un soulèvement populaire contre le duc d'Arcos, vice-roi de Naples pour Philippe IV, s'était vu élevé à la plus haute fortune, et salué comme souverain de Naples par une multitude en délire. Le nom de Mazaniello prenait ainsi rang parmi ceux des aventuriers célèbres qu'un caprice de la foule tire du néant et y fait rentrer à son gré. Innocent X refusa de sanctionner un pouvoir qui devait d'ailleurs être si éphémère. On lui conseillait de profiter d'une telle circonstance pour envoyer de» troupes à Naples, et reprendre l'ancienne souveraineté dévolue au Saint-Siège. Le Pape répondit, avec magnanimité, qu'il ne convenait pas au Père commun des fidèles d'aggraver les malheurs d'un prince chrétien ; sur-le-champ, il fit passer au vice-roi trente mille écus, et lui permit de faire des levées sur l'Etat ecclésiastique , en assurant que le Saint-Siège défendrait avec fidélité les intérêts du roi catholique. Ces assurances, jointes à l'inexpérience du chef de la révolution et au peu de courage des étrangers qui avaient tramé la révolte, aidèrent le vice-roi à conjurer la tempête. Mazaniello fut égorgé par ceux mêmes qui l'avaient porté au pouvoir. Les rebelles offrirent alors le trône au duc de Guise, qui se laissa séduire par la perspective d'une couronne. Le nouveau chef défit les troupes espagnoles, commandées par Don Juan, et saisit les rênes du gouvernement. Mais trahi par les Napolitains eux-mêmes, il fut fait prisonnier, et le vice-roi rétablit prompteur ent l'autorité de Philippe IV dans toute l'Italie méridionale (1646-1647). Quelques années auparavant, au mois de décembre 1640, une révolution d'un caractère tout différent avait enlevé à l'Espagne un royaume. A la mort du cardinal Henri (1580), Philippe II avait réuni le Portugal à ses Etats. Mais une administration hostile ne tarda pas à mécontenter ses nouveaux sujets : en 1640, le duc de Bragance fut mis sur le trône de Portugal, et y fonda sa dynastie. Philippe IV était dépouillé de ce que Phi-